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MMA: Le patron du Bellator veut revenir "au moins une fois par an" à Paris (et pas que)

Patron du Bellator, Scott Coker est en France cette semaine pour assister au gros événement de ce vendredi soir à Bercy avec Cheick Kongo contre Ryan Bader pour le titre des lourds. Le dirigeant américain a accordé un entretien à RMC Sport pour évoquer le développement de son organisation dans notre pays et les perspectives d’avenir.

Scott Coker, le Bellator fait son retour à Paris un an et demi après son premier passage. A quel point êtes-vous heureux de faire ce retour avec un public à capacité pleine par rapport à octobre 2020?

Quand nous sommes venus en 2020, nous étions très heureux de le faire car c’était le premier gros événement de MMA en France. Nous pensions pouvoir remplir la salle à moitié à cause des restrictions Covid mais quand l’événement a eu lieu, on n’a finalement eu droit qu’à 1000 personnes. Mais à cette époque, nous avions fait pas mal de combat devant des salles complétement vides et avoir ces 1000 spectateurs qui avaient fait beaucoup de bruit m’avait fait me demander si ce n’était pas le modèle du futur car le Covid était déjà là depuis près d’un an. Nous revenons aujourd’hui, le Covid semble derrière nous, on l’espère en tout cas, et avoir cette salle pleine nous excite beaucoup. D’autant plus en amenant Cheick Kongo pour un combat pour le titre face à Ryan Bader, qui est champion depuis quelques années et un combattant américain très connu qui a affronté les plus grands dans sa carrière. C’est le deuxième combat entre les deux, qu’on essaie de monter depuis trois ans, donc il y a beaucoup d’excitation pour ce retour à Paris.

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Dans votre esprit, cette revanche devait absolument avoir lieu à Paris?

Bien sûr! Quand on a reçu le feu vert du gouvernement français pour notre premier événement ici, en 2020, nous pensions déjà à faire quelque chose avec Bader mais cela n’avait pas été possible car le timing ne collait pas. Et quand on a décidé de revenir et qu’on a réfléchi à la carte, on s’est dit qu’on ne pouvait faire que ça. C’est le combat à faire car le premier est controversé: Cheick dit que Ryan lui a mis un doigt dans l’œil, Ryan dit que c’était un uppercut… On va enfin clore ce débat avec ce deuxième combat. Celui qui gagne sera le champion.

A quoi vous attendez-vous sur le plan de l’ambiance avec un tel choc au programme?

Je pense que ce sera dingue. Les gens doivent se souvenir d’une chose sur la France : ce pays a une longue et grande histoire avec les arts martiaux. Je me souviens avoir regardé des combats à Bercy depuis les Etats-Unis, sur ESPN, à l’époque de Rick Roufus ou Peter Cunningham. Il y a eu beaucoup de grands combats de kickboxing organisés là-bas à cette époque. Les arts martiaux sont implantés dans la culture du pays, les gens aiment ça et c’est accepté par la société. Quand je pense au public qui nous attend, je sais qu’ils vont être en feu pour Cheick mais je pense qu’ils vont aussi respecter Ryan pour tout ce qu’il a fait. Mais Cheick est à la maison, bien sûr, et le cœur des fans sera forcément avec lui.

Pouvoir disputer un titre mondial d’une organisation comme le Bellator à 46 ans et à la maison, où sa discipline a longtemps été bannie, est une superbe cerise sur le gâteau de la longue carrière de Kongo…

Cheick a une énorme tâche qui l’attend mais voilà un combattant qu’il ne faut pas juger sur son âge. Je crois qu’il a remporté neuf de ses dix derniers combats si on enlève le ‘no-contest’ du premier combat contre Bader (neuf sur onze exactement, avec aussi une défaite contre Timothy Johnson lors du premier Bellator à Paris en 2020, ndlr). Et est-ce que vous l’avez vu? Il est en super forme. Il peut combattre. Quand on regarde l’histoire, George Foreman et d’autres boxeurs l’ont fait à son âge. C’est la première fois que ce serait fait en MMA, et c’est un défi immense, mais s’il y arrive chez lui, devant les fans et la communauté française du MMA, ce serait fantastique. Mais un combat est un combat et on ne sait jamais ce qui va arriver. Dans le MMA, les choses peuvent changer en une seconde.

Si la situation sanitaire reste bonne, à quel rythme comptez-vous revenir à Paris, et même en France de façon plus globale, dans le futur?

Nous aimerions revenir à Paris au moins une fois par an pour un gros show. Mais on a aussi évoqué la possibilité d’organiser des combats dans une autre ville, par exemple Marseille ou ailleurs, pour des shows un peu moins importants. Il y a énormément de bons combattants français et européens. Nous bâtissons du business en Europe et la France fera à coup sûr partie de la rotation. Quand on regarde cet événement de vendredi soir, nous avons onze combattants français sur la carte. Nous allons les observer, leur donner une chance, continuer de travailler et signer d’autres combattants qu’on pense pouvoir développer. Nous ne sommes pas là pour venir et repartir. On veut construire du business mais aussi des combattants en France.

A 46 ans, la carrière de Kongo est bien plus derrière que devant lui. Cherchez-vous une nouvelle star française pour le remplacer comme tête d’affiche du Bellator dans notre pays?

Bien sûr. Les sports de combat dépassent les frontières. Si vous êtes un bon combattant, peu importe votre pays, les gens vont vous respecter et aimer vous voir combattre. A Paris, nous recherchons aussi les prochains athlètes français à signer. Nous faisons pareil quand nous sommes à Londres, Tel-Aviv, Dublin, Tokyo, Milan, Rome, etc. L’événement de vendredi soir n’est pas seulement diffusé en France et aux Etats-Unis mais dans 158 pays dans le monde. Nous avons déjà organisé une cinquantaine de cartes sur différents territoires à travers la planète. Nous allons continuer notre expansion avec différents pays auxquels nous pensons pour l’année prochaine, comme par exemple les pays nordiques. La mission est simple: nous cherchons les meilleurs combattants au monde pour le Bellator.

