Le Graët : un couac à 10 millions d'euros

18 opinions
- +

Sous contrat avec Nike jusqu'en 2018, la FFF s'est engagée auprès de l'équipementier à ce que toutes les équipes de France évoluent sous sa griffe. Problème : les féminines, qualifiées pour les JO de Londres, devront porter les...

Noël Le Graët

Noël Le Graët

Un gros coup comme argument de campagne...

Le 22 février 2008 marque un tournant dans l’histoire de la FFF. Après quarante ans de collaboration avec adidas, l’instance française conclut un accord avec le grand concurrent de la marque aux trois bandes, Nike, jusqu’en 2018. Derrière ce gros coup financier, Noël Le Graët, alors vice-président de la Fédé (le président de l’époque était Jean-Pierre Escalettes) en charge des dossiers économiques. Dans ce document, la FFF s'engage pour « toutes les sélections et toutes les compétitions ». Figure également la mention « tournoi olympique » pour les sélections masculines et féminines. De 10 millions d’euros par an, les retombées passent à 42,66 millions (pour un total de 320 millions de 2011 à 2018). Un chiffre multiplié par 4 qui lui servira d’argument de campagne pour prendre en mains les rênes de la fédération en juin dernier.

Le Graët connaissait le risque

Lors de l’étude des offres des équipementiers, le service juridique de la FFF alerte Noël Le Graët du risque qui existe, si l’équipe de France Espoirs et/ou l'équipe de France féminine se qualifie(nt) pour les Jeux Olympiques. La règle du CNOSF stipule que tout sélectionné tricolore aux JO doit porter la tenue adidas de l’équipe de France olympique. La « 3F » évacue le problème avant de démarcher, courant 2009, des assureurs susceptibles de couvrir le « risque » d'une qualification olympique. Le montant d'une éventuelle pénalité s’élève à 10 millions d'euros par compétition non jouée en Nike. Selon nos informations, aucun assureur n’a accepté de couvrir le risque.

Quand la FFF se moque du football féminin...

Pour convaincre les assureurs que le risque de qualification est minime, les dirigeants de la FFF concernés envoient les palmarès des sélections espoirs et féminines, avec parfois des commentaires moqueurs quant aux chances des filles de se qualifier pour les JO... Dommage : les filles de Bruno Bini obtiennent leur billet pour Londres lors du dernier Mondial disputé l’été dernier en Allemagne. Sur place, le sélectionneur des Françaises sent l’affaire enfler et demande aux journalistes de ne pas trop ébruiter le problème, histoire de ne pas perturber les filles en dévoilant que leur Fédération ne croyait pas en elles…

Le foot dans le collimateur du CNOSF

Voilà donc le premier caillou dans la chaussure de Noël Le Graët. Pour régler l’affaire, le numéro un de la FFF va tenter de négocier une dérogation auprès de Denis Masseglia, le président du CNOSF, qui permettrait aux filles de jouer en Nike. Quitte à payer un dédommagement. Les deux hommes se rencontreront vendredi au stade de France, en marge du match France-Albanie. Mais pas question pour l’olympisme français de faire une fleur aux « footeux », un an après l’épisode Knysna qui a considérablement dégradé l’image du sport français. Denis Masseglia n’a pas souhaité s’épancher sur la situation. Une chose est sûre, il reste ferme sur ce dossier et n’accordera aucun passe-droit.

Un risque économique calculé

Si aucune solution n’est trouvée, la situation pourrait se répéter lors des Jeux Olympiques 2016 à Rio de Janeiro (en cas de qualification des deux équipes de France, l’ardoise s’élèverait alors à 20 millions d’euros pour la FFF). En s’assurant de très confortables retombées économiques avec ce nouveau partenariat, la FFF reste largement gagnante même si elle venait à débourser des pénalités de l’ordre de 10 millions d’euros par compétition. Seule l’image, déjà bien égratignée du football français, pourrait en pâtir. En attribuant en toute connaissance de cause le contrat à Nike, la FFF est passée outre les lois de l’olympisme français. Pire, elle a dénigré le potentiel de ses équipes de France. Après les présidences mouvementées de Jean-Pierre Escalettes (sous l’ère Domenech) et de Fernand Duchaussoy (les quotas), les affaires reprennent…

Rodolphe Massé avec NC