Nadal au septième ciel

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Tronquée par la pluie, la finale de Roland-Garros s’est achevée ce lundi sur le septième sacre parisien de Rafael Nadal, face à Novak Djokovic (6-4, 6-3, 2-6, 7-5). L’Espagnol est désormais seul détenteur du record de titres de l’ère Open.

Rafael Nadal

Rafael Nadal

Max Decugis. La prochaine cible de « Rafa ». L’ultime nom à effacer des tablettes. Bjorn Borg, avec lequel l’Espagnol partageait le nombre de victoires à Roland-Garros, n’est plus visible depuis ce lundi et son septième sacre parisien. Vainqueur face à Novak Djokovic (6-4, 6-3, 2-6, 7-5) en deux temps, à cause de la pluie, de la seconde finale à ne pouvoir se conclure un dimanche (après Ilie Nastase en 1973), Rafael Nadal grimpe une nouvelle marche dans le Panthéon de Roland-Garros et du tennis professionnel. Il devient le joueur le plus titré de l’histoire de Roland-Garros depuis le début de l’ère Open (1968) et visera l’année prochaine le record absolu de Max Decugis, vainqueur huit fois à une époque (de 1903 à 1914) où les Internationaux de France ne se jouaient sur le site de la porte d’Auteuil (construit en 1928) et n’étaient pas encore Roland-Garros mais des championnats ouverts aux seuls joueurs licenciés en France. Un dernier petit détail pour être définitivement unique.

C’est dire si à seulement 26 ans, l’Espagnol est déjà seul au monde. Roi de la terre ocre parisienne, il a encore l’avenir devant lui s’il fait durer le plaisir jusqu’à ses 34 ans, l’âge du vainqueur le plus âgé, son compatriote Andres Gimeno (1972). Sur le Central, ce lundi, c’est la mâchoire et le poing serrés qu’il est venu rappeler à Novak Djokovic qu’il était, comme le dit Guy Forget, « le patron sur terre ». Le Serbe était la veille au soir, au moment de l’interruption, sur une dynamique à même de prolonger le suspense. Il avait remporté la troisième manche, breaké dans le quatrième set (2-1). Mais il a été pris à la gorge par « Rafa ». En quelques minutes, devant un public gonflé par les licenciés invités par la FFT, il était renversé (2-3).

Et contrairement à dimanche, quand les balles se gorgeaient d’eau, que la terre devenait lourde et qu’il faisait douter Rafael Nadal, « Nole » n’était pas contre une petite pause pluie à 5-4 contre lui, avant un service à conserver impérativement pour croire encore à son « Djoko Slam ». Il la demandait à l’arbitre de chaise, enfilait sa veste. Mais l’averse ne durait pas et le soleil devenait même généreux. S’il s’en est sorti sur ce jeu capital, il n’a fait que repousser l’échéance. Car sur la première balle de match de l’Espagnol, par une double faute, ses nerfs l’ont lâché. « Il prend un petit risque pour ne pas se faire attaquer sur la deuxième balle, explique Guy Forget. C’est comme un penalty qui rebondit sur la barre transversale. »

« Il parle vraiment comme une vache espagnole ! »

Tendu, comme en témoignent cette double faute et plusieurs coups droits complètement manqués, Novak Djokovic rendait les armes de lui-même. En face, « Rafa » avait tout fait pour. « Il y a eu tellement de points extraordinaires que retenir cette double faute, ce serait manquer de respect aux deux joueurs » estime l’ancien capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis. Dans les coulisses de Philippe-Chartrier, l’entourage de l’Espagnol craignait pourtant un autre scénario. « Je suis très surpris parce que dans le vestiaire, je ne pensais pas qu’il avait la possibilité de gagner, confie Toni Nadal, l’oncle et entraîneur du prodige. Il était très nerveux. Je me suis dit ‘‘bouh…’’. J’en ai parlé avec Carlos Costa. Mais il a très bien joué. Et il a servi très, très bien (deux aces, sur ses quatre au total dans le match, ndlr). »

Après avoir passé « une nuit difficile », Rafael Nadal pouvait relâcher la pression, monter dans les tribunes, embrasser ses proches dont un certain Pau Gasol (double champion NBA, champion du monde, double champion d’Europe). Rejoindre le septième ciel en deux jours, vivre cette émotion quand même tronquée par ce scénario pluvieux, est si particulier que « Rafa » a souhaité marquer le coup en parlant… en français. « C’est spécial pour lui, reconnait son attaché de presse, Benito Perez Barbadillo. Maintenant, vous pouvez voir qu’il parle vraiment comme une vache espagnole ! » « Cette victoire est très symbolique, complète Guy Forget. Il pulvérise le record de Bjorn Borg. Il a extrêmement bien servi, ça va peut-être lui permettre d’aborder le gazon avec encore plus d’ambitions. Tous les voyants sont au vert pour ‘‘Rafa’’. » Comme depuis 2005, au premier jour de son règne parisien.

LP avec ES