RMC Sport

Bellator – Cyborg: "C’est aux fans de décider qui est la GOAT"

Championne chez Strikeforce, Invicta, à l’UFC et désormais au Bellator, où elle a retrouvé de la joie après une fin d’aventure compliquée à l’UFC, Cristiane "Cyborg" Justino est la première combattante de l’histoire du MMA à signer un tel "Grand Chelem". Avant sa défense du titre des plumes contre Leslie Smith dans le Connecticut (Etats-Unis) lors de l’événement Bellator 259 (à suivre en direct à 3h dans la nuit de vendredi à samedi sur RMC Sport 2), la star brésilienne a accordé un entretien exclusif à RMC Sport.

Cyborg, vous défendez votre ceinture des plumes du Bellator ce vendredi contre Leslie Smith, que vous aviez mis TKO au premier round lors de vos débuts à l’UFC en mai 2016. Attendez-vous un combat différent cinq ans après?

Je pense que nous sommes toutes les deux des combattantes différentes aujourd’hui. Nous sommes meilleures toutes les deux. J’avais réussi une belle performance il y a cinq ans et je pense que ça va être un super combat. Leslie est devenue meilleure, c’est une combattante solide, qui peut me donner du fil à retordre. Ça va être un super combat, et un combat violent.

Lors de votre dernier combat, en octobre contre Arlene Blencowe, vous avez obtenu la première victoire sur soumission de votre carrière en vingt-six combats professionnels. Cela montre-t-il votre évolution en tant que combattante et est-ce que vous avez désormais en tête d'aller en chercher d’autres?

On avait vraiment travaillé ça pendant mon camp de préparation et on avait vraiment envie de réussir une soumission contre Arlene. On n’avait pas qu’un seul plan, bien sûr, mais si l’opportunité se présentait, je voulais vraiment le faire. Pour tous mes combats, je me prépare pour tout, j’aime être prêt pour n’importe quelle situation, mais l’opportunité ne s’était jamais présentée comme lors de mon dernier combat. Je suis heureuse d’avoir obtenu cette première victoire sur soumission, car on avait beaucoup travaillé ça, et on verra ce qui se passera contre Leslie. C’est un combat en cinq rounds et on verra quel sera le meilleur moment pour "finir" le combat, que ce soit en striking, via une soumission ou en ground-and-pound.

Vous êtes connu pour votre striking et vos violents KO/TKO. Est-ce que cela vous manquait de ne jamais avoir gagné par soumission?

J’ai toujours aimé chercher le KO et c’est encore le cas. J’aime finir le combat avec mes poings. J’adore ça et je sais que les gens adorent ça aussi, ils aiment les combats excitants. Le combat commence debout et si j’ai l’opportunité de le finir comme ça, je vais le faire. Je cherche toujours à finir le combat et ce sera encore le cas.

Après cette soumission contre Blencowe, vous avez reçu votre ceinture noire de jiu-jitsu brésilien des mains de Rubens "Cobrinha" Charles. Est-ce un symbole de votre évolution et d’une combattante plus complète qu’il y a quelques années?

J’ai longtemps été ceinture marron. Pendant neuf ans, je crois. J’ai commencé à travailler avec Cobrinha il y a environ cinq ans et ça a été très positif pour moi. J’ai appris la philosophie de Cobrinha et comment marche son système. Mais la ceinture noire n’est pas la dernière étape. Ce n’est que le début. J’ai encore beaucoup de choses à travailler. Les gens dans le jiu-jitsu savent que dans sens, tu es toujours une ceinture blanche, il faut rester humble et continuer d’apprendre tous les jours. Et le truc avec la ceinture noire, c’est que tu deviens une cible. Tu as une cible dans ton dos. Et tu dois continuer à travailler tous les jours.

Vous êtes la première à faire le "Grand Chelem" en MMA avec des ceintures dans quatre organisations majeures. Avez-vous toujours des buts à atteindre vous dites-vous que vous avez déjà fait tout ce qu’il y avait à faire dans ce sport?

