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UFC 261: Masvidal peut-il écrire un autre scénario pour détrôner Usman?

Battu par Kamaru Usman en juillet 2020, Jorge Masvidal retrouve le champion des welters pour une revanche ce week-end en Floride dans le combat principal de l’UFC 261 (en direct dans la nuit de samedi à dimanche à partir de 4h sur RMC Sport 2). Une préparation plus longue sans coupe de poids abusive et les informations glanés lors de leur premier combat permettront-elles à la star américaine de changer la donne? Éléments de réponse.

Il compte bien ne plus se laisser marcher sur les pieds. "On a travaillé des techniques qui vont l’empêcher de me frotter les pieds. C’est la seule chose que je n’ai pas réussi à arrêter la première fois donc on va faire en sorte qu’il ne puisse plus me caresser." Jorge Masvidal a le sens de la formule. Et une mémoire qui ne lui fait pas défaut. Battu sur décision unanime en juillet dernier par le champion des welters Kamaru Usman, qu’il retrouve ce samedi soir à Jacksonville (Floride) pour une revanche très attendue en "main event" (combat principal) d'un alléchant UFC 261, le combattant américain d’origine cubaine n’a pas oublié les écrasements de pied alors infligés par son rival. Et de le prévenir en conférence de presse: "Quand tu vas réaliser qu’on a trouvé comment les arrêter, tu vas comprendre que ça va être une longue soirée pour toi."

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La grande gueule floridienne, devenue la plus grande star de l’UFC derrière Conor McGregor après son année 2019 magique (Darren Till battu chez lui en Angleterre, Ben Askren laminé en cinq secondes, un record, avec un coup de genou sauté inoubliable, victoire sur Nate Diaz au Madison Square Garden pour la ceinture "BMF"), ne manque jamais de confiance en lui. Mais la question se pose: "Gamebred" peut-il vraiment écrire un autre scénario qui tournerait en sa faveur? Il y a huit mois et demi, il n’avait pas existé, ou presque. Un premier round bien dans le match avant une domination totale du champion nigérian.

Masvidal avait été collé contre la cage, asphyxié au sol, frustré, en manque de jus et incapable de trouver l’explosion nécessaire pour retourner la table. Mais il avait une excuse: le garçon avait remplacé le Brésilien Gilbert Burns, challenger annoncé stoppé par le Covid, à peine six jours avant le combat prévu à l’UFC 251. Avec une dizaine de kilos à perdre pour arriver au poids et un long voyage à faire pour rejoindre Abu Dhabi et "Fight Island". Pas l’idéal, et c’est un euphémisme, pour présenter un cardio au top. Mais cette fois, et même s’il n’a pas été aussi long que d’autres car le combat n’a été annoncé que cinq semaines avant, Masvidal a pu préparer l’affaire avec un camp d’entraînement. Rien à voir, quoi.

"Il va encore venir ma câliner..."

"Je n’ai pas à couper neuf kilos en six jours et c’est essentiel, confirme-t-il. Toute l’énergie que j’avais dépensée à perdre du poids va être utilisée pour le finir dans la cage. (…) Je peux plus compter sur mes jambes, sur ma puissance, sur ma vitesse. Dès que j’ai obtenu ce combat, j’ai commencé à courir et à faire ce que j’avais à faire pour perdre du poids. Et mon poids est parfait. Je suis dans la meilleure condition physique possible et je ne me fais aucun souci sur ce que je peux faire à ce gars." On ne sait pas s’il faut y voir confirmation mais Masvidal aura été le premier à se présenter à la pesée, passée avec succès, où on l’a senti bien plus en forme que la dernière fois. Il aura plus d’énergie et les moyens de rester à son meilleur niveau plus longtemps.

Il a retenu quelques leçons, aussi. "Je pensais beaucoup de choses avant le premier combat, j’avais des plans, car j’étudie tous mes adversaires, rappelle-t-il. Mais une fois que vous passez vingt-cinq minutes dans la cage avec quelqu’un, votre étude est bien plus poussée. On sent son niveau de puissance, son endurance, son rythme, la façon dont il bouge, la façon dont il pense, la façon dont il réagit dans certaines situations. Je vais reprendre ce plan et exécuter ce que j’ai étudié. (…) Pas d’excuses. Il a gagné le premier combat. Mais vous verrez à quel point ce combat va être différent… Il va encore venir me câliner et me coller contre la cage. Mais ça ne va pas marcher, tout simplement. On a préparé des plans pour tout ça.""

"Il va devoir faire le combat parfait"

Jorge promet "de la violence, comme toujours avec (lui)" à celui qu’il aime appeler "le lâche". Problème? Si Masvidal a eu plus d’informations et de temps pour se préparer, avec la mise en place des quelques ajustements techniques nécessaires, Usman aussi. Les progrès de l’ancien lutteur universitaire sous les ordres de coach Trevor Wittman, avec qui il travaille depuis l’an dernier, se voient de plus en plus, surtout sur le striking. Le Nigérian sait ce dont il est capable – et c’est du lourd – et n’imagine pas Masvidal avoir pu faire quoi que ce soit pour modifier la hiérarchie entre les eux: "Il va tenter d’autres choses, il sera en meilleure forme et il va essayer d’utiliser son cerveau différemment, pour mieux conserver son énergie, pour mieux exploser dans certaines situations. Mais il ne m’inquiète pas. Je prends en compte ces changements mais je me soucie de moi-même, de ma propre performance. J’ai ce qu’il faut pour le maîtriser."

Jorge Masvidal prêt pour la revanche face à Kamaru Usman
Jorge Masvidal prêt pour la revanche face à Kamaru Usman © Icon Sport

On peut s’attendre à un combat plus spectaculaire, plus accroché, plus rythmé. Mais il faudra un vrai bond en avant à Masvidal (ou un bond en arrière à Usman, mais difficile d’y croire) pour ne pas que la fin du film reste similaire. "Je pense qu’on va voir un bien meilleur combat, confirme Daniel Cormier, l’ancien champion des lourds et des lourds-légers aujourd’hui consultant pour ESPN. Est-ce que Masvidal est assez bon pour réduire l’écart? Je ne sais pas. La colline à grimper est très haute. Usman est aussi bon qu’il est possible d’imaginer et Jorge va devoir faire le combat parfait pour le battre. Mais si quelqu’un a le potentiel de faire ça, c’est bien lui." Gilbert Burns, dernier adversaire en date du champion, dont il est un ancien partenaire d’entraînement, est encore plus convaincu: "Le scénario sera différent, car Masvidal est plus en forme et a senti des choses dans leur premier combat, mais le résultat ne va pas changer".

"Si tu es assis ici, c'est parce que je t'ai choisi"

Invaincu depuis ses débuts à l’UFC avec treize victoires de rang, la deuxième plus longue série de l’histoire de l’organisation, celui qui va vite titiller la légende Georges St-Pierre dans le débat sur le "GOAT" (meilleur de tous les temps) des welters s'il poursuit sa domination sur la catégorie a pu travailler son plan à l’avance puisqu’il a lui-même désigné "Gamebred" (qui n’avait plus combattu depuis sa défaite lors de leur premier rendez-vous) comme son challenger pour sa quatrième défense du titre après sa démonstration face à Gilbert Burns en février. Ce qu’il n’a pas oublié de lui rappeler en conférence de presse: "Tu as quatorze défaites dont sept à l’UFC, tu es à 3-3 sur tes six derniers combats. Si tu es assis ici aujourd’hui, c’est parce que je t’ai choisi." Usman explique vouloir "terminer le boulot", "s’imposer de façon à mettre fin à tout débat" et "lui briser sa volonté pour de bon pour être enfin satisfait". Il a très envie, et on peut le comprendre, de terminer avant la limite un combattant jamais mis KO ou soumis à l’UFC.

Il y a surtout la perspective de rafler un gros chèque, combat face à Masvidal oblige tant ce combattant au parcours fascinant et à la personnalité électrique qui aimante les fans est une machine à vendre des pay-per-views (1,3 million pour leur premier combat, meilleur score de l’année 2020 et de loin hors McGregor) sur lesquels le champion touche un intérêt. C’est un peu l’histoire de ce combat: chacun cherche ce que l’autre possède et qui lui manque, la notoriété et les billets verts qui vont avec pour Usman, la ceinture UFC et l’héritage sportif qu’elle renforce pour Masvidal, qui prend un malin plaisir à chambrer son adversaire sur le manque de lumière autour de son nom.

"Je les laisserai dans une mare de sang"

Près de huit ans jour pour jour après ses débuts à l’UFC, pour son vingtième combat dans l’organisation (un seul combattant est devenu champion plus "tard", Michael Bisping chez les moyens) et son cinquantième depuis son arrivée dans les rangs professionnels en mai 2003, Jorge joue gros du haut de ses trente-six ans. En cas de nouvelle défaite, difficile de l’imaginer retrouver un combat pour le titre tant que la ceinture restera chez Kamaru. Alors, dernière chance? Pas forcément. Car si le Nigérian venait à perdre son titre, ceux qui seraient en position de pouvoir lui prendre partagent tous des rivalités avec Masvidal: son ancien compagnon d’entraînement devenu meilleur ennemi Colby Covington (déjà battu par Usman dans le combat récent qui a le plus mis en danger ce dernier et prochain challenger désigné par le patron exécutif de l’UFC Dana White) mais aussi Leon Edwards et Nate Diaz, qui s'affronteront lors de l'UFC 262 mi-mai, grâce à une bagarre en coulisses avec le premier en 2019 et au combat pour la ceinture "BMF" avec le second la même année.

