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PFL: MMA, boxe et championne dans les deux en parallèle, le défi dingue de Claressa Shields

Double championne olympique et championne du monde dans trois catégories chez les pros, Claressa Shields fait ses débuts en MMA au PFL (Professional Fighters League) ce jeudi à l’Ocean Casino Resort d’Atlantic City face à Brittney Elkin (à suivre en direct dans la nuit de jeudi à vendredi à 1h sur RMC Sport 2). La combattante américaine, qui s’entraîne depuis des mois pour ça, entame une quête historique: devenir la première championne du monde en boxe et MMA en simultané, un exploit qu'aucun homme ni femme n'a accompli.

Sur le ring, elle n’a plus rien à prouver. Double championne olympique (2012 et 2016), une première pour le noble art américain tous sexes confondus, Claressa Shields est considérée comme une des deux meilleures boxeuses de la planète avec l’Irlandaise Katie Taylor. Depuis son passage chez les pros, en novembre 2016, l’Américaine (11-0, 2 KO) collectionne les ceintures. Jusqu’à devenir championne du monde dans trois catégories en dix combats, soit moins de temps que quiconque dans l’histoire de la discipline. Lors de son onzième combat, le dernier en date en mars 2021, elle est devenue championne unifiée et incontestée (les quatre ceintures principales) des super-welters après avoir fait de même chez les moyens au neuvième.

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Elle a également été championne unifiée (à deux ceintures) chez les super-moyens. De quoi lui assurer une place garantie au Hall of Fame… en à peine quatre ans et demi de professionnalisme. Mais de quoi, aussi, la pousser à se lancer un nouveau défi: conquérir le monde du MMA, avec un premier combat dans la catégorie des légers ce jeudi soir en "main event" (combat principal) de la soirée PFL contre sa compatriote Brittney Elkin. Rien d’inédit, diront les fans des arts martiaux mixtes. L’histoire du MMA, sport encore jeune, est jonchée de combattantes venues d’une autre discipline pour y triompher.

"Faire la même chose en MMA"

Il y a eu Ronda Rousey, médaillée olympique de judo devenue championne chez Strikeforce et grosse sensation à l’UFC. Il y a eu Holly Holm, multiple championne du monde de boxe qui a conquis la ceinture des coqs de la plus grande organisation de MMA. Il y a eu Joanna Jedrzejczyk, championne du monde en muay-thaï et kickboxing avant de monter sur le trône des pailles de l’UFC. Il y a Valentina Shevchenko, elle aussi championne du monde en muay-thaï et kickboxing et qui domine désormais la catégorie des mouches à l’UFC. Il y a Kayla Harrison, double championne olympique de judo victorieuse du tournoi des légers au PFL en 2019 et grandissime favorite de l’édition 2021. Mais à chaque fois, elles avaient quitté leur premier amour sportif pour en épouser un autre. Avec Claressa Shields, surnommée "T-Rex" en raison de ses petits bras, c’est une autre histoire.

L’idée? Devenir championne dans la cage… tout en continuant à régner entre les cordes. Une première dans l’histoire tous sexes confondus. "Je suis très excitée à l’idée de cimenter mon héritage de ‘GWOAT’ (plus grande femme de tous les temps, ndlr), a confirmé l’intéressée dans une conférence de presse virtuelle. Je suis impatiente de rentrer dans la cage du PFL et de montrer au monde que je ne recule jamais devant un challenge. J’ai déjà montré que j’étais la meilleure boxeuse au monde et je compte faire la même chose dans le MMA. Mon héritage dans la boxe ne pourra jamais être terni vu tout ce que j’ai déjà accompli dans ce sport. C’est pour ça que j’ai voulu essayer le MMA. La boxe a toujours été facile pour moi. J’étais une combattante complète avant d’avoir treize-quatorze ans. Dans le MMA, je recommence de tout en bas et je me demandais: 'Es-tu prête à repartir de zéro et à travailler pour atteindre le sommet?' Ma réponse était: 'Oh que oui!' C’était le moment d’essayer quelque chose de nouveau."

Une salle prestigieuse pour apprendre

Pour atteindre son but, celle qui évoque ses envies de MMA depuis au moins deux ans a pris les choses par le bon bout. Alors que la grande UFC lui proposait de rejoindre ses rangs pour un combat événement contre la reine Amanda Nunes, championne des coqs et des plumes, Claressa Shields a préféré le PFL pour grandir à son rythme dans son nouveau monde, où tout un pan (le sol) lui était inconnu. "Ils ne m’ont pas dit: 'Hey, viens combattre deux fois avec nous et retourner boxer ensuite', expliquait-elle à MMA Junkie en décembre dernier. Je vais pouvoir continuer à boxer et on ne va pas me presser. Le PFL m’a dit: 'Entraîne-toi, commence au niveau où il faut et grimpe petit à petit'."

L’Américaine va débuter par des combats hors saison du PFL en 2021 avant de disputer le tournoi des légers (avec un million de dollars au bout) en 2022. La première étape sur sa route, Brittney Elkin, trente-quatre ans, 3-6 en carrière, qui reste sur trois défaites et n’a plus combattu depuis mi-janvier 2019, semble parfaite pour ouvrir sa colonne de victoires même si le matchup n'est pas le plus favorable pour une boxeuse face à une spécialiste de jiu-jitsu brésilien (ceinture marron). Elkin, qui a cru à une blague quand on lui a annoncé le combat le… 1er avril dernier et s’est préparée en regardant les combats de boxe de Claressa Shields pour étudier son jeu de jambes, avait déjà servi de porte d’entrée dans le MMA à Kayla Harrison en juin 2018, pour une victoire par soumission au premier round de l’ancienne judoka.

Claressa Shields avec ses ceintures de championne du monde unifiée des poids moyens
Claressa Shields avec ses ceintures de championne du monde unifiée des poids moyens © AFP

Cette première, dans la catégorie des légers, sera surtout l’occasion pour Claressa Shields de savoir où elle en est dans sa progression et de mettre à profit les leçons apprises depuis sept mois à Jackson-Wink MMA, à Albuquerque (Nouveau-Mexique), la salle – entre autres – d’une certaine Holly Holm et de l’ancien roi des lourds-légers (qui va monter chez les lourds) Jon Jones. "Tout boxeur qui veut venir dans le MMA et qui ne s’entraîne pas aux autres arts martiaux va toujours perdre, rappelle-t-elle. Heureusement, je ne suis pas comme ça. La question n’est pas de s’entraîner mais de s’entraîner correctement et Jackson-Wink était un endroit parfait pour ça."

En vidéo, ses débuts au sol ou dans les coups de pied semblaient balbutiants. Logique. "Quand tu commences, tu te retrouves allongée sur le dos et tu te dis: 'Mais qu’est-ce que je fais là? Qu’est-ce que je dois faire?', se souvient-elle. Nous utilisons aussi nos jambes dans la boxe mais nous utilisons plus le haut du corps, donc j’ai dû mettre tout ça en place. Il faut passer de la boxe à la lutte et au jiu-jitsu. Ce sont différents états d’esprit et il faut pouvoir les assembler. Ça peut être très difficile, surtout pour des boxeurs. La lutte m’est venue assez facilement et j’ai mixé le reste ensuite pour être la meilleure combattante possible. Je me débrouille bien avec mes coups de pied. Pareil en jiu-jitsu et en lutte. Honnêtement, je ne serai pas ici pour combattre si je pensais avoir un désavantage dans la cage et que j’allais perdre."

Holm, "un code pour tricher"

"Tout le monde fait tout un foin car Brittney Elkin est ceinture marron de jiu-jitsu, poursuit-elle, mais le MMA n’est pas que le jiu-jitsu. C’est de la boxe, du kickboxing, de la lutte. Ce sont tous ces arts différents et les gens ne devraient pas ne pas croire en moi car je ne suis pas une spécialiste du sol. Ce qui compte, c’est qui saura utiliser au mieux ce qu’elle sait faire. Bien sûr, je vais laisser parler mes poings car je suis connue pour ça et que c’est ce que je sais faire le mieux. Mais je suis désormais à l’aise pour mixer les différentes disciplines et avoir un plan de jeu un peu plus complexe. J’ai d’autres atouts dans ma manche que la boxe."

Elle aura aussi dû s’ajuster à combattre trois rounds de cinq minutes au lieu de dix rounds de deux minutes entre les cordes: "J’ai dû préparer mon esprit à ça. C’était le plus gros truc à appréhender au début, mais après avoir fait ça depuis plusieurs mois, je l’ai bien assimilé. Mais au début, tout ce qui sortait de ce que je connais dans la boxe était difficile." Enorme avantage dans cette transition: côtoyer Holly Holm, désignée comme "un code pour tricher" dans son évolution du ring à la cage. "Je savais qu’elle pourrait m’aider car elle l’a déjà fait, confirme Claressa Shields. Nous avons eu beaucoup de discussions et de séances de sparring pour m’aider à préparer ce combat." L’ancienne championne des coqs de l’UFC avait passé un peu plus de deux ans à jongler entre boxe et MMA entre 2011 et 2013. Mais l’écart entre son dernier titre mondial d’une des quatre organisations majeures en boxe (ceinture WBC des welters) et son sacre à l’UFC était de plus de sept ans.

Encore championne unifiée et incontestée des super-welters et multiple championne du monde chez les moyens (elle a la ceinture The Ring dans les deux, considérée par beaucoup comme la plus légitime), Claressa Shields va chercher à faire mieux en régnant en parallèle. De quoi rendre nerveuse à l’heure d’entamer le voyage? "Je ne le suis pas car je suis prête, répond-elle. Si ce combat avait eu lieu il y a quatre ou cinq mois, je me serais dit 'Oh mon Dieu!' car je ne m’étais pas encore immergée dedans. Maintenant que je fais ça depuis sept mois, je me suis assez entraîné et j’ai eu assez de temps pour comprendre ce que je faisais, comprendre ce dont j’avais besoin pour ce combat. Je suis très à l’aise à l’approche de ce combat. Je ne suis pas nerveuse mais excitée."

La boxeuse Claressa Shields à l'entraînement en octobre 2019
La boxeuse Claressa Shields à l'entraînement en octobre 2019 © AFP

A vingt-six ans, elle se lance dans l’aventure assez tôt pour réussir. Avec ses incroyables qualités de boxeuse, celle dont les débuts sont les plus attendus dans le MMA féminin depuis ceux de Kayla Harrison (qu'elle pourrait ne pas croiser au PFL car cette dernière est en fin de contrat en fin d'année) pourra coucher n’importe quelle adversaire avec ses poings. Sa capacité à maîtriser le jeu au sol, le jiu-jitsu, la lutte, la défense des takedowns, sera le point central pour faire d’elle une championne dans sa nouvelle discipline. Saura-t-elle atteindre le niveau suffisant? A voir. Mais la question intrigue vu comme la jeune femme, qui n'hésite jamais à s'engager dans la bataille de l'égalité de trairement entre les sexes et qui a tout pour devenir une immense star si elle relève ce challenge, domine dans les rings. Où celle qui a organisé le pay-per-view de son dernier combat reviendra – tout le milieu attend un choc contre la Britannique Savannah Marshall, championne WBO des moyens invaincue chez les pros et qui lui a fait subir sa seule défaite chez les amateurs – mais seulement avec "un traitement juste".

"Ils n'en pensent pas un mot..."

"Ils sont sexistes et ils n’arrivent pas à gérer les femmes fortes, lançait-elle au New York Times en mars à propos des diffuseurs dans la boxe. Ils parlent toujours d’égalité salariale, d’opportunités égales, mais ils n’en pensent pas un mot. Tout ce qu’ils auraient à faire est de dire oui, de dire: 'On va mettre de la boxe féminine sur toutes les cartes'. Cela aiderait à nous développer. Mais ils ne le feront pas." Dans le MMA, où les femmes ont une place bien plus importante et peuvent être (bien) mieux payées, Claressa Shields sait qu’elle pourra toucher de plus gros chèques. Être plus mise en lumière, aussi.

Amanda Serrano, championne unifiée des plumes et championne du monde dans sept catégories (un record chez les femmes), et Heather Hardy, ancienne championne du monde chez les plumes, ont par exemple elles aussi basculé dans le MMA en parallèle de la boxe pour cette raison (1-0-1 en MMA pour Serrano, qui combat ce vendredi à l’IFF 7 au Mexique, et 2-2 pour Hardy). Son défi est un challenge sportif avec une part de motivation financière. Mais comment blâmer celle qui a vu le YouTubeur Logan Paul toucher plus en une soirée qu’elle n’a jamais touché pour monter dans un ring malgré son palmarès long comme le bras?

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport