Millar, la vengeance du repenti

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Vainqueur de la 12e étape à Annonay, le Britannique David Millar signe le 4e succès de sa carrière sur le Tour. A 35 ans, l’ex-dopé devenu « clean » prouve à tous ceux qui en douteraient encore que l’on peut s’imposer en étant propre.

David Millar

David Millar

Le Tour de France ne manque pas de belles histoires. Ce vendredi, lors de l’étape la plus longue de cette Grande Boucle (226 km) entre St-Jean-De-Maurienne et Annonay-Davézieux, David Millar en a écrit une nouvelle. A 35 ans, le coureur britannique s’est adjugé la victoire finale devant le Français Jean-Christophe Péraud. « C’est une belle victoire », commente le coureur de la formation Garmin, après s’être affalé de tout son long sur l’asphalte. Comme pour mieux savourer et récupérer d’une très longue échappée en compagnie de quatre coureurs. « J’avais les jambes et la tête, poursuit-il. Quand j’ai passé les deux premiers cols, j’ai su que c’était pour moi. Dans le final, je savais que si je ne laissais personne partir, j’avais des chances. Je devais suivre chaque attaque. »

Cette victoire n’est pas vraiment comme les autres. Ce quatrième triomphe de l’Ecossais sur les routes du Tour ne ressemble en rien aux précédents (2000, 2002, 2003). Le début des années 2000. Une autre époque, d’autres mœurs pour David Millar. Cyrille Guimard se souvient : « Je l’ai fait passer professionnel en 1997 avec Cofidis, raconte l’ex-directeur sportif et membre de la Dream Team RMC Sport. Je pensais qu’il avait le potentiel pour gagner le Tour de France. Ses qualités de rouleur étaient largement au-dessus de la moyenne. Mais il s’est passé ce que tout le monde sait.  Il a été sous l’influence de certains coureurs. C’est dommage car sans cela, je pense qu’il aurait fait une autre carrière. »

Pineau : « S’il n’avait pas fait le con avant… »

Comme trop de coureurs encore à cette époque, David Millar sombre dans le dopage. Et se fait prendre la main dans le sac. En juin 2004, il est interpellé puis mis en examen. Le triple champion de Grande-Bretagne (route et clm) avoue s’être « chargé » à l’EPO entre 2001 et 2003. Il est suspendu pendant deux ans (2004-2006). Puis revient en grâce. L’homme, aimé du peloton, cultivé, se rachète une conduite. Parle de dopage, librement, sans tabou. Et se remet à gagner… à l’eau claire.  « Il a fait des grosses conneries quand il était jeune, remarque Jérôme Pineau (Quick Step). Mais il y a eu une rédemption. Il a eu une deuxième chance. Tant mieux pour lui. C’est bien qu’il gagne. S’il n’avait pas fait le con avant, ç’eut été mieux. »

Allan Peiper, son manager chez la formation Garmin, n’est pas tout à fait surpris par ce retour au premier plan : « Il a déjà été dans deux échappées, remarque-t-il. C’est vrai  qu’il était malade à Liège (lors du prologue) et que sa participation sur le Tour était incertaine, mais il a bien récupéré. » Et ça s’est vu.
David Millar le repenti est donc toujours au sommet. « C’est l’expérience qui a parlé, remarque Luc Leblanc. Millar a du métier. Ce n’est pas son premier Tour de France (il s’agit du 11e, ndlr). » La réussite de l’Ecossais annonce aussi des étincelles lors des prochains JO puisque Millar sera au départ du contre-la-montre, chez lui,  avec la sélection de Grande-Bretagne. Pour écrire une nouvelle belle histoire ?

 

Aurélien Brossier avec PYL