J’ai encore des buts, bien sûr. Si je n’en avais plus, je ne serais pas avec vous en train de faire une interview pour mon prochain combat. J’aime vraiment rendre mes fans heureux, continuer mon travail de missionnaire et aider la communauté. J’ai un événement qui arrive au Brésil, Cyborg Nation, le 27 mai, où on veut donner à d’autres combattants de mon pays l’opportunité que j’ai pu avoir dans ce sport. J’adore ça et j’adore mon boulot. Je prends bien soin de mon corps, j’ai un style de vie sain, je suis préparée pour encore une longue carrière. Je suis heureuse, vraiment. J’aime ce que je fais, j’aime partager mon expérience et ma foi avec mes fans, et j’adore être au Bellator. Dès que j’ai signé au Bellator, un nouveau feu s’est allumé dans mon corps. Je suis très heureuse et reconnaissante d’être ici.

De l’extérieur, on a aussi l’impression que le Bellator vous a permis de rallumer ce feu, qui paraissait un peu éteint à la fin de votre passage à l’UFC avec vos problèmes relationnels avec la direction et Dana White particulièrement. Vous partagez cette analyse? Vous avez retrouvé le feu et la joie de combattre au Bellator?

Absolument. Je suis très heureuse ici. J’ai connu de grands moments à l’UFC mais il y avait trop de discussions, trop de batailles dans les coulisses. Ce n’est pas bon, comme dans une relation. Si vous épousez quelqu’un et que la personne change, que vous êtes en confrontation tous les jours, vous commencez à être frustré, à ne pas être heureux. Quand j’ai signé au Bellator, un nouveau chapitre de ma vie s’est ouvert, une nouvelle ère pour moi. Je connais Scott Coker depuis qu’on avait travaillé ensemble à Strikeforce et les gens du Bellator m’ont très bien accueilli. Je suis très heureuse de ma situation et reconnaissante d’être là. Ce feu est revenu dans mon cœur.

Vous évoquez Strikeforce, où vous aviez participé au premier "main event" (combat principal) féminin d’une grande organisation de MMA contre Gina Carano en août 2009. Aujourd’hui, les femmes sont régulièrement en "main event" que ce soit au Bellator, à l’UFC ou ailleurs. Quel regard portez-vous sur ce chemin parcouru pour les femmes dans le MMA en près de douze ans?

Pour moi, c’est génial car j’étais une des femmes qui étaient là au début. Et je suis toujours là aujourd’hui, alors qu’il y a tant de femmes qui sont arrivées en MMA depuis. Il y a une chose à dire: le seul promoteur qui a investi dans le MMA féminin depuis le début et qui continue de le faire est Scott Coker. Et je suis très heureuse d’être revenue avec lui. On a commencé ensemble et on va finir ensemble. Je suis heureuse de continuer à combattre. Certaines femmes plus jeunes viennent me voir et me disent: "J’ai commencé à combattre après ton combat contre Carano". Ça remplit mon cœur de joie, et je suis sûr que ça fait la même chose à Scott Coker. On a mis dans la tête de beaucoup de filles qu’elles pouvaient le faire et devenir des combattantes. On voit désormais beaucoup de femmes combattre en MMA et les gens adorent les voir combattre. Les filles peuvent être techniques, violentes, faire de beaux combats, nous sommes professionnelles. Chaque fois que j’entre dans la cage pour combattre, je pense à ça. Je me dis que je peux être un exemple pour d’autres filles qui peuvent me voir et se dire qu’elles veulent faire comme moi. Et ce n’est pas seulement dans la cage mais aussi en dehors. Ça me rend heureuse et j’apprécie chaque moment.

Quand les jeunes vous disent ça, vous vous sentez un peu vieille?

(Rires.) C’est fou! J’y pensais l’autre fois… Un autre exemple: j’ai remporté deux fois le trophée de "combattante de l’année" aux World MMA Awards, en 2009 et 2010, mais je n’avais pas pu assister à la cérémonie en 2010 donc je n’avais jamais reçu le trophée. Mais ils me l’ont envoyé cette semaine. C’était il y a onze ans! Je n’ai pas l’impression que c’était il y a si longtemps, le temps est passé si vite… C’est ce qu’il arrive quand tu fais quelque chose que tu aimes. Ce n’est pas une obligation ou quelque chose que tu dois faire. Ça me rend très heureuse quand les plus jeunes me disent ça car ça veut dire que je suis où je devais être, que j’ai rempli ma mission. J’ai inspiré beaucoup de filles qui ont maintenant l’opportunité de combattre et d’aider leur famille. Je partage mon expérience avec elles et c’est très cool.

Avez-vous déjà un timing en tête pour votre retraite?