Le MMA se développe très fort en France depuis la légalisation en 2020. Ce pays peut-il selon vous devenir un des plus importants au monde dans cette discipline dans les années à venir?

Je le crois, oui. Ce pays a une des meilleures cultures pour les arts martiaux sur les trente dernières années et je pense que ça va devenir un énorme pays pour le MMA. Cette discipline est la continuité de la croissance des arts martiaux et de leur évolution. Avant, tout était séparé, le judo, le karaté, etc, mais le MMA a prouvé que vous deviez être bon partout pour réussir. Cela rassemble tout et c’est pour ça que les gens adorent le MMA. Il n’y a rien de mieux pour la self-défense.

Par rapport à votre premier show ici en 2020, sentez-vous que la culture MMA s’est encore développée en France?

Absolument. Les gens sont excités que vous soyons là. Ils voient qu’on s’intéresse à leur communauté, qu’on signe certains de leurs combattants… Et ça ne s’arrête pas ici. Les bons combattants que l’on découvre ici, on va les faire combattre partout dans le monde, aux Etats-Unis, en Europe, en Asie. Les gens sont excités de voir ça. A une époque pas si lointaine, dans les débuts de la discipline, le MMA n’était pas accepté sur les chaînes de télévision. C’était tabou, c’était trop. Mais aujourd’hui, presque toutes les chaînes en ont aux Etats-Unis. Ici, en France, c’est déjà à la télé et j’ai l’impression que c’est très bien accepté. Les gens comprennent de plus en plus ce qui se passe dans la cage. Aujourd’hui, pour les gens de 18 à 25 ans… Quand je grandissais à leur âge, dans les sports de combat, c’était tout pour la boxe. Certains font encore de la boxe mais beaucoup dans la jeunesse s’entraînent désormais en MMA.

Vous avez souvent évoqué l’idée de combats inter-organisations, par exemple avec l’UFC. Seriez-vous ouvert à le faire avec des organisations locales en France?

Bien sûr. Je serais ouvert à ce genre de choses. Parmi les choses dont j’ai parlé à mon équipe, il y a le fait qu’on ne puisse pas être partout en même temps mais qu’on pourrait travailler avec des organisations locales, par exemple financer un tournoi à huit combattants dans une certaine catégorie et le vainqueur peut affronter un de nos combattants ou signer avec nous. On peut imaginer une forme de collaboration dans ce sens. Nous le faisons déjà dans plusieurs pays. On n’a parlé avec personne mais c’est une chose à laquelle nous ne sommes pas opposés.

Si Kongo bat Bader gagne et annonce sa retraite dans la foulée en posant ses gants au milieu de la cage de Bercy, seriez-vous heureux pour lui ou frustré de ne pas le voir défendre sa ceinture?

Ce serait une façon fantastique de finir sa carrière. Ce serait vraiment incroyable. Mais je connais les combattants. Une fois qu’ils deviennent le roi, ils ne veulent pas lâcher le trône aussi facilement. Ce serait fantastique mais c’est vraiment à lui de décider. C’est un choix privé, pour chaque individu, et il n’y a que lui qui peut répondre à ça.

Votre porte restera-t-elle ouverte tant qu’il voudra combattre pour vous?

Il est dans notre effectif depuis une vingtaine de combats. Et ses combats sont toujours excellents. Il est toujours en forme, il fait le spectacle. Et quand tu commences à te dire qu’il est sur le déclin et qu’il est temps de raccrocher, il revient avec une grosse victoire, comme contre Sergei Kharitonov en août 2021. C’était de l’action ‘à toi, à moi’ et je me suis dit qu’il allait peut-être perdre mais le temps de se dire ça, boom, le combat était fini en sa faveur. C’est le truc avec les poids lourds. Ils sont tellement gros, tellement puissants, qu’ils peuvent vous terminer en un seul coup. Ce sera vraiment sa décision.

"Les combattants ont besoin d'avoir le choix"

Comment vous situez-vous par rapport à l’autre grosse organisation mondiale, l’UFC, qui capte beaucoup de la lumière médiatique du MMA?

Le Bellator grandit. A travers le monde, on prouve qu’on peut avoir des super combats, remplir des salles, signer des contrats télé et de sponsoring, être une organisation profitable et détenue par un important conglomérat médiatique, sans que ce soit l’UFC. Et si vous êtes un combattant, vous espérez qu’on continue de grandir et qu’on ait du succès car Coca a besoin de Pepsi. S’il n’y a qu’une seule organisation qui contrôle toutes les bourses et tous les combattants, la rémunération de ces derniers va baisser. Les combattants ont besoin d’avoir le choix et on leur apporte.

Certains dans le milieu pensent que l’UFC a déjà dépassé son pic et que les choses vont se rééquilibrer avec d’autres organisations dans le futur. Êtes-vous d’accord?

Certaines statistiques montrent ça, en effet. Ils ont une super organisation qui a fait beaucoup de bonnes choses pour ce sport. Pour être honnête, ils ont donné à tous les autres une opportunité de se développer. Ils vont continuer de faire leur truc et je me concentre seulement sur notre croissance. Quand une compagnie comme Paramount Global, anciennement Viacom, se met derrière nous et le MMA, on sait que c’est une très bonne chose pour notre marque. Notre objectif est de continuer de grandir mais nous sommes vraiment sur le bon chemin car notre croissance est excellente depuis deux-trois ans.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport