Evra : « J’ai hésité sur mon avenir en équipe de France »

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EXCLU RMC SPORT. Invité de Luis Attaque ce mercredi, Patrice Evra a pensé mettre un terme à sa carrière internationale en 2012. L’arrivée de Didier Deschamps l’a rassuré et désormais, il ne pense qu’à vivre une belle Coupe du monde.

Patrice Evra, qu'en est-il de vos relations avec Luis Fernandez, après vos déclarations dans Téléfoot ?

C’est terminé. Luis et moi, nous nous respectons énormément. On a eu une discussion, tout est rentré dans l’ordre. C’est un grand joueur de l’équipe de France. Moi, j’espère gagner quelque chose avec mon pays. Je ne l’ai pas encore fait. Pour l’instant, il a un avantage sur moi (rires).

Attendez-vous cette Coupe du monde avec impatience ?

Par rapport au passé, ce sera une Coupe du monde qui sera très spéciale pour moi. Mais je ne partirai avec aucune pression, aucun objectif. Je veux juste jouer avec l’amour de ce maillot. Je me souviens de ce match retour contre l’Ukraine (victoire 3-0 en barrage retour et qualification pour le Mondial, ndlr).  A la fin de ce match, j’étais vraiment fier d’être français. Je n’ai jamais vu le Stade de France comme ça, derrière son équipe. Ce match m’a vraiment marqué. Je veux prendre du plaisir et faire plaisir à tous les Français durant cette Coupe du monde. Je pars avec cette mentalité.

Cette équipe de France a-t-elle les moyens de réaliser une grande Coupe du monde ?

Je ne vais pas faire les erreurs du passé, vendre du rêve aux Français, puis ne pas assumer. Je ne sais pas combien d’équipes ont réalisé cet exploit de se qualifier après avoir perdu deux buts à zéro à l’aller. Si on joue à la Coupe du monde avec autant de rage et autant d’amour du maillot que lors du match retour, on peut aller très loin. On a vraiment joué pour nos familles, nos proches, les gens qui aiment l’équipe de France. C’était plus qu’un match de foot. Je veux dire un grand merci aux supporters français. Je me souviens de cette ambiance. En arrivant au stade, j’ai vu qu’on avait réuni tout le peuple français derrière l’équipe. Là, j’ai compris qu’on avait gagné le match.

Après le désamour, ce genre de match peut-il recréer l'adhésion ?

Je n’aime pas que l’on parle de désamour. Beaucoup de joueurs de cette équipe jouent dans des grands clubs. On a un problème, on se dit que cette équipe de France n’est pas quelque chose de suprême. C’est ça, la grande erreur. Avant le match contre l’Ukraine, on s’est rendu compte que cette équipe de France était plus importante que nos clubs, plus importante que tout. C’est un rêve d’être en Bleu. Je disais aux joueurs : « On ne joue pas pour nous, mais pour la génération future, pour les jeunes qui rêvent de prendre notre place ». Quand tu joues avec cette rage-là, tu peux déplacer des montagnes.

Vous êtes devenu un leader de cette équipe...

J’ai gagné tous les trophées avec Manchester United et quand j’allais en équipe de France, il y avait toujours des problèmes, des polémiques. Surtout, je ne gagnais pas les matchs qu’il fallait et je n’allais pas loin dans les compétitions. J’ai hésité sur mon avenir en équipe de France. Quand Didier a repris les rênes, je savais que j’allais être avec quelqu’un qui ne me ferait pas de cadeau. Il est très franc. Je joue pour l’équipe de France, après je joue pour l’entraineur. Et l’entraineur peut tirer le meilleur de toi-même. Didier a gagné tous les trophées, mais il a une telle humilité qu’il arrive à la transmettre. Tu as envie de tout donner pour lui.

Pourquoi avez-vous hésité à poursuivre votre carrière ?

Parce que je suis un gagneur, que je n’aime pas perdre. J’en avais marre d’entendre en Angleterre que l’équipe de France était nulle. Ça me blesse. Je ne suis pas un perdant. C’est pour ça que j’ai hésité.

Allez-vous prendre votre retraite internationale après cette Coupe du monde ?

Je parle beaucoup du présent. Au mois de mai, j’aurai 33 ans. J’ai vraiment envie de prendre mon pied durant cette Coupe du monde, de me régaler, de profiter de chaque instant, de donner tout ce que j’ai à mes coéquipiers pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, d’être performant pour mon pays. J’y vais avec une rage. Mais tranquille. Comme un enfant. Je veux aller à cette Coupe du monde comme irait un enfant de six ans devant le Père Noel.

A titre personnel, est-ce une occasion de vous racheter auprès du grand public ?

Tout le monde fait des erreurs dans la vie. C’est en y allant pour se racheter que l’on se met une pression inutile et que l’on fait n’importe quoi. J’y vais pour m’amuser et respecter ce maillot, c’est-à-dire gagner des matches, donner tout ce que j’ai dans les tripes pour que l’équipe gagne. 

Peut-on finir premier de ce groupe (Honduras, Equateur, Suisse) ?

Il faut respecter toutes les équipes, après la gifle prise contre l’Ukraine à l’aller (2-0). S’ils sont à la Coupe du monde, c’est qu’ils le méritent. Ils auront faim, comme nous. S’ils ont la même envie que celle que nous avons affichée contre l’Ukraine, ça va être compliqué pour nous. On est l’équipe de France, on a les qualités pour passer ce tour, mais ça va être difficile. Il faudra bien se préparer.

Est-ce cet amour du maillot qui vous fait parfois avoir des réactions disproportionnées ?

Oui, c’est ça, mon problème. Didier Deschamps me le dit depuis Monaco (2002-2006, ndlr), je suis quelqu’un d’entier. Je dis ce que je pense, je suis comme ça et je resterai comme ça jusqu’au bout.

Avez-vous peur pour votre place en équipe de France ?

Tu poses des questions un peu bizarres (rires). J’espère être présent et sélectionné avec l’équipe de France pour cette Coupe du monde, mais je ne joue jamais avec la peur. Je ne regarde jamais les autres. Je ne suis pas arrogant, mais si je suis à mon niveau, je sais que je jouerai. Si je suis mauvais, Didier mettra quelqu’un d’autre, j’en suis persuadé.

Quel est votre souvenir le plus marquant de la Coupe du monde, quels joueurs vous ont fait rêver ?

Je vais vous faire rigoler, je n’ai jamais eu d’idole. Je n’ai jamais eu de maillot de foot étant petit. J’ai toujours voulu jouer au foot parce que j’aimais le foot. Personne ne m’a inspiré. Après, j’aime bien les joueurs comme Romario. Surtout, le meilleur joueur de tous les temps pour moi, c’est Maradona. Je me rappelle de son but contre l’Angleterre en 86, quand il dribble toute l’équipe et qu’il gagne cette Coupe du monde à lui tout seul. Cela m’a marqué. En plus, je le connais personnellement. Il a du cœur. Malgré ce qu’il a accompli, il te parle de tout de rien. 

La victoire des Bleus au Mondial 98 a également dû vous marquer...

Bien sûr que j’ai suivi cette Coupe du monde. Je ne les jalouse pas, je les envie. C’est différent. Je me dis qu’il faut que je bosse pour gagner une Coupe du monde. Je respecterai toujours ces joueurs-là et j’espère qu’une autre équipe arrivera à les détrôner. 

L'équipe de France peut-elle être championne du monde ?

Tout peut arriver dans le football. Je crois en cette équipe.

Que se passe-t-il à Manchester United cette saison ?

Il y a eu un gros changement, il faut le digérer. Personne n’aime le changement. L’équipe a joué pendant plus de huit ans avec Alex Ferguson. On est derrière le nouveau manager (David Moyes, ndlr), on va tout faire pour se qualifier pour la prochaine Ligue des champions. Que je gagne des trophées ou qu’on soit dernier du classement, mon amour ne changera pas pour ce club.

A quel point avez-vous été marqué par Sir Alex Ferguson ?

Il m’a marqué comme monsieur. Les gens ne se rendent pas compte. C’est un entraineur très fort psychologiquement. Il arrive à tirer le meilleur des joueurs sur chaque match. Quand on gagne la finale de Ligue des champions, en 2008 à Moscou contre Chelsea, dans le bus du retour, il prend le micro et nous dit : « Félicitations les gars, mais je veux refaire une finale et je dégagerai ceux qui n’ont pas trop faim ».

Allez-vous revenir jouer en France ?

J’aime Manchester. Quand mon amour sera cassé avec Manchester, j’étudierai les différentes possibilités. Tout le monde me respecte, je me sens ici chez moi. C’est magnifique. J’ai de très bonnes relations avec le nouvel entraineur. 

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