Non. Je ne pense pas à ça. Certains dans ma famille me disent: "Cris, profite de ces moments, tu n’en auras plus beaucoup". Et je leur réponds: "Plus beaucoup? On va bien voir ça!" Je m’éclate, je suis en forme, je n’ai pas de blessure, donc je n’y pense pas encore pour l’instant.

Cristiane "Cyborg" Justino (de face) lors de son combat contre Julia Budd au Bellator 238 en janvier 2020
Cristiane "Cyborg" Justino (de face) lors de son combat contre Julia Budd au Bellator 238 en janvier 2020 © DR/Bellator

Ces derniers mois, vous avez aussi évoqué l’idée d’aller chercher une ceinture mondiale en boxe professionnelle. Claressa Shields, l’une des meilleures boxeuses au monde, est en train de faire le chemin inverse en se lançant dans le MMA. Êtes-vous sérieuse sur cette idée?

Je rêve vraiment d’aller combattre en boxe. Je ne vais pas pouvoir le faire cette année car j’ai beaucoup de combats de MMA. Mais peut-être l’année prochaine, si j’en ai l’opportunité. Je sais que mon manager, Audie Attar, travaille là-dessus. Ce rêve reste dans mon cœur, je veux le faire et on verra bien ce qui se passera. J’aime les challenges, j’aime me mettre des défis. Et je n’ai rien à perdre. Je peux travailler ma boxe pendant six mois, me "construire" pour ça, et vivre une belle expérience pour moi comme pour mes fans.

Vous êtes la première combattante à signer un "Grand Chelem". Mais tout le monde ou presque s’accorde à dire que votre compatriote Amanda Nunes, championne des coqs et des plumes de l’UFC, est la "GOAT" (la meilleure de tous les temps) du MMA féminin. Malgré votre défaite contre elle à l’UFC, vous considérez-vous comme la GOAT vu ce que vous avez accompli dans votre carrière?

Je ne dis jamais que je suis la meilleure ou la GOAT. Je crois que c’est aux fans de décider et de le dire. Amanda est une super combattante. Certains pensent qu’elle est la GOAT, d’autres penseront que c’est moi. Ça dépend aussi depuis combien de temps ils suivent et connaissent le MMA. Ce qui compte, l’important, c’est que je donne mon meilleur. Et chaque fan peut décider qui est la GOAT dans son cœur.

Serez-vous frustré si vous n’affrontez plus Amanda Nunes et que vous n’avez jamais l’opportunité de tenter de venger cette défaite?

J’ai demandé cette revanche. Mais l’UFC n’a pas voulu me l’accorder. Ils m’ont dit: "Oublie, tu dois attendre deux ans…" Mais ce que je veux, c’est être heureuse. S’ils veulent me donner le combat, tant mieux… Mais je leur ai dit que j’allais faire le dernier combat sur mon contrat et regarder mes opportunités en dehors de l’UFC. Car parfois, quand vous êtes dans une bulle, vous ne voyez pas les super choses à l’extérieur. Il faut briser cette bulle, regarder en dehors, et revenir dans la bulle… ou pas. J’ai fait un super passage à l’UFC mais je voulais voir ce qui se passait à l’extérieur à la fin de mon contrat. J’ai eu l’opportunité de parler avec plusieurs promoteurs mais le Bellator m’a proposé un super deal et m’a rendu heureuse. Ils ont ma catégorie, je n’ai pas à supplier et à attendre neuf mois pour combattre. Si à la fin du truc je peux combattre une nouvelle fois contre Nunes, c’est cool, ce sera la volonté de Dieu. Mais à l’heure actuelle, je suis très heureuse au Bellator. S’ils veulent vraiment faire ce combat, Scott Coker l’a déjà dit : il peut faire en sorte que ça arrive. Si les promoteurs veulent organiser des combats comme dans la boxe, on peut opposer la championne du Bellator à la championne de l’UFC. Ce serait un super combat pour les fans. C’est ce que doivent faire les meilleurs promoteurs: organiser les combats que les gens veulent voir. On verra bien si ça arrivera un jour.

Organiser ces combats entre différentes promotions serait-il la meilleure chose possible pour continuer à faire grandir le MMA?

Ce serait génial à voir. Les champions du Bellator tous habillés comme ic, les champions UFC tous habillés comme là-bas… Ce serait vraiment fabuleux ! Les gens adoreraient ça. Imaginez la réaction des fans et combien regarderaient ça ! Ce serait comme dans le football avec une équipe face à l’autre. On verra si les promoteurs arrivent à se mettre d’accord et à le faire mais ce serait top.

