La France hésite à se lancer pour les Jeux de 2024

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Dans moins de cinq semaines débutent les JO 2012 que Paris voulait organiser, mais qui ont finalement été remportés par Londres. Face aux appels du pied du CIO pour une nouvelle candidature, la France se demande s’il faut retourner au combat, cette...

Jean-Claude Killy et Guy Drut, les deux membres français du CIO

Jean-Claude Killy et Guy Drut, les deux membres français du CIO

« Je souhaite que la France soit candidate aux Jeux d’été. » Jacques Rogge n’a pas pris de risque en nous déclarant le 4 juin dans son fauteuil, au siège du CIO à Lausanne, en bordure du lac Léman, sa flamme indéfectible pour une candidature tricolore. Mais après quatre échecs successifs depuis Lille 2004 jusqu’à Annecy 2018, la parole du Belge est douce comme une  sucrerie flamande aux oreilles de responsables français encore sonnés par le fiasco du dossier haut-savoyard. L’invitation du huitième président du CIO, qui passera le flambeau l’année prochaine, trouve un écho certain alors que se profile l’édition 2024, centenaire des Jeux de Paris. Depuis, la France a accueilli les éditions hivernales de 1968 et de 1992, mais jamais plus la grand-messe estivale.
L’appel de Rogge a été repris par Lord Sebastian Coe, gloire de l’athlétisme britannique et patron heureux des JO de Londres. « Dear Seb », comme l’appela la ministre française des Sports, Valérie Fourneyron, à l’occasion d’une escale de l’Anglais à Paris, et à l’INSEP, 40 jours avant les Jeux, a déclaré, beau joueur, qu’il souhaitait voir les anneaux olympiques  flotter au sommet de la Tour Eiffel. « C’est un de mes grands vœux de venir un jour à Paris voir les Jeux, ce serait extraordinaire. »

Prendre en compte l’alternance des continents

A ses côtés, la ministre clignait des yeux derrière ses lunettes. Pour les dirigeants français, l’affaire est loin d’être entendue. Loin des coups de clairon, la France, profil bas, est à l’heure de l’introspection. Un audit a été confié à la société Keneo qui, après près d’une centaine d’entretiens, rendra ses conclusions à la rentrée. « On a besoin de comprendre après l’humiliation d’Annecy », souffle Fourneyron. La désignation en septembre 2013 de la ville qui organisera les Jeux de 2020, Madrid, Istanbul ou Tokyo, sera aussi observée de près. « Avec l’alternance des continents, il est important de se positionner au bon moment », poursuit la ministre. Good timing. Le mot revient sans cesse.
« Il aurait été très difficile de battre Pékin pour les Jeux de 2008 parce qu’il y avait une attente du mouvement olympique pour aller dans le pays le plus peuplé au monde », raconte Rogge. La France a pour elle aujourd’hui qu’exception faite de l’Afrique, tous les continents, après l’Asie avec Pékin et l’Amérique du Sud avec Rio 2016, ont désormais vu les Jeux. « On n’est moins dans une logique de Big First », explique un observateur. D’autant qu’avec la crise économique, le CIO, les grandes fédérations, et les sponsors préfèrent les placements sûrs. « Les candidatures matures ont la cote », assure l’expert.   

Masseglia : « Coubertin ça ne suffit plus, il faut un message ! »

Si le CIO n’est pas hostile à un certain retour à la tradition, ce qui pourrait aussi faire les affaires des Etats-Unis qui affutent leurs dossiers pour 2022 ou 2024, la France devra apprendre à mieux montrer ses sportifs. « Les candidatures doivent être portées par des gens issus du sport, et vous en avez beaucoup en France, insiste Rogge. Regardez ce que Bernard Lapasset a fait avec la Coupe du monde de rugby en 2007, regardez Jean-Claude Killy et Michel Barnier en 1992. » Paris 2012 s’est fait coiffer sur le poteau par Coe, formidable finisseur. Annecy 2018 s’est noyé dans des divisions politiques entre l’Etat et les collectivités locales. « Une candidature doit partir du mouvement sportif », martèle Fourneyron. Il faudra enfin faire du dossier de Paris un projet global, à l’image de ce qu’a réussi Londres avec l’Est-End de la ville.
« Paris 2012 a voulu être trop modeste, analyse l’expert. Le CIO attendait autre chose. » Coe l’avait parfaitement compris. « La France est un pays qui comprend les valeurs sociales du sport pour les différentes communautés et pour la jeunesse », explique l’ancien champion olympique du 1500m. « Il est essentiel que les athlètes puissent avoir un message à porter parce que Coubertin, ça ne suffit plus », acquiesce Denis Masseglia, patron du CNOSF. « C’est un anniversaire, mais ce n’est pas forcément la bonne date », conclut Fourneyron. Si Coe, 55 ans, vient un jour à Paris, ce sera plutôt avec ses petits-enfants.

Louis Chenaille