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"Je suis restée cinq jours allongée": Fiorot raconte sa victoire en UFC, trois semaines après le Covid

Victorieuse de Mayra Bueno Silva sur décision unanime, Manon Fiorot a signé samedi dernier sa troisième victoire en autant de combats à l’UFC. La Française raconte les dessous de ce succès obtenu après avoir contracté, moins d’un mois auparavant, un Covid qui l’a clouée au lit pour quelques jours. "The Beast" (son surnom) évoque aussi la suite avec un nouveau contrat UFC qui l’attend et l’éventualité d’un combat pour le titre qui devient de plus en plus concrète. Entretien.

Manon, au lendemain de votre retour de Las Vegas, quel regard portez-vous sur votre troisième victoire en autant de combats à l’UFC? Vous sembliez un peu déçue de votre performance juste après le combat.

Ça va mieux. Je suis quand même contente de ce que j’ai fait. Après avoir passé toutes ces épreuves, par rapport au Covid, je suis satisfaite. Tout le monde croyait que j’étais asymptomatique mais en fait pas du tout. J’ai passé une semaine vraiment difficile, deux semaines avant le combat, où pendant cinq jours je suis restée allongée avec de la fièvre. Je n’étais vraiment pas bien, je ne savais pas si j’allais pouvoir combattre. On a préféré ne pas trop en parler par rapport à tout ça. Et la semaine suivante, quand on a été libéré de quarantaine, on a décidé de faire venir une sparring-partner du Canada, Corinne Laframboise, une combattante que j’avais affrontée en 2019 dans l’organisation UAE (victoire par TKO, ndlr). J’ai repris l’entraînement le lundi. On a refait du sparring car on était obligé de voir où j’en étais après cette période. Les deux premiers jours ont été vraiment compliqués. J’arrivais à sparrer mais j’avais mal partout, c’était vraiment dur. Mais ça allait mieux jour après jour. En fin de semaine, je pensais avoir récupéré à 100% mais ce n’était pas tout à fait ça, d’autant que j’avais des petits bobos car on avait vraiment sparré toute la semaine, ce que je fais jamais normalement avant un combat. Ensuite, ça a été la semaine du combat. Tout ça a donc été compliqué.

Par rapport à ces circonstances, vous pouvez donc vous dire que cette performance dans la cage était très satisfaisante…

Sur le coup, c’est vrai, j’étais vraiment déçue. Même le soir du combat, j’avais l’impression que j’avais perdu. (Rires.) J’ai vraiment passé une mauvaise soirée mais trois jours après, en ayant repensé à tout ça, je me dis que c’était quand même pas mal.

Votre coach, Aldric Cassata, a pointé "quasiment 300 frappes envoyées" et souligné que vous n’avez "jamais été en difficulté". Ses paroles ont-elles aussi permis de vous rassurer sur votre performance?

En fait, le soir, il était un peu comme moi. (Rires.) Il me connaît donc pour lui, j’aurais dû terminer le combat avant la limite, mais sur le coup il ne savait pas les sensations que j’avais. Quand on regarde le combat, on n’a pas vraiment l’impression que je suis fatiguée. Mais comme je lui ai dit: dès le premier round, j’étais morte.

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Vous avez senti la différence dès le début de combat? Et sur quoi la ressentiez-vous le plus?

Oui, tout de suite. Au bout de la première minute de combat, j’ai senti que ce n’était pas comme d’habitude. Je l’ai ressenti sur le cardio et surtout au plan musculaire. J’avais mal partout, j’avais du mal à envoyer les coups, je n’étais pas relâchée comme d’habitude.

Quand le Covid vous a touché, surtout à ce point-là, avez-vous hésité à déclarer forfait pour ce combat moins d’un mois plus tard?

Franchement, oui. Pas forcément pour mon coach car à l’entraînement, en sparring, je gagnais les rounds facilement. Et de mon côté, j’essayais de lui dire que c’était plus dur que d’habitude. Mais il avait du mal à le voir car j’envoyais le même nombre de coups que d’habitude, je me déplaçais bien, j’avais l’air à l’aise et je gagnais ces rounds. Mais c’était très dur. Il n’avait donc pas vraiment de doute mais je sentais bien que je n’étais pas à 100%.

"Il faut que je me repose"

Quand vous avez contracté le Covid, était-il possible pour vous de faire un peu de sport ou pas du tout?

Pas du tout. Je suis restée cinq jours allongés dans mon lit sans pouvoir rien faire. C’était chaud, oui.

Comment réagit l’UFC dans ce cas-là? Est-ce qu’ils vous ont demandé quand vous voudriez combattre ou vous ont-ils imposé une date à laquelle vous deviez être prête?

