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Karaté: "Ça pourrait me plaire", le champion olympique Steven Da Costa pense à passer au MMA

Sacré à Tokyo l’été dernier, Steven Da Costa ne pourra pas défendre son titre à Paris en 2024 après le retrait du karaté du programme olympique. Une situation qui pourrait le pousser à se lancer dans une transition vers le MMA. Le combattant français, en lice fin mai aux championnats d'Europe, s’est confié sur cette envie, et sur ce qui le retient pour l’instant, au micro du RMC Fighter Club.

Et si Steven Da Costa faisait la transition vers le MMA? Inattendue, la question fait sens quand on sait que le karatéka champion olympique à Tokyo est un grand fan de la discipline. "Ça me plaît vraiment et je connais bien", sourit-il. En janvier, on l’avait même accueilli sur le plateau de RMC Sport pour la soirée du choc pour le titre des lourds de l’UFC entre Francis Ngannou et Ciryl Gane. A la sortie des studios, il nous avait confié que la transition vers le sport de combat en vogue pouvait l’intéresser et que plusieurs coaches lui avaient fait part de leur intérêt pour l’accueillir.

Quand on l’a reçu ces derniers jours dans le RMC Fighter Club, on n’a donc pas hésité à le titiller sur le sujet. "Ça pourrait me plaire, bien sûr, de fou, lance avec enthousiasme celui qui sera en lice aux championnats d'Europe de sa spécialité fin mai en Turquie. Le seul frein que j’ai, surtout dans une période où je suis fatigué car la retombée des Jeux est arrivée il n’y a pas longtemps pour moi, c’est une question : est-ce que je suis réellement motivé à repartir de zéro autre part ? Peut-être pas forcément de zéro mais il y a beaucoup de choses à voir. Ce n’est pas ce qui me dérange mais est-ce que j’ai vraiment les crocs pour repartir d’aussi bas pour aller dans un truc aussi haut ? Surtout que je sais qu’avec mon statut dans le karaté, on ne commencera pas par le championnat du quartier. On fera direct un gros truc. "

Georges St-Pierre, Lyoto Machida ou plus proche de nous la Française Manon Fiorot: les exemples de réussite au plus haut niveau du MMA d’athlètes venus du karaté ne manquent pas. Mais à 25 ans, si Da Costa veut franchir le pas, il ne faut plus trop attendre. "C’est dans ma réflexion, confirme celui qui combattrait chez les plumes s’il gardait sa catégorie du karaté. Je ne vais pas le faire à 40 balais. C’est maintenant. Mais prendre des décisions est dur, surtout que le karaté marche toujours pour moi. Ça veut dire tout quitter pour me mettre à fond dans autre truc car tu ne peux clairement pas faire les deux en parallèle."

Il faudrait aussi, sans doute, déménager sur Paris pour rejoindre une "grosse" salle et maximiser l’apprentissage et les séances de sparring au plus vite. Pas l’idéal pour celui qui se sent si bien chez lui, à Mont-Saint-Martin, en Meurthe-et-Moselle. "En fait, ce qui me bloque le plus, c’est ça", reconnaît-il. Tout l’inverse des bourses promises en MMA qui changeraient d’un karaté où l’argent ne tombe pas en masse. "Tu m’étonnes…", s’en amuse-t-il. S’il pense à cette transition, c’est aussi et surtout que son Graal a disparu. A jamais le premier. Mais aussi le dernier. Le 5 août 2021, dans le Nippon Budokan de Tokyo, Da Costa enflammait la France et réalisait son rêve en remportant la finale des -67 kilos pour devenir le premier champion olympique de l’histoire du karaté.

Un titre que le combattant français ne pourra pas défendre en 2024 à Paris, dans son pays, sa discipline étant déjà retirée du programme des JO après l’avoir intégré au Japon. Le double champion du monde et double champion a perdu son rêve de doublé olympique, victime collatérale d’une décision qu’il n’a pu que subir. "Qu’est-ce que je ressens avec le recul? Plus rien. Du vide. C’est triste mais ce n’est pas quelque chose qu’on a choisi donc tu n’as pas d’autre choix que de l’avaler. Je trouve ça ridicule et incompréhensible, un peu comme tout le monde. Personne n’est venu me voir avec un argument qui me fasse dire que c’était normal."

