Deschamps : « Pas là pour faire des surprises »

2 opinions
- +

Avant de dévoiler ce soir (20h) sa très attendue liste pour la Coupe du monde au Brésil, le sélectionneur des Bleus, Didier Deschamps, s’est longuement confié à RMC Sport. Sur sa méthode, ses attentes, ses joueurs, sa vie de sélectionneur.

SA GESTION DE LA LISTE

Didier Deschamps, comment gère-ton une liste pour la Coupe du monde ?
En anticipant et en planifiant le travail. J’aurai des joueurs avec des niveaux de forme différents. Certains auront énormément joué. D’autres moins. On va individualiser le travail. L’objectif est d’amener tous les joueurs à leur maximum pour le 1er match le 15 juin (face au Honduras). 

Quid des réservistes ? Certains seront en vacances. Vont-ils bénéficier du travail du staff de l’équipe de France ?
Répondre à cette question signifie qu’ils ne seront pas présents (à Clairefontaine, ndlr). Aujourd’hui, j’ai la possibilité de faire une liste de 30, que ce soit 23+7 mais je peux prendre 24, 25, 26, 27, 28 et même 29 joueurs. Il y a une réflexion approfondie depuis de longs mois.

En 1998, avec Aimé Jacquet, les réservistes avaient dû quitter Clairefontaine…
C’est une possibilité. Aujourd’hui, il n’y a pas de bonne solution. J’ai réfléchi pour prendre celle qui sera la moins mauvaise.

Vous avez une cinquantaine de joueurs présélectionnés. Comment cela se passe-t-il avec votre staff ?
Il y a environ cinq joueurs à chaque poste. On les suit. Il y a ceux qui viennent régulièrement depuis deux ans. S’il n’y a pas de soucis physiques, j’ai une vingtaine de noms dans ma tête. Si les joueurs qui m’ont donné satisfaction depuis le début de l’aventure n’ont pas de souci, ils seront présents à cette Coupe du monde.

Vous avez déclaré sur RMC que vous n’étiez pas là pour sélectionner les 23 meilleurs joueurs. Comment les sélectionnez-vous alors, sur la forme du moment ?
Non, la forme du moment peut avoir une influence sur un match amical. Comme je l’ai dit face aux Pays-Bas (2-0), ce critère-là a été effacé. Aujourd’hui, c’est plus le potentiel du joueur qui compte.

Faut-il s’attendre à des surprises ?
Je ne suis pas là pour faire des surprises. C’est le jeu médiatique. Mais je n’écarte pas la possibilité, si un joueur n’est jamais venu et qu’il peut apporter quelque chose au groupe pour la Coupe du monde, de le prendre.

SA GESTION DU GROUPE

Certains joueurs vont disputer la finale de la Ligue des champions le 24 mai alors que le rassemblement est prévu le 19…
Il y aura des arrivées en décalage. Je laisserai aux joueurs quelques jours de repos en fonction de leur dernier match.

Il y a un fort engouement du public pour les trois matches amicaux. Est-ce important pour les joueurs ?
Ce n’est pas anodin. Pour les joueurs, c’est très important. Hormis les trois qui étaient présents à la Coupe du monde 2006 il y a déjà huit ans (Landreau, Ribéry, Abidal), on ne peut pas dire que les autres avaient un lien très positif avec ce maillot-là. En barrages, ils ont vécu quelque chose de fort entre eux. Il y a eu une communion avec le public. Ça a déclenché cet environnement. Voir des gens qui croyaient en cette équipe avant le match (retour contre l’Ukraine, 3-0) a été un élément moteur pour l’équipe. Après, il y a eu les scènes de joie, « La Marseillaise », les drapeaux français agités. Certains qu’on disait pas expressifs avaient la banane. On disait que Karim (Benzema) ne souriait pas et on l’a vu épanoui.

Dans un groupe, il y a des cas particuliers comme Nasri, Abidal…
(Il coupe) J’ai 30 cas ! Je tiens compte de tous les joueurs. On est parti pour vivre au moins six semaines ensemble. Des joueurs, je ne sais pas encore lesquels, ne vont pas jouer. Et il y en a qui vont peu jouer. Je l’ai vécu en tant que joueur. OK, on a le succès que tout le monde connait en 1998. Mais ce n’était pas évident avec certains. Chaque jour qui passe, quand on ne joue pas ou peu, n’est pas facile. Mais il ne faut pas non plus avoir des béni-oui-oui, « boujour, merci, tout va bien… » Je n’ai pas envie qu’un mec qui ne joue pas soit content. C’est normal qu’il soit mécontent. Mais après, c’est toujours l’intérêt collectif qui doit primer.

SA FACON DE TRAVAILLER

Avez-vous pioché vos méthodes auprès de vos ex-entraîneurs et sélectionneurs ?
Oui, mais je ne fais pas référence à ce que j’ai vécu. Cela fait partie de mon histoire mais maintenant, c’est leur histoire. Ce sont eux les acteurs. Sur les différentes situations que j’ai pu vivre comme joueur, en club ou en sélection, il me reste des choses, bien sûr. Il y a des choses qui marquent, en bien ou en mal. Le plus important n’est pas de faire un copier-coller, mais d’adapter les choses à son caractère et à sa personnalité. Chaque sélectionneur est différent.

Au Brésil, votre camp de base sera à Ribeirao Preto. L’hôtel sera privatisé. Allez-vous tout superviser ?
Oui, on a scié les arbres parce qu’il y a des journalistes qui s’amusent à monter dessus pour voir ce qu’on fait (rires).

Il faut tout de même éviter le bunker, comme à Knysna, non ?
On a besoin de moments de tranquillité et de sérénité mais surtout, de ne pas de nous couper du monde. Il y a aura 5 heures de décalage horaire. En France, ce 7h à minuit, c’est football, football, football…  Il va falloir de la matière, faire des débats. Si on pouvait éviter d’en donner, ce serait une bonne chose.  Mais on ne va pas s’isoler. Ce n’est pas un bunker. On s’ouvrira. On ira à l’extérieur. On va s’organiser par rapport à notre public qui sera là-bas. Il y a des choses à faire. C’est une ville très sympathique. 

SON QUOTIDIEN DE SELECTIONNEUR

En marge du Mondial, à  quoi ressemble votre vie de sélectionneur au jour le jour ?
Je suis dans la vie sociale. Je croise beaucoup de gens. Est-ce que je me protège ? Oui, forcément. Mais je suis mis en lumière. J’ai ma vie d’homme, de père de famille. J’ai une vie comme tout le monde, même si elle ne l’est pas vraiment.

Même s’il a grandi, votre fils disait : « le football prend mon papa ». Il doit être un peu plus satisfait depuis que vous êtes sélectionneur ?
Oui, c’est différent. Cela arrive moins souvent mais il dit : « Papa, tu es là ? » Car en fait, je ne suis là que physiquement car j’ai la tête prise par des réflexions.

En profitez-vous davantage comme sélectionneur plutôt qu’entraîneur ?
Ah oui ! La vie d’entraîneur de club aujourd’hui est très exigeante, usante. Dans ma vie de sélectionneur, je prends énormément de plaisir. Mais pour que la vie soit agréable, il faut gagner les matches et se qualifier. Autrement, c’est certainement moins agréable mais je ne le sais pas car on s’est qualifié (malicieux).

 

 

A lire aussi :

Le Riomètre du 12 mai 

Bleus : à quoi servent les réservistes ?

EN IMAGES : Les Bleus recalés pour la Coupe du monde

Propos recueillis par Jean Rességuié