Lamy-Chappuis : « J’ai demandé à ce que ça change »

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Menacée de boycott, la dernière étape du combiné nordique à Oslo aura finalement lieu ce week-end. Le champion olympique du petit tremplin, Jason Lamy-Chappuis, a averti les organisateurs de la Coupe du monde qu’il ne comptait pas revivre la même...

Vainqueur sur le petit tremplin, Le Jurassien est avec Vincent Jay l'un des deux seuls champions olympiques français.

Vainqueur sur le petit tremplin, Le Jurassien est avec Vincent Jay l'un des deux seuls champions olympiques français.

Jason Lamy-Chappuis, comment s’est passé votre retour en France ?
C’était impressionnant. A l’aéroport, il y avait une centaine de supporters qui ont fait sonner les cloches. C’est le service d’ordre qui n’a pas dû être content (sourire) ! Nous sommes ensuite partis à Bois d’Amont, mon village, où environ 2.000 personnes nous attendaient avec Sébastien Lacroix. Dans le village olympique, on est dans une bulle. Je m’attendais à un bel accueil, mais de là à voir 2.000 personnes, c’était impressionnant.

 

En remportant l’or dès le début des Jeux, avez-vous eu le sentiment de lancer l’équipe de France ?
Oui. Les deux médailles d’or nous ont lancés. Le public s’est pris au jeu. Ça a été super de passer ces moments avec Vincent Jay. Tout seul, on est content, mais à deux, on peut partager sa joie. Et puis je voulais tout de suite être devant. Ça a bien marché dans la première épreuve, parce que je me suis dit que si je ratais la première, j’avais encore le par équipe et le Grand Tremplin pour me rattraper.  

Après la première épreuve, vous disiez avoir déjà réussi vos Jeux. N’est-ce pas un manque d’ambition ?
Si j’étais là pour les records, oui. Mais ce n’est pas ma philosophie. Je suis venu pour prendre une médaille. Que ce soit de l’or, de l’argent ou du bronze. Les objectifs sont donc largement remplis. Et puis j’ai encore le temps.   

« Le combiné nordique ? Le ski de fond avec la carabine dans le dos ? »

Ceux qui ont connu le titre de Fabrice Guy à Albertville ont aujourd’hui au moins 18 ans. Avez-vous le sentiment d’avoir relancé le combiné nordique en France ?
J’espère. J’ai trop longtemps entendu : ‘‘le combiné nordique ? Le ski de fond avec la carabine dans le dos ?’’ (sourire). C’est bien le saut à skis et le ski de fond. J’aimerais le faire découvrir avec les copains. En tout cas, on est content de l’effervescence actuelle.

Votre copain Maxime Laheurte était très déçu aux Jeux après le concours par équipe et en voulait à mots couverts à Sébastien Lacroix. Comment s’est passée la mise au point ?
C’était important de se voir tous ensemble. Sur le coup, il y a la colère qui monte, mais il fallait faire ce débriefing, surtout qu’on avait tous quelque chose à se reprocher sur cette épreuve. L’année dernière à Liberec, lors des Championnats du monde, on était tous très bons et l’un d’entre nous est passé à côté. Là, on aurait tous pu mieux faire.

On est également obligé d’évoquer le concours du grand tremplin et les conditions météos défavorables. Avez-vous le sentiment qu’on a voulu se payer Jason Lamy-Chappuis ?
Pas forcément. Je n’ai pas eu de chance. A chaque fois, j’ai sauté dans des mauvaises conditions. Ça me donne un goût de déception. Mais certains ont eu moins de chance que vous.

Vous pensez sans doute à Felix Gottwald, qui a notamment émis l’hypothèse de boycotter la dernière épreuve à Oslo, ce week-end…
En rentrant des Jeux, il a longtemps ruminé. Il a finalement écrit une lettre, comparable à une pétition. Il voulait des réponses. Tout comme nous. On a rencontré le président du nordique et on lui a posé des questions, par exemple pourquoi il était déjà dans l’avion au moment de notre concours. C’est pourtant le chef. Et puis pourquoi personne n’est intervenu ? Il n’a pas voulu nous donner de réponses et faire d’excuses en public. On lui a lors dit qu’on prenait nos dispositions. La FIS a eu peur, nous a appelés et s’est excusée. Il n’y aura pas de boycott à Oslo. On voulait en tout cas leur faire peur pour que ça change.

« Camping car, conquête de l’ouest, Las Vegas et San Francisco »

Que vous ont-il dit pour que vous changiez d’avis ?
Qu’il n’y avait pas eu de pression des télés ou du jury pour absolument finir la manche et que ce jury allait être évalué à la fin de la saison et que ça allait changer pour lui.

Avez-vous pris la parole en tant que vainqueur de la Coupe du monde ?
Ce sont surtout Felix Gottwald, Magnus Moan et Mario Stecher qui ont parlé. Ils n’ont pas été loin d’être vulgaires, mais sont restés corrects. Je suis resté mesuré et j’ai demandé à ce que tout cela change. On doit prendre exemple sur le ski alpin, qui demande l’avis des coachs. Finalement, on s’oriente vers un système avec quatre ou cinq personnes formées pour être dans les jurys et dont au moins l’une d’entre elle serait là à chaque étape de Coupe du monde.  

Qu’allez-vous faire maintenant ?
Il me reste quelques échéances avec notamment les championnats de France avec toute l’équipe du nordique. Après je pars en vacances pendant plus d’un mois pour voir la famille, me changer les idées. On va louer un camping car et partir à la conquête de l’ouest avec notamment Las Vegas et San Francisco.

Quels sont les objectifs pour la saison prochaine ?
Ma saison est tellement impressionnante que l’année prochaine ne peut qu’être moins bonne. Et puis ce n’est pas une année olympique, mais on va devoir continuer à faire parler de nous. Il y a les championnats du monde à Oslo, ça sera l’objectif de la saison. J’ai du bronze, j’aimerais un autre métal.

Pierrick Taisne