Et si une échappée allait au bout ?

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La tentative du jour a montré que s’échapper sur une étape de plaine n’est peut-être pas complètement devenu un espoir vain. Entre Epernay et Metz, ce vendredi (207,5 km), les plus courageux chercheront sûrement encore à piéger le peloton.

Un sprint sur le Tour de France

Un sprint sur le Tour de France

Ennuyantes, longues et jouées d’avance… Les organisateurs du Tour de France doivent avoir les oreilles qui sifflent. Dans le viseur des mécontents, des étapes de plaine lundi, mercredi et jeudi au scénario presque immuable en faveur des sprinteurs du peloton, et deux profils bosselés dimanche et mardi réglés dans les derniers instants par le même Peter Sagan (Liquigas). Le tout pour un spectacle jugé plutôt faible. « Ça commence à devenir un petit peu lassant, regrette par exemple Cyrille Guimard, membre de la Dream Team RMC Sport. Cette 5e étape a été à l’image des étapes précédentes. Avec une échappée matinale et un peloton qui gère. »

Mais les quatre échappés du jour, Matthieu Ladagnous (FDJ-BigMat), Julien Simon (Saur-Sojasun), Pablo Urtasun (Euskaltel-Euskadi) et Jan Ghyselinck (Cofidis), ont proposé une fin au goût différent et même particulièrement relevée, ce jeudi. L’effort vain qui leur était promis depuis le premier kilomètre, à la sortie de Rouen, paraissait l’être beaucoup moins sous la flamme rouge. Et les sprinteurs, notamment le vainqueur André Greipel, ont dû attendre d’être à 200m de la ligne à Saint-Quentin pour dépasser le quatuor et le priver de la victoire. « C’est très rageant, lâche Matthieu Ladagnous. J’y ai cru. J’ai mis tout ce que j’avais. Et les autres aussi. C’est les boules ! »

Ladagnous : « Si on n’est pas trop bourrin… »

Comment ces quatre-là ont-ils résisté ? En jouant du mieux possible au jeu du chat et de la souris, quitte à freiner leur allure, avec un maximum de malice. « J’ai bien fait gérer les mecs dans l’échappée, détaille le Français de la FDJ, qui avait déjà vécu ça à Compiègne en 2007. Je n’avais pas envie qu’on prenne trop d’avance. Quand c’est revenu trop près de nous, on a encore ralenti pour que le gros paquet s’arrête. » « A 30-35 bornes de l’arrivée, on a lâché les chevaux, ajoute Julien Simon. On s’est bien entendu. Et comme on avait vent de dos, on était à 50 km/h. On a commencé à y croire, c’est vrai. »

Alors qu’un nouveau sprint massif est attendu à Metz, s’échapper n’est donc peut-être pas totalement voué à l’échec. A condition de pas considérer l’opportunité simplement comme une belle publicité... « Ce sont des ‘‘échappées télé’’ si on ne gère pas, estime Matthieu Ladagnous. On a prouvé le contraire. Si on gère bien, si on n’est pas trop bourrin, il y a moyen d’aller au bout, de faire quelque chose. » « Il y a eu une chute à deux kilomètres de l’arrivée qui a perturbé la poursuite, retient Cyrille Guimard. Et les échappés ont eu un sursaut. Mais on s’est quand même ennuyé. Il faudrait un petit peu plus de mouvement. » Dès vendredi ?

« C’est la vie, c’est la course, estime Marc Madiot, le directeur de FDJ-BigMat. On sentait dans le final qu’il y avait quelque chose d’envisageable. Mais c’est le destin. Que le peloton contrôle, ce n’est pas une nouveauté. Quand on est concerné directement, on est forcément déçu mais c’est comme ça. Ça se joue souvent à peu de choses. Il n’y a pas de renoncement. Si on est fataliste, on rentre à Paris et on fait un autre métier ! C’est comme quand un footballeur tape la barre. Il y aura bien un moment où ça passera. C’est parfois suicidaire. Mais on peut parfois maitriser et retarder son propre suicide. Ça a failli être le cas aujourd’hui. »

LP avec GQ