Galfione : « J’ai toujours peur que le Russe passe ! »

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Sacré champion olympique du saut à la perche en 1996 à Atlanta, l’ancien recordman de France garde en mémoire les émotions procurées par cette médaille d’or… qu’il a bien failli se faire voler ensuite !

Jean Galfione avec sa médaille d'or sur le podium des JO 1996

Jean Galfione avec sa médaille d'or sur le podium des JO 1996

Jean, quel est votre sentiment lorsque vous revoyez les images de votre sacre, seize ans après ?

Ça fait toujours quelque chose mais j’ai l’impression que c’est quelqu’un d’autre parce que maintenant j’ai une autre vie (il pratique maintenant la voile, ndlr). Quand je vois le Russe Trandenkov tenter son dernier essai, j’ai toujours peur qu’il passe. Et il ne passe toujours pas, donc ça va (rires) ! Les JO, c’est magique car il y a une grosse tension, de la pression. Ce sont des émotions pures. Je suis spectateur de ce concours quand je le regarde à nouveau. Je me rappelle bien de l’émotion procurée. Tout ça, c’est indélébile.

Y a-t-il un moment qui vous a plus marqué qu’un autre lors de ce concours ?

Ce jour-là, tout s’est très bien passé. Je me rappelle du dernier mot de Maurice Houvion, mon entraîneur, juste avant que j’entre dans le stade olympique. Il m’a juste donné un conseil qui m’avait étonné. Je pensais qu’il allait me dire de rester concentré ou de prendre la bonne perche, mais il m’a dit : « Jean, fais-toi plaisir, je n’ai plus rien d’autre à te dire ». Je me suis dit qu’en fait, c’était facile (rires) !

Lorsque vous êtes sacré champion olympique, vous semblez d’abord ne pas y croire.

Je vais d’abord voir Igor Trandenkov, qui me dit : « Je ne t’en veux pas ». C’était sympa, il n’y avait pas de haine entre nous. Et puis après, je cours en me disant que j’ai gagné (5,92m), mais dans ce stade de 80 000 personnes, je ne vois plus personne que je connais. Tous les amis et la famille étaient les uns sur les autres et avaient bougé de place. Je me suis retrouvé un peu comme un c.. ! Je suis donc retourné ranger mes affaires et là je vois au premier rang ma famille, mes proches, Pierre Quinon (champion olympique du saut à la perche en 1984 à Los Angeles, décédé depuis, ndlr), je cours les voir et ça fait du bien !

« Le cambrioleur n’a pas touché à la médaille »

Le podium est-il le moment le plus fort ?

Le podium, c’est chouette, mais j’essayais de réfléchir au moindre sentiment, à la moindre sensation. Ce n’est pas ça qui me reste. Les moments forts sont avec mes proches en pleurs, le retour en voiture avec Maurice Houvion, qui était vraiment mon complice et était beaucoup plus angoissé que moi pour ce qui allait se passer après. Il me disait que, maintenant, il fallait penser au record du monde. On a eu une conversation vraiment profonde sur la suite et sur la vie. Et puis il y a eu beaucoup d’autres moments forts aussi.

Où est votre médaille ?

Elle est planquée ! Un jour, je me suis fait cambrioler. Sur la route qui me ramenait à la maison, je n’étais pas très inquiet mais ce qui m’aurait agacé, c’est qu’on m’ait volé ma médaille. Mais le cambrioleur ne devait pas trop aimer le sport, donc il n’a pas touché à la médaille. Je l’ai mise en sécurité, dans un endroit visible, chez une personne qui sait en prendre soin.

Né le 9 juin 1971, à Paris (41 ans)

Palmarès :

1990 : débute sa carrière senior
1992 : première participation aux JO à Barcelone (Espagne)
1994 : 3e des championnats d’Europe à Helsinki (Finlande)
1995 : 3e des championnats du monde à Göteborg (Suède)
1996 : champion olympique à Atlanta (Etats-Unis)
1998 : 3e des championnats d’Europe à Budapest (Hongrie)
1999 : champion du monde en salle à Maebashi (Japon)
2005 : annonce la fin de sa carrière d’athlète
2007 : participe à la Coupe de l’America (voile) à bord de K-Challenge
Ancien détenteur du record de France en extérieur (5,98m)
Ancien détenteur du record de France indoor (6m)

Propos recueillis par Pierre-Yves Leroux