Boullier : « Grosjean peut devenir champion du monde »

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Plus de deux ans après avoir repris les rênes de Lotus, Eric Boullier se satisfait du début de saison de son équipe et de son duo de pilotes Räikkönen-Grosjean. Le manager confie même que le Français est en passe de devenir le chouchou de l’écurie.

Eric Boullier

Eric Boullier

Eric, quel bilan tirez-vous de cette première partie de saison positive (Lotus pointe au 3e rang du championnat du monde des constructeurs) malgré quelques ratés ?

Il y a forcément des couacs car on a une écurie qui est en reconstruction depuis deux ans. On a eu une saison 2011 compliquée mais cette année, c’est positif. On est régulièrement dans les points et même sur le podium. C’est vrai qu’il y a eu des courses qui se sont arrêtées au premier virage mais on a un tout nouveau package avec deux pilotes qui retrouvent la F1 après deux ans d’absence. Il faut apprendre à travailler ensemble. Il faut construire cet équilibre entre toutes les parties pour être au maximum sur un week-end de course.

Il y a eu une prise de conscience de la part de l’écurie…

Ce n’est pas une prise de conscience. Depuis 2010, il y a eu énormément de changements. Aujourd’hui, notre groupe est stable et attractif. On a la sérénité et la confiance des gens. On commence en plus à avoir des résultats sur la piste. On pourrait appeler ça  une montée en puissance. On a réussi à recréer cette mayonnaise et aujourd’hui, c’est en avant toute !

Les ambitions de Lotus ont-elles été revues à la hausse ?

Non et il ne faut pas. On reste la 5e écurie du plateau. Se permettre d’aller titiller les 4 premiers, c’est déjà une belle performance. Si on doit rehausser nos objectifs, on le fera plus tard. Notre objectif est de faire mieux que l’année dernière et c’est ce qu’on est en train de faire. Mais la saison reste très longue.

Justement, vous attendiez-vous à un championnat aussi serré ?

Quelque part, oui. La stabilité technique et les restrictions sévères sur les nouvelles idées que l’on peut apporter à la F1 apportent un resserrement des forces.

« Grosjean est le chouchou de Lotus »

L’autre grande nouveauté pour Lotus, c’est l’arrivée d’un nouveau duo de pilote. Comment se comporte Kimi Räikkönen au sein de l’écurie ?

Il est très apprécié dans l’équipe car c’est un compétiteur né. Le Kimi que les médias ou les fans voient est très différent de celui qui est dans le camion de l’ingénieur. C’est quelqu’un de motivé qui ne s’attarde pas sur les détails. Il va à l’essentiel mais il est extrêmement chaleureux contrairement à ce qu’on peut croire. Il est même plutôt marrant.

Romain Grosjean a eu un début de saison compliqué avant de s’imposer peu à peu dans l’équipe…

Il s’est quand même qualifié sur la 3e place pour sa première course en 2012, sur un tracé qu’il ne connaissait pas. C’est une sacrée performance. Effectivement, il y a eu différentes courses qui ont fait qu’il n’a pas passé le premier tour. Mais ça fait partie du métier qui rentre. Il n’a que 15 Grands Prix et 2 podiums au compteur. Il n’y a pas beaucoup de pilotes qui peuvent se justifier d’avoir un tel bilan.

Depuis que vous évoluez dans le milieu de la F1, est-ce le jeune le plus impressionnant que vous ayez vu ?

C’est clairement le pilote le plus prometteur que j’ai rencontré. Si vous reprenez les statistiques des jeunes champions qui ont démarré, il est sur la bonne trajectoire. Il est encore jeune et surtout, il a une expérience extrêmement limitée. Il n’a jamais passé sa vie derrière le volant d’une F1. Sa maturité fait qu’il apprend vite. Je lui souhaite de continuer, ça va lui permettre d’être champion du monde. Et je suis persuadé qu’il a le calibre pour le devenir.

Pourtant, ça avait été compliqué à ses débuts en 2009…

Il est en train de retourner l’écurie en sa faveur. Ça devient le chouchou de l’entreprise. Ça ne s’était pas bien passé en 2009 pour plusieurs raisons. C’était un contexte différent. On ne va jeter la pierre à personne mais avec le travail de fond qu’il fait à l’usine pour comprendre comment fonctionne une écurie de F1, c’est positif. Surtout que le fait de faire des résultats sur la piste et en plus d’être agréable, est en train de fédérer tout le monde autour de lui.

A titre personnel, ce doit être une belle victoire pour vous qui l’avez aidé à revenir en F1…

C’est une satisfaction personnelle mais elle n’est pas encore complète. Il faut qu’il gagne des courses et qu’il soit champion du monde.

Propos recueillis par Antoine Arlot, à Valence