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MMA: Gane répond aux critiques du boss de l’UFC

Pour son cinquième combat à l’UFC, son premier en "main event", Ciryl Gane a su obtenir ce qu’il était venu chercher à Las Vegas ce week-end: une victoire sur Jairzinho Rozenstruik pour continuer à se rapprocher d’un combat pour le titre. Mais le Français a aussi reçu quelques critiques du patron de l’organisation, Dana White, sur le manque de spectacle de sa prestation. Auxquelles il répond en pointant, à raison, sa belle performance globale.

Il a dominé (et remporté) chacun des rounds et montré sa supériorité vingt-cinq minutes durant. Pour les spécialistes de MMA, la victoire de Ciryl Gane sur Jairzinho Rozenstruik – décision unanime des juges – ce samedi soir à Las Vegas lors d’une UFC Fight Night est à ranger dans la catégorie "démonstration". Pour son premier main event (combat principal) à l’UFC, le poids lourd français a fait ce qu’il avait à faire sans se mettre trop en danger et prouvé sa polyvalence de combattant et son intelligence de combat. Mais pour le grand public ou les amateurs de "guerres" et de KO spectaculaires, l’ensemble manquait peut-être un peu de panache et de spectacle.


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Connu pour ne pas ménager ses troupes quand il est mécontent, Dana White n’a ainsi pas hésité au moment de commenter la prestation du "Bon Gamin", tirant un parallèle avec la victoire expéditive (KO en vingt secondes) de Francis Ngannou sur le même Rozenstruik – qui a expliqué avoir signé "la pire performance de (s)a carrière" contre Gane, ce à quoi ce dernier répond à raison que c’est lui "qui l’a empêché de faire ce qu’il savait faire" – en mai dernier. "Tout le monde parle de Ciryl comme d’un gros challenger, mais regardez ce que Francis a fait à Jairzinho, a lancé le patron exécutif de l’UFC à Yahoo Sports. C’était son occasion de briller, de montrer au monde qui il était. Il a gagné. Mais on va se contenter de ça. Il a gagné."

"Il veut faire de l'argent"

Dur à entendre pour ce surdoué qui a fait son premier combat pro il y a moins de trois ans et qui sort de la plus grosse victoire de sa carrière, sa cinquième de rang depuis ses débuts à l’UFC, meilleure série en cours dans la catégorie, qui va lui permettre d’intégrer le Top 5 du classement des lourds et le rapprocher un peu plus d’une chance pour le titre. Mais Gane peut concevoir la position de son boss, même s’il se satisfait pleinement de ce qui s’est passé dans l’octogone. "Je comprends ça, a-t-il lancé en conférence de presse après sa victoire. C’est le patron et il veut faire de l’argent, donc il veut un gars bankable. On sait que les gens veulent du show, veulent les gros KO. Je n’ai pas réussi à terminer le combat avant la limite. J’ai essayé, mais je n’ai pas réussi. Donc je peux comprendre sa position. Mais je suis OK avec ça."

Une sortie qui devient un peu plus cash dans les colonnes de L’Equipe: "A Dana White, je dis qu’il a eu quatre combats annulés, la soirée n’était pas terrible et il a attendu que les poids lourds se castagnent, comme des abrutis, sauf que je ne suis pas un abruti." Avec aucun KO/TKO sur la carte principale, White espérait sans doute plus d'éclat dans son combat principal. Mais pour Gane, l'objectif était ailleurs. Il lui fallait une victoire pour continuer de grimper. Mission accomplie, et peu importe l’avis des grincheux.

"On est très content du déroulement de la soirée, confirmait-il ce dimanche au micro de RMC Sport. Des choses auraient pu faire que la soirée soit parfaite mais ce n’est jamais parfait. On a une jeune carrière, on a le temps de faire encore mieux et on le prouvera. C’est une petite déception car on aurait voulu finir le combat avant la fin et donner un peu plus de spectacle aux fans. Mais on a fait une très belle prestation. Les puristes du MMA vous diront que c’était un combat parfait de ma part. Du coup, une partie des gens ont quand même aimé mais d’autres aiment avoir plus de show et c’est vrai que ça a manqué un petit peu."

"Je pense avoir prouvé quelque chose"

Le combattant français reconnaît lui-même qu’il n’était d’abord pas satisfait de sa performance. Mais les mots de Fernand Lopez, son coach et le patron du MMA Factory, ont rassuré celui qui n’avait jamais passé autant de temps à combattre sur une seule soirée depuis les débuts de sa carrière en MMA (8-0) et qui a pu prendre de l'expérience (utile pour la suite) grâce à cela. "Je n’étais pas très heureux mais il m’a dit : ‘Tu t’es très bien débrouillé, tu as gagné les cinq rounds du combat’. Donc je suis content. J’ai très bien géré ce combat debout, j’ai même réussi à l’amener au sol. Je pense avoir prouvé quelque chose. J’ai prouvé que je pouvais tenir les cinq rounds et les gérer. Je me sens à l’aise sur cinq rounds."

Ses options avant un combat pour le titre sont désormais limitées : Derrick Lewis ou Alexander Volkov, qui sortent de victoires respectives sur Curtis Blaydes et Alistair Overeem, voire Blaydes même si ce choix paraît moins logique. Vu la situation de la catégorie, avec un Ngannou qui va se mesurer au champion Stipe Miocic pour la deuxième fois fin mars et le vainqueur censé affronter l’ancien roi des lourds-légers Jon Jones – qui a également critiqué la performance de Gane et Rozenstruik sur les réseaux sociaux – quelques mois plus tard, même une victoire hyper spectaculaire sur Rozenstruik ne lui aurait pas tout de suite ouvert les portes pour un combat pour le titre. Mais son idée revendiquée de se "tenir prêt" en cas de blessure de Miocic ou Ngannou avant l’UFC 260 se heurterait désormais sans doute à un White qui veut en voir plus et privilégierait certainement un Lewis et son pouvoir de KO (douze à l’UFC, un record depuis les règles unifiées après l’UFC 28).

Ce qui n’hypothèque rien pour l’avenir: White avait massacré Ngannou dans les mots après ses deux défaites contre Miocic et Lewis, des performances sans éclat pour manier l’euphémisme, mais lui a tout de même offert une nouvelle chance pour le titre grâce à ce qu’il a vu depuis. White aime les personnages grandes gueules "vendeurs" et le spectacle. Avec Ciryl, vrai gentil peu adepte du trash-talking et superbe technicien capable de maîtriser un combat sans se forcer à aller chercher le gros coup, il n’a peut-être pas tout le temps tout ce dont il rêve pour ses champions. Mais il détient une pépite qui continue de grandir à chaque sortie dans la cage. A notre Gane national, pour qui le patron de l’UFC avait jusque-là les yeux (et les déclarations) de l’amour et qui le comparait même il y a quelques jours à un certain Conor McGregor en termes d'impact qu'il pourrait avoir sur le développement du MMA en France, de revenir vite dans ses petits papiers. Vu son talent, on n’a aucun doute sur sa capacité à le faire.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport