Doc RMC Sport - H.Schumacher : « Vous allez perdre une nouvelle fois »

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Rencontré à Cologne par RMC Sport, Harald Schumacher a évoqué ses souvenirs du France-Allemagne de 1982 et notamment l’épisode de sa collision avec Patrick Battiston. L’ex-gardien n’imagine pas les Bleus prendre leur revanche ce vendredi.

Harald Schumacher, quels souvenirs gardez-vous de cette demi-finale France-Allemagne de 1982 ?

C’était magnifique. Je crois que c’était le match du siècle du point de vue de la tension, de la dramaturgie, des émotions, avec tout ce qu’il s’est passé pendant 120 minutes, puis lors des tirs au but. C’était le match le plus riche en émotions, le plus fou et palpitant. J’étais là aussi en 1986 (défaite en finale contre l’Argentine après avoir encore barré la route des Bleus en demi-finale), j’ai été champion d’Allemagne (en 1978 avec Cologne), j’ai gagné l’Euro avec la sélection (en 1980), mais ce match reste au-dessus des autres. A chaque fois qu’approche la Coupe du monde, les gens viennent me voir et veulent parler de ça avec moi. Ils me demandent : « Comment ça s’est passé à l’époque avec Patrick Battiston ? Les tirs au but ? Avez-vous pensé que vous alliez gagner le match lorsque vous étiez menés 3-1 ? »

Cette rencontre, c'est aussi votre choc avec Patrick Battiston. Avez-vous des regrets par rapport à cette action ?

Je regrette de ne pas m’être occupé de Patrick quand il était au sol. Je regrette aussi de ne pas être allé à l’hôpital pour lui rendre visite. J’ai d’ailleurs présenté mes excuses à Patrick et il les a acceptées. Cette histoire aurait dû se terminer en 1982 mais ça fait partie de ma vie et je l’assume.

Etes-vous énervé qu'on vous parle toujours de cette rencontre ?

Si j’étais en colère, je ne donnerais pas d’interview. Je pourrais dire « No comment ». Mais je ne le fais pas. Je fais ces interviews parce que j’espère que, grâce à cela, je pourrai convaincre au moins un Français que je ne suis pas un mauvais garçon. Rien que pour ça, ça vaut le coup.

Etiez-vous dans un état second ce soir-là ?

J’étais toujours dans cet état. C’était ma manière de jouer un football rude. J’essayais toujours d’apporter une sorte de mental de guerrier, pour que l’équipe sorte victorieuse. J’ai été éduqué avec les valeurs de travail et d’honnêteté, avec l’idée de ne jamais rien lâcher. C’est ce que j’ai fait face à la France, comme à chaque match.

Avez-vous un message pour les joueurs français de l'époque ?

J'étais à Cannes il y a six mois. Michel Platini m'avait invité pour le tirage au sort de l’Euro 2016. J'ai dîné avec lui et nous avons parlé. Je n'ai pas eu besoin d’envoyer un message à Michel Platini, il est venu me parler de lui-même. Et à Patrick, je n'ai qu'une chose à dire : « Voilà Patrick, tu sais que je me suis excusé à l'époque. Je suis désolé. Je serais heureux, et ça te ferait sans doute du bien aussi, si nous oubliions tous cette histoire car tu as accepté mes excuses. » Après ça, il n'y a à priori plus de problème entre nous. Nous ne sommes pas amis, c’est comme ça et je le comprends tout à fait. Mais on peut aussi dire qu’après 32 ans, on pourrait passer l’éponge.

« Je n'ai absolument aucun problème avec les Français »

Appréciez-vous la France malgré tout ?

Je pars souvent en vacances en France. J'aime le vin rouge français, la nourriture française, les restaurants français, ici à Cologne. Je n'ai absolument aucun problème avec les Français. Et quand je suis en France, je suis reconnu par les gastronomes, les serveurs. Ils me disent « Oh ! Le grand portier Schumacher ». Ils sont tous gentils et aimables, personne n'est méchant.

Le quart de finale de vendredi sera un nouvel épisode de la saga après 1982 et 1986. Comment l'imaginez-vous ?

C’est un nouveau match entre deux grandes nations du football. Mais je pense que vous allez perdre une nouvelle fois. Et je crois qu’il est là le problème principal. Quand vous jouez contre l’Allemagne, vous perdez souvent. Vous avez perdu en 1982, en 1986, et même dans votre Stade de France (2-1 en amical en février 2013).

Pensez-vous qu'un sentiment de revanche animera les joueurs français ?

Je pense que la majorité d’entre eux n’ont pas vécu 1982. Si je regarde l’équipe française aujourd’hui, il n’y en a aucun qui a plus de 30 ans. Un peut-être, Benzema, non ? (il y a en fait quatre trentenaires parmi les 23 Bleus et Karim Benzema a 26 ans, ndlr). Ces joueurs n’étaient pas nés, on leur a raconté. Mais je ne crois pas que l’entraineur français se dit qu’il faut prendre sa revanche sur 1982 parce que les joueurs répondraient : « Qu’est-ce qu’il s’est passé à ce moment-là ? Ça n’a pas de rapport avec nous. »

Que pensez-vous de l'équipe de France actuelle ?

Didier Deschamps est très axé sur la discipline. Il n’a pas sélectionné beaucoup d’anciens joueurs mais il a une jeune équipe de qualité, qui doit acquérir encore un peu d’expérience. Mais je pense que d’ici deux à quatre ans, on entendra parler de plusieurs joueurs français, qui pourraient devenir des superstars. Ça va être un match difficile. Comme je suis Allemand, je vote logiquement pour l’Allemagne. Je crois que nous sommes quand même un peu favoris sur ce match. Je dirais que nous allons gagner 2-1.

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Propos recueillis par Adrien Godet | à Cologne