Boudjellal : « Il faut que Saint-André se remette en question »

Votre opinion
- +

Président de Toulon, Mourad Boudjellal accuse la FFR d’être « faux-cul » à propos de la mise à disposition des internationaux. Et appelle Philippe Saint-André à reconnaître ses erreurs après la défaite au pays de Galles vendredi (27-6).

Mourad Boudjellal
@ AFP
Mourad Boudjellal

Mourad Boudjellal, comprenez-vous le ras-le-bol des joueurs, pris entre la Fédération française et leurs clubs ?

Je comprends leur gêne. Je ne suis pas compétent pour parler des aspects sportifs et médicaux. Je laisse des entraîneurs comme Bernard Laporte ou Guy Novès le faire. Je peux par contre parler de l’ambiguïté économique de cette histoire. La Fédé, plutôt que conserver les joueurs et indemniser les clubs pour qu’il y ait un équilibre économique, préfère renvoyer les joueurs pour que ça ne lui coûte rien, mais demander qu’ils ne jouent pas. C’est une façon de se défausser par rapport à ses obligations. Il aurait peut-être été plus simple, comme le réclame Philippe Saint-André, de garder les joueurs une semaine de plus à Marcoussis et d’indemniser les clubs. Une fois de plus, la Fédération a une position de « faux-cul » avec les clubs. Les clubs ont leurs enjeux, des joueurs qui sont payés. Ils ont besoin de résultats. Philippe Saint-André a aussi besoin de résultats. Mais personne ne peut revendiquer la priorité de ses résultats par rapport à ceux des autres.

Le confit paraît éternel...

On a créé un Top 14 professionnel. On ne peut pas lui imposer les mêmes règles que celles du rugby amateur. Ce n’est pas possible. La convention, elle est votée par une minorité de clubs concernés. On fait voter une convention sur la mise à disposition des internationaux aux clubs de Pro D2, qui sont 16 et qui ne sont pas du tout concernés. Il y a 9 clubs du Top 14 qui ont voté contre. Donc au niveau des clubs concernés, ça veut dire que la convention n’a pas été votée. Le système fédéral fait en sorte d’avoir un public de masse pour pouvoir continuer à exercer son pouvoir. On joue sur cette confusion, sur ces petits clubs auxquels on donne des prérogatives pour qu’ils continuent à voter.

Etes-vous inquiet pour le rugby français ?

Moi, je suis inquiet pour le rugby français parce qu’on va dans le mur. On nous a dit que les joueurs jouaient trop. Ils jouent moins. On devrait être champions du monde donc ! Maintenant, c’est qu’on a trop parlé (déclaration de Philippe Saint-André après la défaite à Cardiff, ndlr), qu’on ne s’est pas assez lâché. Ça serait bien, à un moment donné, qu’on arrête de rejeter la faute sur les autres. Je rêverais que le sélectionneur dise : « Je me suis trompé, je n’ai pas pris les bons schémas de jeu, je n’ai pas été assez convaincant mais je vais me reprendre  et je vais être plus performant à l’avenir parce que le principal fautif, c’est moi. » Et on lui pardonnera tous. Il faut regarder ses responsabilités. La principale raison de la défaite au pays de Galles, c’est qu’individuellement, on a les meilleurs joueurs du monde, mais pas collectivement. Si les gens qui sont à la tête de l’équipe de France ne sont pas capables de faire ce constat, on n’avancera pas. Ça ne veut pas dire qu’ils doivent partir, mais simplement qu’ils doivent assumer leurs erreurs. Les reconnaître, c’est déjà avancer.

Vous avez été choqué par l'analyse de Philippe Saint-André ?

Moi, en tant que président, j’ai été le premier à dire que c’était de ma faute dans les périodes où le RCT n’allait pas bien. J’essaye de trouver dans mes erreurs la façon de faire avancer mon club. Je pense que pour les entraîneurs, c’est la même chose. On ne peut pas dire sans arrêt que c’est la faute des autres. En équipe de France, on a un bon staff technique, un bon entraîneur. Mais il faut absolument qu’il se remette en question.   

A lire aussi :

>> LNR/FFR : Le ras-le-bol des joueurs

>> Conflit FFR-LNR : Simon veut un accord en urgence

>> Saint-André : « Une faillite de certains joueurs »

Propos recueillis par Julien Richard