Jakubowicz : « Que ces footballeurs prennent leurs bâtons de pèlerins »

26 opinions
- +

Alain Jakubowicz, le président de la LICRA, n’approuve pas la pétition de 62 joueurs pros contre la tenue de l’Euro Espoirs en Israël (5-18 juin 2013). Et critique leur manque de connaissance sur le conflit israélo-palestinien.

Alain Jakubowicz

Alain Jakubowicz

Alain Jakubowicz, en tant que président de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), quel regard portez-vous sur la pétition de 62 joueurs professionnels contre l’organisation du championnat d’Europe des moins de 21 ans en Israël ?

Cela procède surtout d’une méconnaissance de la réalité des choses qui est assez terrifiante, mais qui n’est pas vraiment surprenante de la part de ces footballeurs. On ne peut qu’être satisfait qu’ils s’intéressent au monde dans lequel ils vivent. Mais il est évident qu’ils ne sont pas du tout informés de ce dont ils parlent.

Que voulez-vous dire ?

Il faut savoir que Gaza est sous le contrôle du Hamas, qui est une organisation terroriste déclarée comme telle par la communauté des nations. Bien sûr que la mort d’un enfant est effroyable mais est-ce que ces footballeurs sont allés voir ce qui se passait du côté des bombardements qui tombent sur une population de civils en Israël ? C’est une vision totalement parcellaire de la situation. Il faut être au courant de ce dont on parle avant de faire de grandes et belles déclarations. Ces gens-là, qui sont certainement animés des meilleures intentions, parlent de sujets qu’ils ne connaissent pas. Cela est toujours extrêmement dangereux.

Estimez-vous que ces sportifs ont dépassé leur rôle ?

Ça peut être le rôle de sportifs, mais de sportifs éclairés. Avant de lancer des diatribes, il serait bien qu’ils s’intéressent au sujet autrement que par les titres du journal de 20 heures ou d’une presse qui met l’accent sur tel ou tel point. Ce qui serait intéressant, c’est que les joueurs fassent une visite sur les lieux, dans les territoires palestiniens et en Israël. Lors d’une dernière compétition internationale (Euro 2012, ndlr), nombres de joueurs se sont rendus à Auschwitz pour voir la réalité de ce qu’il s’était passé dans les camps de concentration. Les équipes nationales, elles, ne l’ont pas souhaité. C’est bien d’être ouvert sur le monde, encore faut-il voir tous les paramètres et s’y intéresser de façon complète. Et non pas de manière parcellaire, ni militante.

Ce genre de pétition est-il dangereux ?

Il est bien évident qu’il y a dans les équipes davantage de joueurs qui peuvent, par leur histoire personnelle, légitime, être plus sensibles à une version des faits qu’à une autre. Il y a des courants qui traversent la société, que l’on retrouve dans les stades, dans les équipes nationales. Et je crois qu’il convient de s’en prémunir. Tout ce qui va dans le sens de la communautarisation des esprits, de la vision parcellaire des choses et de l’importation d’un conflit international sur notre territoire va dans le mauvais sens.

Quelle est la position de la LICRA par rapport à cette mobilisation de joueurs ?

Il est important que ces footballeurs, qui veulent s’impliquer dans les malheurs du monde, prennent leurs bâtons de pèlerins et montent un voyage d’études sur place. Il y a plein d’associations comme la nôtre qui les y aideront. Qu’ils aillent voir ce qu’il se passe à Gaza mais également à Ramallah et dans ces villes du sud d’Israël mais aussi du nord où des enfants sont aussi la cible de bombes et ne sont atteints qu’en qualité de civils. Il y a aussi tout le mal qui résulte de la volonté guerrière du Hamas et de sa volonté d’extermination de l’état d’Israël qui ne peut pas non plus être passé sous silence.

Propos recueillis par Camille Gelpi