Da Costa n’a pas non plus digéré les arguments du président du comité d’organisation de Paris 2024, Tony Estanguet, à ce sujet: "Quand tu n’as rien à dire, tu cherches des trucs. Je n’en ai pas après lui directement mais il a continué de s’enfoncer dans un truc indéfendable. Il a essayé de donner des arguments non fondés. Il s’est enfoncé tout seul car ce n’était pas valable." Et de conclure comme un coup de gueule: "A la base, ils ont parlé d’audience. Tu parles d’argent et plus de sport. Dans un sens, tu tues les Jeux. C’est un peu nous cracher à la gueule alors que j’ai vu que ma finale avait fait partie des plus grosses audiences à Tokyo. Ce qu’ils racontent n’est pas concret. Ils ont aussi dit vouloir ramener des sports plus ‘jeunes’ mais le karaté a 300.000 licenciés juste en France et on n’a pas que des gens de 60 ans. Si tu prends mon club, les jeunes représentent la majorité, environ 80%."

Les arguments sont valables. Mais la décision est entérinée. De quoi démotiver celui qui a ajouté en novembre un deuxième titre mondial à son palmarès individuel qui compte également deux couronnes européennes? "J’ai tout gagné et la motivation n’est plus la même, avoue-t-il. Si tout s’arrêtait demain, je serais fier de tout ce que j’ai fait. Mais tant que je suis là, c’est que j’ai toujours envie de gagner. Je n’ai plus faim d’aller chercher tel ou tel titre mais d’aller accrocher des records. Si je redeviens champion du monde, je deviens le plus titré de tous les temps à ce niveau en France. Ces quelques records à aller chercher me challengent un peu. Et le jour où je n’aurai plus les crocs, où je m’en ficherai de me faire laver en combat, il sera temps d’arrêter."

Que ce soit pour passer en MMA ou pas, la chose s’annonce difficile. Pas pour lui mais pour son père, Michel, champion de France vétéran venu au karaté pour suivre le chemin emprunté par son fils Logan (l’aîné) et suivi par les jumeaux Steven et Jessie. "Ce sera dur d’arrêter le jour où je vais le faire car c’est un truc de famille. Ça me fera mal par rapport à mon père car il a tout donné pour nous et qu’il aime trop ça. Il n’y a aucun sujet tabou chez moi, je peux parler de tout à mes parents, mais ça c’est vraiment compliqué. Dès qu’on lance de sujet, mon père essaie de changer de sujet ou fait semblant qu’il n’a pas entendu. Il n’a pas envie de parler de ça. Mais le sport, c’est comme le casino, il faut savoir s’arrêter. Je ne veux pas faire les années de trop sans gagner un seul grand titre."

"J'étais presque en burnout"

Entre les sollicitations de toutes sortes, les Mondiaux et les fêtes de fin d’année, Da Costa a vécu un après-Tokyo intense. Les Jeux, où il était porte-drapeau de la cérémonie de clôture, ont "un peu" changé sa vie, sur le plan financier comme sur la notoriété. Ils lui ont aussi offert l'honneur de recevoir la Légion d'honneur. Mais en janvier, comme beaucoup d’athlètes post-JO, il a connu le spleen olympique, forme de vide mental après des mois tournés vers l'objectif. "Ce n’était pas de la déprime mais je l'ai ressenti. Après les Jeux, tu es sur-sollicité. A la fin, j’étais presque en burnout, je dormais deux heures par nuit et je mangeais au lance-pierres. Et une fois que tu as passé les fêtes, c’est le vide. Il n’y a plus rien. Tu te retrouves presque à t’ennuyer et tu retournes dans le noir direct. Tu as l’impression de changer de dimension après les Jeux mais de revenir à la normale d’un coup et ça fait bizarre. Tu es une superstar pendant deux mois et tu redeviens quelqu’un de lambda. Je l’ai ressenti mais ça ne m’a pas dérangé car je me fous de la notoriété même si elle fait plaisir."

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport