Pinot, une affaire de famille

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Avec un grand-père commissaire de course, un papa ancien coureur et un frère entraîneur à la FDJ, Thibaut Pinot se devait de faire carrière. Mais malgré les conseils prodigués, le benjamin du peloton n’en fait souvent qu’à sa tête…

Thibaut Pinot

Thibaut Pinot

A 22 ans, Thibaut Pinot a déjà prouvé dès son premier Tour de France, qu’il était homme à prendre ses responsabilités. C’est en désobéissant à son directeur sportif que le plus jeune coureur du peloton a remporté la 8e étape du Tour de France, il y a une semaine à Porrentruy. Car le Bisontin a son petit caractère qu’il faut savoir dompter. Son entourage s’y attelle du mieux possible. Son père Régis l’appelle tous les jours alors que son frère, Julien, ancien coureur et actuel entraîneur au sein de la formation FDJ-Big Mat, l’accompagne quotidiennement. « C’est quelqu’un de très déterminé qui sait ce qu’il veut et qui met tout en œuvre pour y arriver, concède ce dernier. Il a un caractère fort et buté sur certaines choses. Il n’est pas facile à vivre mais c’est ce qui fait ses qualités sur le vélo. »

Présent au départ de l’étape remportée par son jeune fils, le papa raconte : « Nous étions au départ à Belfort avec mon épouse. On a entendu que les consignes étaient qu’il reste tranquille mais on voyait bien qu’il avait des fourmis dans les jambes. » Si Thibaut représente la jeune garde du cyclisme français, il le doit à son héritage familial. « Chez nous, le vélo a toujours été une passion : mon papa était commissaire de course et moi j’étais coureur régional, rappelle le paternel. On se rendait beaucoup sur les courses de la région puis sur les courses pro. On suivait le Tour de France en partant quelques jours dans les Alpes. » S’il tente de lui prodiguer quelques conseils, le père de Thibaut ne veut pas empiéter sur le travail de ses entraineurs. « Avec Fred Grappe et Marc Madiot, il est bien entouré. Ça m’arrive de lui dire des petites choses mais ce n’est pas toujours facile de lui dire ce qu’on veut. »

Leblanc : « Le meilleur directeur sportif pour un coureur, c’est son papa »

Comme tout coureur talentueux, Thibaut Pinot a son petit orgueil de champion. « Il aime bien se faire ses propres expériences, explique Julien. On lui donne des conseils qu’il n’écoute pas forcément. Et après coup, il dit : « C’est vrai, tu avais raison ». Ou alors, on va lui donner un conseil, il va dire non devant nous et finalement, il fait ce qu’on a dit. » Dixième du classement général à 8’51’’ de Bradley Wiggins, celui qui est passé pro en 2010 apprend à vitesse grand V. « Il a encore beaucoup de points à travailler notamment dans les bordures, analyse son frère ainé. Hier (samedi), il a réussi à arriver avec le peloton et à éviter les cassures, c’est la première fois que ça lui arrive. Il y aussi le contre-la-monte mais on le travaille, on a déjà fait des séances en soufflerie. »

Avant d’aborder la dernière semaine de course, il se verrait bien briller dans les Pyrénées pour s’offrir le maillot blanc (2e à 1’54’’ de Tejay van Garderen). Il s’agira de courir avec instinct mais aussi sur les conseils avisés des suiveurs et de sa famille. « Le soutien familial, ça a fait partie de ma vie de coureur cycliste, rappelle, Luc Leblanc, membre de la Dream Team RMC. Je dois ma carrière à mes parents. S’ils n’avaient pas été derrière moi, à me soutenir quel que soit les circonstances, je n’aurais pas fait la carrière que j’ai fait. Le meilleur directeur sportif pour un coureur, c’est son papa. »

Nicolas Couet