Autant d’adversaires qui seront autant de possibilités s’il bat Usman et devient champion, sans oublier une potentielle trilogie avec le Nigérian. "Je vais gagner et continuer à faire des choses toujours plus grandes avant de tourner la page sur ce chapitre MMA, annonce-t-il. Je veux faire des choses extraordinaires, violentes, qui vont laisser les personnes bouche bée. Une fois que j’aurai la ceinture, je les baptiserai tous. Je les laisserai dans une mare de sang." On n’oublie pas, au milieu de tout ça, l’idée d’un combat un jour ou l’autre avec Conor McGregor, opposition qui garantirait à l’UFC une soirée fructueuse. Bref, peu importe ce qui se passera à Jacksonville, où l’UFC deviendra la première organisation sportive à faire salle comble en intérieur depuis le début de la pandémie de Covid et où le Floridien sera le chouchou des fans comme l’a confirmé l’applaudimètre de la conférence de presse, Masvidal restera une superstar avec l’embarras du choix.

"Je rêve de ça depuis dix-sept ans"

Avec une carrière qui fêtera bientôt ses dix-huit ans, le bout de la route n’est pas loin. Il dit avoir une date en tête pour sa retraite mais ne veut pas la livrer. La cage est encore, pour l’instant, son élément. Là où il se sent le mieux. "J’adore combattre, c’est pour ça que je suis toujours là et que je continue d’être compétitif au plus haut niveau. J’apprends toujours, je garde l’esprit ouvert, je progresse encore physiquement… J’adore ce que je fais mais tout a une fin. Je ne vais pas pousser mon corps jusqu’à un point où quelqu’un qui ne me serait pas arrivé à la cheville deux-trois ans avant me pousse à la décision. Quitter le combat quand l’heure sera arrivée sera la chose la plus dure à faire pour moi mais je me suis préparé, je fais beaucoup de trucs à côté pour pouvoir faire la transition vers quelque chose qui remplit mon besoin d’adrénaline quand j'arrêterai."

Il s’occupera notamment du Gamebred Fighting Championship, organisation de combats de MMA "bare knuckle" (sans gants) qu’il vient de lancer comme un hommage à son passé et ses bagarres dans le jardin de la légende Kimbo Slice, dont le premier événement aura lieu le 25 juin à Miami: "Je vais chercher le prochain grand combattant de rue qui pourra aller jusque chez les professionnels, faire du bruit et marcher dans nos pas". Il aura un tas d’autres options si besoin tant sa personnalité est vendeuse. Même son engagement politique très prononcé en faveur de Donald Trump ne lui aura pas fait perdre tant de fans que ça comme certains l’imaginaient.

"Il y aura toujours des critiques, des haters, constate-t-il, mais je peux vous assurer qu’ils me regardent car ils savent que je viens pour me battre avec mon cœur et tout laisser dans la cage. Mais je suis étonné que plus de gens ne soient pas offensés car je crois vraiment ne pas être la tasse de thé de tout le monde. Je suis juste moi. Je m’entraîne, je m’occupe de ma famille, je parle à Dieu, je mange ce que je veux, je voyage. Je fais des choses qui rendent heureux avec les miens. Le reste du monde? Je m’en fous. Quand je dormais dans ma voiture, avec une vitre cassée que je ne pouvais ni monter ni descendre alors qu’il pleuvait, avec mon chien, où étaient tous ces gens? Je n’ai besoin de l’approbation de personne. Je suis en paix avec ma conscience."

Reste un Graal à conquérir: l’or de l’UFC autour de la taille. "Je rêve de ça 365 jours par an depuis dix-sept ans, confie-t-il. Et même depuis plus longtemps, depuis que j’ai douze-treize ans et que je me disais que j’allais devenir le meilleur au monde." Masvidal admet avoir "visualisé plein de fois dans (s)a tête" le moment où il serait couronné. Du rêve à la réalité, il faudra écrire un nouveau scénario pour détrôner le champion. Mais face à un combattant comme Usman, même sa plus belle plume pourrait ne pas suffire.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport