Wilkinson : « L’équipe peut très bien faire sans moi »

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Jonny Wilkinson parle peu. En pleine réflexion quant à son avenir, l’idole du RCT s’est confiée à RMC Sport ce mardi. Avec sincérité. Et avec, parfois, la sensation qu'il annonce à demi-mots une imminente fin de carrière.


Jonny, les victoires du RCT, les supporters, l'enthousiasme de votre entraineur Bernard Laporte... C'est tout cela qui vous permet de rester un passionné de rugby et une bête de travail ?

Ma passion pour le rugby commence avec le respect, l’envie, l’état d’esprit et la relation avec les joueurs. Tout ça, j’adore. C’est ce qui va me manquer le plus, le rapport avec les joueurs, les entraineurs et les supporters. Quand je parle de passion, c’est le désir d’essayer de m’améliorer chaque jour, de donner plus, d’avoir un objectif, un but à suivre. C’est aussi avoir une raison pour me lever le matin et trouver un chemin sur lequel je peux marcher chaque jour en sachant qu’à la fin de chaque journée, je suis meilleur que la veille.

Tous les grands sportifs ont peur de faire l'année de trop. Est-ce également votre crainte ?

Pour moi, une année de trop, c’est si tu n’ajoutes pas quelque chose de positif au club ou si quelqu’un d’autre que toi peut ajouter quelque chose de positif. C’est une des raisons très importantes dans la décision. Je parle beaucoup de respect, ça fait partie de la décision, le respect que j’ai pour l’équipe. Si je peux continuer à jouer, c’est pour être positif dans l’équipe, pour ajouter quelque chose et si ce n’est pas le cas, je ne veux pas.

Les dirigeants vous laissent faire votre choix et le respecteront. Cela vous permet-il de prendre votre décision plus sereinement ?

C’est très important et c’est très gentil de la part de tout le monde ici de me donner un peu de temps. Mais je ne sais pas si ça va m’aider. Je préférais la période où j’étais blessé. C’était le kiné qui disait oui ou non ! Je n’avais pas à décider. Commencer à réfléchir, ce n’est pas une bonne chose pour moi. Je rigole un peu, mais pour moi c’est très important de prendre la bonne décision.

Si le RCT remporte un titre cette saison, arrêterez votre carrière là-dessus ?

Dans un monde idéal, ça peut être super. Mais quand on commence à penser à ça, c’est un peu égoïste. Ce n’est pas pour moi que l’on doit gagner. C’est l’inverse. C’est pour tous les autres. J’étais très jaloux de joueurs comme Martin Johnsson ou Neil Back qui ont arrêté leur carrière avec l’équipe d’Angleterre après la Coupe du monde 2003 parce que c’était le bon moment pour eux. Ils avaient 33, 34 ans, c’était la plus belle manière de finir leur carrière. Le plus important, c’était de donner à l’équipe.

Si vous décidez d'arrêter, pourriez-vous, comme Pierre Mignoni par exemple, devenir entraineur et intégrer le staff toulonnais ?

Ça peut être le cas, mais à voir tout ce que fait Pierre Mignoni, c’est incroyable de finir sa carrière de joueur et de revenir comme entraineur si vite avec le niveau qu’il a. Ce n’est pas normal. Normalement ça prend beaucoup de temps pour apprendre le job. Ce boulot-là, ce n’est pas mon truc. Mon truc, c’est plutôt les "skills" parce que je sais que je peux enseigner ce que j’applique sur le terrain.

Vous donnez l'impression, dans vos propos, que vous allez arrêter en fin de saison... Vous êtes vraiment en pleine réflexion et prendrez votre décision plus tard ?

Je continue à être à 100% aux entrainements mais, d’un autre côté, je sais que l’équipe peut très bien faire sans moi. Je suis capable de continuer comme cela mais cet équilibre reste fragile. J'ai besoin d'être toujours concentré sur le rugby. Je n'ai pas le temps autour du rugby. Je prends des notes. Je veux toujours m'améliorer. Je ne peux pas aller au restaurant le soir ou rester longtemps à discuter avec mes coéquipiers. J'ai besoin tous les soirs de deux ou trois heures pour me vider la tête avant de me coucher. C'est parfois fatigant mais c'est ma façon de vivre, même si cela m'oblige à aller mentalement jusqu'au bout de moi-même.

Adulé sur la Rade, Jonny Wilkinson pourrait mettre un terme à sa carrière de joueur de rugby à la fin de la saison. Une retraite à propos de laquelle le coach adjoint du RCT, Pierre Mignoni, résume le sentiment de toute une ville : « C’est Jonny. On a tous envie qu’il continue. » Si tous espèrent voir l’ouvreur anglais de 33 ans poursuivre l’aventure avec le RCT, le président toulonnais Mourad Boudjellal ne se berce pas d’illusions et voit bien son joueur arrêter, surtout en cas de titre. « Pour l’instant je le laisse dans sa réflexion. C’est une décision qui appartient. Il faut le lasser avancer seul. Si à un moment donné, comme David Carradine il a besoin d’un guide pour l’orienter dans sa carrière, et bien je serai le sage qui l’orientera, glisse Boudjellal. Je pense qu’il en partie pris sa décision. S’il y a un titre, ça peut énormément jouer. Si on gagne quelque chose il arrêtera, c’est mon intime conviction, même s’il a dit avant qu’il continuerait. On se rappellera des années Wilkinson. Il y a eu les années Umaga, j’aimerais qu’on dise que Wilkinson est le joueur qui a ramené le Bouclier à Toulon. » Une certitude, si « Wilko » décide de ranger les crampons, il promet en revanche de continuer à irriguer le lien si particulier qui l’unit à Toulon : « Je ne sais pas comment on va faire. Mais j’espère ne jamais perdre ma place ici. » 

Propos recueillis par Florent Germain
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