Italie-France / Zoff : « Platini plus grand que Zidane »

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Le gardien des champions du monde en 1982 était l’invité de Luis Attaque à quelques heures de la rencontre amicale entre les Bleus et la Squadra, ce soir à Parme (20h50). Sélectionneur malheureux à l’Euro 2000, Dino Zoff parle de la rivalité...

Dino Zoff

Dino Zoff

Dino, quels sont vos souvenirs de ces matches contre l’équipe de France ?

Il y a eu des bons souvenirs certes, mais aussi des mauvais, comme en 2000, avec cette finale à l’Euro que l’on a perdue alors qu’on menait à 20 secondes de la fin. Pendant une période de 5, 6 ans, à la fin des années 90, la France était très performante. Aujourd’hui, le football italien est redevenu plus important.

Qui de Michel Platini ou de Zinédine Zidane a le plus marqué le football ?

Michel Platini était un milieu de terrain universel, il a été plusieurs fois meilleur buteur chez nous en Italie. Zidane était un artiste, mais Platini était un joueur plus complet.

 

Ce Platini vous a joué un drôle de tour lors de ce match amical du 8 février 1978 à Naples (2-2). La presse italienne disait qu’il vous avait ridiculisé…

La presse italienne est toujours très dure, je me souviens bien de cet épisode... L’arbitre (à la 81e) avait fait retirer le coup-franc, Platini avait été fourbe, il avait changé d’angle, il m’avait complètement trompé. Il a marqué des plus beaux buts dans sa carrière, mais c’est sûr que sur celui-ci, il m’a bien eu.

Vous avez pris votre revanche quelques mois plus tard à la Coupe du monde en Argentine (Italie-France 2-1, au premier tour), même si Lacombe avait ouvert le score après 36 secondes de jeu…

C’est sûr que ce but arrivé très vite nous a un peu fait douter, mais on s’est ensuite senti libérés. Ça nous a enlevé d’un poids, et finalement on peut dire que ce but nous a sauvés (Rossi et Zaccarelli pour l’Italie, ndlr).

Que valent aujourd’hui la France et l’Italie ?

Ce sont deux bonnes équipes, deux équipes en progression. La France après des années pas très brillantes retrouve un bon niveau. C’est aussi le cas pour l’Italie, qui a atteint la finale du dernier Euro après des années désastreuses.

La Squadra s’est souvent inclinée en fin de match sur pénalty ou en prolongation. Lors de l’Euro 2000, avez-vous pensé que vous étiez maudit ?

C’est plutôt moi qui suis maudit. En 2000, on menait 1-0, Del Piero avait eu l’occasion de marquer deux fois, la France était inexistante, et puis il y a eu ce renvoi de Barthez avec deux coups de tête déviés qui leur a permis d’égaliser. Après, on a été en difficulté et la France a marqué le deuxième but... Pour ce qui est des tirs au but, chaque cas est différent, c’est la capacité de chaque joueur à faire la différence qui est en jeu. Mais dans cette finale en 2000, c’est moi qui ai été maudit.

 

Comment jugez-vous le travail mené par Cesare Prandelli depuis deux ans ?

C’est un très bon entraîneur qui a cette capacité de mettre en valeur les jeunes et de produire un beau jeu. Il tombe au bon moment, à une époque où le football est plus ouvert. A l’Euro, l’Italie a fait un bon tournoi. En finale (défaite 4-0), ils ont peut-être fait l’erreur de vouloir aller chercher l’Espagne. Il n’y avait pas d’attente autour de cette équipe, qui a pu s’exprimer.

Faut-il prendre Balotelli ?

Balotelli un très grand joueur. Il a des problèmes de caractère que Mancini a parfois du mal à gérer à Manchester City, et qu’il faut gérer. Il devrait lui-même être plus attentif pour être le grand joueur que l’on connait.

Qui est le meilleur sélectionneur italien de l’histoire ?

C’est sans aucun doute Enzo Bearzot (sélectionneur de l’Italie entre 1975 et 1986, qu’il mène au sacre au Mondial 82, ndlr), qui a su tirer le meilleur de nous tous, sans nous enfermer dans une tactique. Il a sur mettre en valeur les qualités individuelles de chacun. Bon, si j’avais été un peu moins mauvais, on aurait pu arriver en finale en 1978 (la Squadra finira 4e, ndlr).

Qu’attendez-vous du match de ce soir ?

Je suis très curieux de voir cette nouvelle équipe de France. On est chez nous, on a les moyens de s’imposer, mais je vais regarder de près notre adversaire.

La fuite des stars en Serie A met-elle l’équipe d’Italie en danger ?

C’est un problème pour le championnat italien, et ça fait d’ailleurs votre bonheur en France. Mais pour la sélection, je ne pense pas que ça pose un problème. On n’a certes pas un vivier très grand, mais on a de très bons jeunes. Je ne suis pas inquiet.