Italie-France : le fiasco vu par Laporte

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La France a perdu pour son entrée en lice dans le Tournoi des VI Nations, en Italie (23-18). Si les Italiens ont réalisé un bon match, Bernard Laporte, ancien sélectionneur et membre de la Dream Team RMC Sport, n’est pas tendre avec les Bleus.

Bernard Laporte

Bernard Laporte

La France remise à sa place
« Je crois qu’on avait tort de s’enflammer après novembre. On avait dominé l’Australie privée de sept joueurs, l’Argentine avec dix mecs laissés au repos et on oublie que contre les Samoa, on perdait à 10 minutes de la fin à la maison. Contre les Italiens, c’est compliqué. Il ne faut pas être excessif, ni d’un côté, ni de l’autre. On ne fait pas un grand match, l’Italie fait ce qu’elle peut. Mais on voit que dès qu’on met du volume, ils sont en difficulté. Malheureusement, on est fébriles, on se recroqueville, on rend le ballon vite, on fait des petits tas. Sincèrement, si les Italiens jouent comme ça contre les Anglais, ils vont en prendre 30. »

Pas assez joueurs
« Le véritable problème de ce match, c’est que sur les ballons du fond, on le sait que ce sont les meilleurs ballons, on ne joue pas. On le sait que ça va finir par passer si tu fais un, deux, trois, quatre temps de jeu. Mais aujourd’hui, on ne le fait pas. S’il n’y a pas de volume de jeu, ça facilite la défense adverse. Ne parlons pas de révolte ou de mental sur des choses qui relèvent de la technique et de la philosophie de jeu. On a attendu les mêlées et les touches pour jouer. C’est compliqué de déstabiliser une équipe sur ces phases de jeu. Regardons le nombre de ballons portés qu’on a faits. Eux, ils n’attendent que ça. Contre l’Australie, devant, c’est des pissenlits, je veux bien. Mais les Italiens, ils sont costauds quand même. On s’est embourbés. »

Michalak décevant
« Frédéric, c’est un bon joueur, mais il faut le laisser tranquille. Il ne faut pas s’attendre à ce qu’il renverse les matchs tout seul. C’est vrai, un demi d’ouverture international, il ne peut pas faire le coup d’envoi directement en touche ou manquer la touche sur une pénalité. C’est trop approximatif. On le sait, qu’il est capable de faire ça. Laissons-le tranquille. On les connaît ses points forts et ses points faibles. Si tu avances devant, c’est le roi du monde, on le sait. Tout le monde l’a porté aux nues en novembre, mais il ne faut pas le mettre plus haut qu’il n’est. C’est un bon joueur de rugby de l’équipe de France, mais ce n’est quand même pas le meilleur demi d’ouverture de tous les temps. »

Retrouver l’enthousiasme
« J’ai beaucoup d’estime pour cette équipe d’Italie, mais ils ont quand même beaucoup moins de talent que la France. C’est surtout ça qui fait râler. Perdre chez eux, c’est hypothéquer ses chances dans le Tournoi, c’est se fragiliser. Ce qui m’agace le plus, c’est que la France n’a pas joué à son niveau. Si c’est ça notre niveau, il ne faut rien espérer. On est capables de faire dix fois mieux que ça. On va se reprendre, c’est une évidence. Il faut travailler, oublier. Et il faut être un peu enthousiaste. J’écoutais les joueurs avant le match, on dirait qu’ils allaient à un enterrement. Mais ce n’est pas un enterrement, c’est un match de rugby du Tournoi des VI Nations. Il faut retrouver un peu de fraîcheur. »

Et maintenant…
« A les écouter avant ce match, on avait l’impression qu’ils allaient jouer la Nouvelle-Zélande à Auckland. Et après le match, j’aurais préféré qu’ils disent : ‘‘On a été nuls, on a été bidons’’. Pas : ‘‘l’Italie est une grande nation de rugby’’. On le sait qu’ils progressent. Maintenant, il faut qu’ils analysent ensemble. Qu’ils prennent conscience qu’ils n’ont pas joué, c’est aussi simple que ça. Qu’ils se disent : ‘‘Mais on est cons ou quoi ? Pourquoi on n’a pas fait quatre passes, pourquoi on n’a pas essayé de tenir le ballon, de déplacer le jeu, pourquoi on a fait qu’attendre, pourquoi on a été si fragiles, si fébriles ?’’ »

Bernard Laporte