Kayla Harrison, double championne olympique de judo et victorieuse en titre du tournoi lightweight au PFL, annonce vouloir devenir la GOAT. Elle a aussi souvent dit que vous affronter serait "un rêve". Et elle combat à 155 pounds (70,3 kilos), un poids qui vous permettrait de moins avoir à "couper". Est-ce que cela vous intéresserait d’aller la défier au PFL et tenter de rajouter ce titre à votre collection?

C’est sympa de l’entendre dire qu’elle aimerait m’affronter. Bien sûr que les gens veulent m’affronter et vont lancer mon nom. Ça me va et j’accepte tous les challenges. Si je montais combattre à 155 pounds dans le futur, ce serait un nouveau challenge pour moi. J’aimerais bien, oui, pourquoi pas. On verra ce qui se passera.

On se souvient de votre "cut" de poids terrible, capturé en vidéo, pour vos débuts à l’UFC. Comment cela se passe pour vous sur ce plan désormais? Le "cutting" est-il toujours aussi difficile pour vous?

A l’époque, c’était difficile car c’était un poids intermédiaire, en-dessous de celui de ma catégorie. Désormais, j’ai beaucoup appris de ces expériences. Ça s’est passé de mieux en mieux combat après combat. Mon équipe sait mieux comment mon corps réagit, combien de semaines son nécessaires. On se connaît de plus en plus et c’est bien mieux qu’à mes débuts sur ce plan.

Cristiane "Cyborg" Justino lors de la pesée avant son combat contre Leslie Smith au Bellator 259
Cristiane "Cyborg" Justino lors de la pesée avant son combat contre Leslie Smith au Bellator 259 © DR/Bellator

Vous êtes impliquée dans des organisations caritatives comme Fight for the Forgotten, qui permet de creuser des puits pour les pygmées en Ouganda. A quel point est-ce important pour vous de redonner de votre temps pour ceux qui sont moins chanceux et privilégiés que vous?

Je crois que c’est comme l’écoulement d’une rivière. On doit partager et faire passer des choses. Dieu vous a mis dans une position pour une raison précise. Ce n’est pas pour les titres ou pour être championne du monde. Comment pouvez-vous être champion du monde si vous n’aidez personne dans le monde? Je suis très heureuse d’être championne du monde mais ce que je préfère, c’est être une championne du monde dans le cœur des gens. Changer des vies qui en ont besoin. Je fais tout ce que je peux faire, tout ce que Dieu m’a donné comme opportunité. J’ai été en Afrique où on a fait un travail merveilleux. Je travaille aussi au Brésil, avec des enfants. On change des vies. Le titre, je ne le garderai pas à vie. Mais ce qu’on peut faire avec ces enfants, leur donner des cadeaux, leur apprendre des choses pour qu’il puisse les enseigner ou combattre, c’est encore différent, bien plus marquant. J’adore faire ça et je crois que tout le monde peut le faire, peu importe où il en est dans la vie. Il n’y a pas besoin d’être un grand nom ou une star pour agir. Vous pouvez faire des petites choses. L’essentiel, c’est de partager et de redonner aux autres tout le positif que vous avez reçu dans votre vie.

Quels sont vos objectifs pour les mois/années à venir? Défendre votre titre du Bellator le plus possible et partir en étant toujours la championne?

J’espère juste rester en bonne santé pour continuer d’avoir l’opportunité de combattre plus. Je suis heureuse de combattre et de défendre mon titre. Ensuite, l’an prochain, je ferai peut-être un combat de boxe et je continuerai à travailler, à construire. A très court terme, pour tous ceux qui m’écoutent, je vais faire une fête post-combat sur Zoom après avoir affronté Leslie Smith, il suffit juste de se connecter sur mon site pour s’inscrire. Vous pourrez aussi y voir les combats préliminaires de la soirée. J’adore mes fans, qui sont géniaux, mais c’est un moment difficile en ce moment car c’est compliqué pour eux de venir voir les combats donc on doit faire les choses différemment.

A quoi doit-on s’attendre contre Leslie Smith? Un KO/TKO avec les poings, dans le pur style Cyborg, ou une nouvelle soumission?

Je ne sais pas. On verra bien. Je me suis entraînée pour tout, je suis prête, j’ai cinq rounds pour faire de mon mieux et trouver l’opportunité pour "finir" le combat.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport