Saint-André : « L’Italie a mérité sa victoire »

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S’il a tenu à saluer la performance de l’Italie, victorieuse de la France ce dimanche dans le Tournoi des VI Nations (23-18), Philippe Saint-André estime que les Bleus avaient la place pour l’emporter et reste ambitieux.

Philippe Saint-André

Philippe Saint-André

Philippe, estimez-vous que cette défaite est logique ?

D’abord, il faut féliciter l’équipe italienne. C’est une nation qui est 10e au classement mondial, mais on voit qu’elle progresse de plus en plus. Aujourd’hui, elle a mérité sa victoire, il faut la féliciter. Nous, on a beaucoup trop manqué de précision, de justesse. On a perdu énormément de ballons au contact. On avait fait le plus dur en revenant après 20 minutes. On mène de cinq points, on a l’opportunité de passer à huit, de marquer un essai sur la percée de Machenaud et au lieu de faire le break, on prend un contre de 80 mètres et les Italiens passent devant. On a ensuite manqué de justesse collective pour gagner le match alors qu’on finit à 15 contre 14 sur la ligne italienne.

Le Tournoi est-il déjà perdu ?

Non, le Tournoi n’est pas perdu. Le Grand Chelem est perdu, ça c’est sûr. On sait que cette compétition est âpre, atypique et difficile. Maintenant, on va juste se concentrer sur samedi, pour bien recevoir le pays de Galles au Stade de France devant notre public. Automatiquement, il y avait énormément de tristesse et de frustration dans le vestiaire. Il y avait surtout la sensation qu’à un moment, on avait le match en main et qu’on n’a pas su le tuer. Il ne faut s’en prendre qu’à nous et je m’inclus complètement dans cette défaite avec le staff et les joueurs.

Considérez-vous que cette défaite est grave ?

Grave, c’est un grand mot. Quand tu perds un match, c’est difficile. On était à quatre victoires d’affilée, on voulait continuer, aller chercher une cinquième. On a fait une dernière demi-heure catastrophique. Ce n’est pas un coup d’arrêt complet, il va falloir travailler. On a manqué trop de choses, même si on marque deux fois, que Yoann Huget va derrière la ligne (essai refusé à la vidéo, ndlr), qu’en fin de match, on a des opportunités, qu’en fin de première mi-temps, on a un deux contre un qu’on joue mal… Après, on a manqué de réactivité. On prend deux essais en contre. Il faut féliciter les Italiens, parce que ça n’a pas été un petit match, ça a été un match de haut niveau.

Les joueurs ont semblé émoussés physiquement…

Apparemment, il y a eu 47 minutes de temps effectif de jeu. C’est encore plus que contre l’Australie. On a manqué à un moment donné de se relever plus rapidement et de réalimenter offensivement. On a un peu manqué de réactivité sur notre possession et sur les turn-over. On mène de cinq points. Défensivement, on est bien en place, les Italiens n’ont pas trop de solutions et on se fait contrer. Même si on a réussi à les breaker, à casser les plaquages, on a trop souvent manqué le dernier geste. Souvent, on a fait la passe impossible et on a perdu le ballon. Les Italiens ont joué avec leurs armes. Il y avait des adversaires en face de nous.

Qu’est-ce qu’il vous a manqué ?

Un petit peu de patience. On s’est mis un peu dans le rouge en gardant le ballon dans notre camp sur 10-12 temps de jeu en deuxième mi-temps. Il aurait fallu peut-être mettre un peu plus de jeu au pied, de pression sur eux comme on avait pu le faire en première période. Ça a été un gros, gros bras de fer. Après, il faut l’accepter mais il va falloir préparer le match contre le pays de Galles avec de la fraîcheur, avec beaucoup, beaucoup plus d’intensité dans les un contre un, dans les nettoyages, en perdant moins de ballons. La mêlée, la discipline a été bonne, mais on perd quatre ballons en touche, ce n’est pas satisfaisant.

Commencez-vous à nourrir un certain complexe contre cette équipe ?

Non, ça démontre juste que les Italiens progressent. Ce n’est plus l’équipe à qui on passait 30 ou 40 points. Quand tu connais le haut niveau, quand tu as vu les matches de novembre, ils rejouent dix fois l’Australie, ils gagnent huit fois sur dix. Les Blacks les ont mis en difficulté mais pendant 60 minutes, ils sont dans le match. C’est une équipe qui progresse, qui travaille, qui se donne les moyens. Là où j’ai beaucoup de frustration, c’est qu’on avait vraiment la place et la possibilité de gagner.

Propos recueillis par Laurent Depret et Pierrick Taisne