Ils ont un processus à suivre quand un combattant attrape le Covid. Après, ils pensaient aussi vraiment que j’étais asymptomatique et on ne leur a pas dit le contraire. (Sourire.) Ils font souvent ça en fait: quand quelqu’un attrape le Covid, ils décalent juste le combat de trois-quatre semaines. Mais il arrive aussi que des combattants ne se remettent pas aussi vite.

Êtes-vous remise totalement ou sentez-vous encore des difficultés physiques par rapport à ça?

Là, il y a un peu tout qui redescend donc je ne sais pas si c’est le Covid ou la fatigue mais oui, je me sens fatiguée.

Cela peut-il vous pousser à attendre un peu avant de remonter dans la cage pour combattre pour remettre la machine à 100%?

C’est un peu ça, oui. Là, je pense que je vais vraiment me reposer. J’ai aussi une petite blessure au tibia par rapport aux calf kicks (coups de pied au mollet, ndlr) que j’ai pris pendant le combat donc je dois aller faire des examens pour voir exactement ce que j’ai et on verra ensuite selon les résultats. Mais quoi qu’il arrive, il faut que je me repose deux-trois semaines vraiment sans rien faire.

Avec l’envie d’un quatrième combat à l’UFC avant la fin de l’année?

Ça me paraît un peu court vu tout ça mais on verra bien. Ça dépendra aussi de ce qu’ils vont nous proposer mais je ne pense pas.

"Un combat pour le titre dans les discussion"

Vous avez débuté à l’UFC en janvier 2021 et vous êtes déjà à trois victoires en autant de combats. Quel bilan global tirez-vous de cette première année à l’UFC?

Ça va dans le sens qu’on attendait. Tout est parfait et se déroule comme on voulait. Maintenant, il faut continuer.

Votre contrat à l’UFC était pour quatre combats…

C’est ça. Mais après cette victoire, ils ont décidé de m’en faire signer un nouveau tout de suite pour quatre combats supplémentaires. C’est en négociations en ce moment mais je vais signer ce deuxième contrat avant de faire mon quatrième combat.

Vu comme votre carrière à l’UFC démarre, et la difficulté à trouver des challengers pour la championne des mouches Valentina Shevchenko qui a un peu "nettoyé" la catégorie, l’UFC vous parle-t-elle déjà d’une opportunité pour la ceinture lors de ce deuxième contrat?

Oui, oui, ça commence à être dans les discussions. Je n’ai pas encore le deuxième contrat en mains mais ça va peut-être apparaître dessus. Ils m’ont déjà parlé d’un combat pour le titre dans trois-quatre combats si je continue à gagner donc c’est possible que ça apparaisse dessus.

Manon Fiorot (à droite), championne du monde de MMA amateur en 2017, lors de ses débuts victorieux à l'UFC contre Victoria Leonardo
Manon Fiorot (à droite), championne du monde de MMA amateur en 2017, lors de ses débuts victorieux à l'UFC contre Victoria Leonardo © DR/UFC

Vous sentez-vous déjà prête pour un tel challenge?

Aujourd’hui, je ne suis pas forcément prête. Mais dans trois-quatre combats, oui. J’ai besoin d’accumuler encore un peu d’expérience.

Si je vous dis Fiorot-Shevchenko en combat principal d’un événement à Bercy en 2022, ça vous donne envie?

C’est une belle perspective, oui. Ce serait vraiment le rêve. Quand j’imagine ça, c’est vraiment ce que je voudrais.

Shevchenko est une championne impressionnante qui roule sur ses rivales. Vous vous imaginez tout de même pouvoir la détrôner?

Avec une bonne préparation et encore un peu d’expérience grâce à mes prochains combats, je pense vraiment que je peux la battre.

Dans votre jeunesse, vous avez aussi pratiqué le snowboard à un très bon niveau avec notamment un titre de championne de France. Avez-vous pu tirer des choses de cette discipline pour les adapter aux sports de combat et au MMA, notamment sur la créativité?

En snowboard, on doit inventer des figures et avoir un certain style car ça compte, et dans le MMA, j’essaie aussi que mes combats soient beaux à regarder, comme ce que je visais en snowboard, qu’ils soient variés et avec des trucs stylés.

Pouvez-vous encore pratiquer ce sport?

Non, c’est trop risqué. Aldric n’est pas d’accord. (Rires.) Surtout moi. Il ne veut pas que j’y aille car il me dit: "Tu ne vas pas juste descendre comme tout le monde, tu vas vouloir faire des figures et tu vas te faire mal". La descente tranquille, je ne sais pas faire. Donc il vaut mieux ne pas le faire. (Rires.)

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport