De Montbrial : « Armstrong est un fin stratège »

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Thibault de Montbrial a défendu les intérêts de SCA Promotions, la compagnie d’assurance en conflit avec son ancien client, Lance Armstrong. Alors que la presse américaine évoque d’éventuels aveux, l’avocat décrypte la situation et les...


Maître, la société SCA Promotions, que vous avez représentée, s’est-elle sentie lésée au moment de la décision de l’UCI de blanchir le palmarès de Lance Armstrong ?

Si à l’époque Monsieur Armstrong avait reconnu s’être dopé, SCA Promotions n’aurait plus été tenu de lui verser les primes tenues (voir encadré ci-dessous). Je sais qu’aujourd’hui, la société envisage de poursuivre Monsieur Armstrong pour récupérer les sommes payées (7,5 M€). C’est une décision qui est en train d’être prise et qui sera tranchée dans les semaines à venir.

Sur quoi reposerait son argumentaire ?

Toute la question est de savoir quelle est l’autorité de la chose jugée d’une transaction qui n’est pas rendue par un tribunal. Cette transaction peut-elle résister à des aveux et à leurs conséquences, après que la transaction est conclue. C’est une question compliquée dans le droit américain. Le point à retenir, c’est que Monsieur Armstrong est en train de mesurer à quel point des aveux publics risqueraient d’impacter toute une série d’évènements l’ayant impliqué depuis une dizaine d’années.

Par exemple ?

Je pense notamment à une procédure assez lourde en diffamation contre le Sunday TimesArmstrong et ses avocats décortiquent procédure par procédure. Dans quel cadre a-t-il dit qu’il ne s’est jamais dopé ? L’a-t-il dit sous serment ? A qui ? Cela risque-t-il d’engendrer des procédures pour parjure ? Ce n’est pas aussi simple que ça en l’air de faire de l’audience dans les talk-shows et d’emporter la sympathie du public en faisant des aveux.

« Il faut se méfier des fuites qui sortent dans la presse »

Croyez-vous à une série d’aveux ?

Il faut se méfier des fuites qui sortent dans la presse et qui viennent de l’entourage des gens. Ce que je sais pour avoir été impliqué dans des procédures contre lui, c’est qu’il est très intelligent. Monsieur Armstrong est un fin stratège. Rien n’est jamais décidé au hasard et toutes les décisions sont murement réfléchies. Il est très impliqué dans toutes les décisions prises au côté de ses avocats. Qu’il y réfléchisse, c’est du bon sens. Qu’il mesure les risques sur tous les terrains, c’est une évidence. Il doit actuellement faire un la balance d’un tel coming-out. Il est impossible de dire qu’elle sera sa décision finale. Ce qui est certain, c’est que si cela entraîne un risque de prison, il ne le fera pas.

Quelles seraient ses motivations ?

Je pense qu’il ne le fera que s’il est certain que le bénéfice à en tirer sera très largement supérieur aux risques encourus. L’avantage à en tirer serait double : pouvoir de nouveau exercer en compétition et le deuxième, moins évoqué, relève de son avenir politique. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’ambition ultime. Il l’a déjà dit. Il se voit passer par la case ‘gouverneur du Texas’ et éventuellement concourir pour la présidence des Etats-Unis dans un futur plus lointain.

Quelle image renverrait-il alors au peuple américain ?

Ça serait un bénéfice d’image par rapport à la population américaine. Ce héros qu’il était, tombé, et qui révèle aujourd’hui ses faiblesses humaines en faisant son mea culpa dans une séquence que l’Amérique adore. Ça sera un bénéfice très important sans risque de se faire poursuivre au pénal pour parjure, parce que là, ça serait une situation catastrophique.

Le contentieux entre la société d’assurance SCA Promotions et Lance Armstrong remonte à 2004. Juste avant le Tour de France, David Walsh et Pierre Ballester publient leur ouvrage référence : LA Confidential. Un pavé dans la mare car en 2000, le Texan qui vient de gagner deux Tours de France, a contracté une assurance et parié sur lui-même, comme cela se fait aux Etats-Unis. Il paye alors une prime de 400 000$ à la société. S’il gagne le Tour deux fois d’affilée, il touchera une première prime. S’il enchaîne derrière avec de nouveaux succès sur la Grande Boucle, il recevra une prime supplémentaire à chaque nouvelle levée.

Sur la base de ce qui est relaté dans l’ouvrage, la compagnie d’assurance va rompre le contrat en se basant sur une clause qui stipule qu’Armstrong devait gagner en respectant les règles pour espérer empocher l’argent. Armstrong le conteste en arguant que seuls les organisateurs de l’épreuve auraient pu permettre de ne pas le payer. Tout le monde se trouve devant le Tribunal arbitral au Texas, à Dallas. Le contentieux va durer deux ans, avant d’être transigé. Les parties décident d’une transaction confidentielle à hauteur de 5  M€ + 2,5 M€ au titre de dommages et intérêts.

Recueilli par Pierrick Taisne