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UFC 268: Kamaru Usman, la force tranquille du champion qui sait

Champion des welters, Kamaru Usman remet en jeu son titre ce week-end au Madison Square Garden face à Colby Covington, qu’il avait déjà battu il y a deux ans, dans le combat principal de l’événement UFC 268 (en direct à partir de 3h dans la nuit de samedi à dimanche sur RMC Sport Live 3). Considéré par beaucoup comme le meilleur combattant de l’organisation, le Nigérian qui progresse de sortie en sortie aborde cette revanche avec la sérénité d’un roi conscient qu’il mérite sa place sur le trône. Focus.

L’ancien roi a adoubé son successeur. Lors d’une conversation téléphonique captée par les caméras de l’UFC ces derniers jours, Khabib Nurmagomedov ne cache pas ce qu’il pense du statut de son ami Kamaru Usman (ils partagent le même manager, Ali Abdelaziz): "Il est le numéro un pound-for-pound". Si ce classement des combattants toutes catégories confondues reste symbolique et subjectif, et que d’autres auraient des arguments (on pense notamment à Alexander Volkanovski et Petr Yan ou encore à Jon Jones s’il redevient combattant un jour), difficile de ne pas donner raison au Daghestanais, vu par beaucoup comme le possesseur de ce trône au moment où il a pris sa retraite sportive en octobre dernier.

Champion des welters depuis mars 2019, invaincu sur ses dix-huit derniers combats professionnels (19-1 en tout), le Nigérian qui retrouve le sulfureux Colby Covington ce week-end à New York pour la revanche de sa victoire par TKO sur l'Américain dans la dernière minute du dernier round en décembre 2019 n’a aujourd’hui plus d’équivalent dans l’effectif XXL de la plus grande organisation de combats de MMA à travers la planète. Les chiffres parlent pour lui. Avec quatorze victoires de rang depuis ses débuts à l’UFC en 2015 via l'émission The Ultimate Fighter, seul le légendaire Anderson Silva – ancien champion des moyens – a fait mieux dans l’histoire de la compagnie avec seize.

Celui dont la seule défaite en MMA professionnel remonte à mai 2013 (deuxième combat pro) repousse les limites de l’excellence. Face à vingt tentatives de takedown contre lui à l’UFC, il affiche 100% de défense. Seul un combattant avait maintenu ce total immaculé après tant d’essais, le Brésilien Renan Barao version grande époque (il avait défendu les trente-trois premiers contre lui). Sur les deux cent quarante-deux combattants qui ont passé au moins une heure en grappling dans l’histoire de l’UFC, seuls deux ont passé au moins 97% de ce temps en position de contrôle: Usman (97,45%) et… Khabib (97,40%). Après seulement quatorze combats dans cette organisation, il affiche déjà le sixième temps total de contrôle en grappling de l’histoire de l’UFC avec 1h56’56’’.

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Kamaru Usman avant son combat contre Jorge Masvidal en avril 2021
Kamaru Usman avant son combat contre Jorge Masvidal en avril 2021 © AFP

Vous avez dit domination? On corrige: ultra domination. Le "Nigerian Nightmare", son surnom, est bien le meilleur combattant actuel de l’UFC, et par extension du MMA tout court. Logique, donc, de voir l’UFC le placer au sommet de son classement pound-for-pound établi avec des journalistes. Ce débat n’existe plus beaucoup. Mais Usman en ouvre un autre: peut-il déjà être considéré comme le GOAT – le meilleur de tous les temps – de la catégorie des welters où a longtemps régné le fabuleux Georges St-Pierre? On a encore tendance à répondre par la négative, les 980 jours de règne et quatre défenses de titre (cinquième ce samedi) du champion actuel ne rivalisant pas avec les 2064 jours et neuf défenses de "GSP", mais l’écart diminue à chacune de ses sorties pour celui qui est le seul à pouvoir légitimement disputer ce titre officieux au Québécois. Et qui ne se repose pas sur ses lauriers.

L'influence Trevor Wittman

Ancien lutteur universitaire, Usman progresse combat après combat, à l’image de ce que peut réaliser la superstar Saul "Canelo" Alvarez en boxe. Avec sa grosse éthique de travail, son évolution impressionne. Celui qui travaillait les fondamentaux des déplacements dans le noble art il y a encore quelques années, provoquant quelques quolibets sur les réseaux sociaux, affiche désormais un striking de haut niveau. La conséquence, aussi, de son arrivée sous les ordres de coach Trevor Wittman dans le Colorado il y a près d’un an et demi. Plus précis, plus puissant, plus technique, le Nigérian a aussi fait d’énormes progrès sur le plan de la défense comme il l’a prouvé en avril dernier face à un Jorge Masvidal tout sauf mal à l’aise avec ses poings mais mis violemment KO dès le deuxième round.

L’homme avait des failles. Mais il faut désormais fouiller en profondeur pour les trouver. "Kamaru est désormais au plus haut niveau possible", assène Javier Mendez, célèbre coach de l’American Kickboxing Academy où il s’est notamment occupé de Khabib, pour ESPN. "Usman est un de ces gars qui est déjà au sommet mais qui continue de progresser à chaque sortie, confirme James Krause, combattant welter UFC et coach de la salle Glory MMA & Fitness. C’est rare pour un combattant de son calibre. Il a vraiment amélioré son striking et possède une énorme confiance dans sa puissance."

"Il était déjà bon mais il est encore meilleur avec le travail de Trevor Wittman, enfonce Eric Nicksick, coach à Xtreme Couture MMA où il s’occupe notamment de Francis Ngannou. Il peut faire une démonstration. Il arrive désormais à faire beaucoup en gaucher comme en droitier. S’il lance un double jab et un cross et si le cross rate, la plupart du temps, il le transforme en bras avant et se met à boxer en gaucher. Il est aussi très subtil dans sa façon d’ajouter des feintes de la tête et des changements de niveau. Il vous fait toujours réfléchir."

Champion des moyens de l’UFC, et témoin parfait pour parler striking vu son passé dans le kickboxing, Israel Adesanya pousse le diagnostic sur sa chaîne YouTube: "Usman est plus mature. Avant, quand il faisait mal à quelqu’un, il se ruait sur lui pour le finir. J’aime le fait qu’il ralentisse plus, comme il a fait contre Gilbert Burns. Il a pris son temps pour trouver ses bons coups. Il s’améliore. C’est un étudiant du jeu qui continue de progresser encore et encore avec Trevor Wittman. Avant, ses KO étaient sur des coups de poing circulaires mais contre Burns ou Masvidal, ils étaient en ligne. Face à Masvidal, il a baissé sa main droite et l’a lancée en ligne en envoyant aussi tout son corps. Et il l’a terminé comme ça."

Au-delà de l’analyse technique, la nouvelle stature du roi des welters – qui est récemment revenu fêter ses succès au Nigéria, où il a notamment assisté à une compétition de dambe, forme de boxe locale – se ressent presque physiquement. Il suffisait de le voir en interview(s) ces derniers jours pour comprendre. Dans les mots, dans l’attitude, une forme de force tranquille. La sérénité de celui qui sait qu’il est au-dessus, qu’il est le meilleur, et que la concurrence ne peut rien y faire. Il appelle les autres combattants de la catégorie "(s)es fils". Il se permet de conseiller son rival Covington, qui a multiplié les excuses pour expliquer sa défaite contre lui et qu'il évoque désormais avec un ton qui frôle la condescendance: "On a vu d’autres anciens champions qui n’arrivent pas à accepter la défaite. Tu dois le faire car ça t’aide à grandir. Si tu ne l’as pas acceptée, ta soirée risque d’être très courte ce samedi."

Kamaru Usman (de face) contre Colby Covington en décembre 2019
Kamaru Usman (de face) contre Colby Covington en décembre 2019 © AFP

Il a pris cette revanche à l’UFC 268 "pour fermer encore la bouche de ce gars qui l’ouvre depuis si longtemps" mais l’aborde sans aucun doute: "Je vais y aller et faire ce que je sais faire". Il se régale de combattre en tête d’affiche au Madison Square Garden, la mythique salle new-yorkaise cadre de cet événement, et le voit comme une logique absolue: "Pour une soirée du meilleur promoteur de la planète dans la plus célèbre salle de la planète, tu viens avec le meilleur combattant de la planète. J’ai déjà combattu deux fois cette année, j’aurais pu choisir de me détendre et de ne pas passer ce temps loin de ma famille. Mais avec le Garden, ce combat est spécial."

Il en viendrait presque à philosopher pour montrer son évolution: "Je suis à un moment de ma carrière où je veux prendre du plaisir. Même si c’est stressant, la cage est ma maison." Et il sait pourquoi il continue d’y entrer: "Je suis toujours motivé par l’envie d’être le meilleur, par ce feu compétitif. J’ai aussi une fille de sept ans, une mère et un père à qui je veux faciliter la vie le plus possible. Je dois m’assurer que ma famille n’a pas de problème. Si je pousse mon corps et prends des coups qui mettent en jeu ma santé, il doit y avoir une belle compensation. Toutes ces choses me motivent et je dois m’assurer que ma famille n’a pas de problème."

Excès de confiance?

Même son mouvement d’humeur lors du dernier face-à-face ce jeudi, où il a poussé Covington avant de lâcher son plus grand sourire, se fait en total contrôle, conscient de sa force et de tout ce qu’il fait. Au point de voir beaucoup d’observateurs imaginer une deuxième manche bien plus rapide que la première, qui avait vu le KO le plus tardif de l’histoire de l’UFC dans un combat pour une ceinture, et surtout moins indécise que cette première où les deux avaient accumulé le troisième total de coups significatifs portés (318, dont 175 pour Usman) sur un combat de welters dans cette organisation. Le Nigérian est le seul à avoir porté au moins dix coups significatifs de plus que l’Américain dans un combat de ce dernier à l’UFC. Et tout porte à croire qu’il va rééditer la performance en patron de la division.

Kamaru Usman (de face) lors de sa victoire par KO sur Jorge Masvidal à l'UFC 261
Kamaru Usman (de face) lors de sa victoire par KO sur Jorge Masvidal à l'UFC 261 © AFP

Mais alors, qu’est-ce qui pourrait l’arrêter? Le temps qui passe, d’abord, car il rattrape tout combattant à un moment ou à un autre alors qu’il affiche déjà trente-quatre printemps. L’excès de confiance? Pas le genre de la maison. "Ce n’est pas quelque chose qui existe chez moi, rassure-t-il pour ESPN, car j’ai fait les efforts, j’ai passé toutes ces heures à l’entraînement. La seule fois où je n’étais pas assez concentré sur un objectif, c’était lors de mon deuxième combat professionnel, et on a vu ce qui s’est passé. J’ai pris une leçon ce jour-là et je me suis promis que ça ne se reproduirait plus. Tout le monde sait combien j’aime être avec ma fille et à la maison. Quand je passe neuf semaines loin d’elle, que je sacrifie tout ça, comment quelqu’un ose me dire que je suis trop confiant? Je suis juste confiant en mes qualités et en ce que j’ai fait à l’entraînement."

On sent tout de même une pointe d’arrogance quand le garçon explique vouloir défier Canelo sur un ring "pas pour le chèque" mais car ce genre de "challenge" est "ce qui (lui) fai(t) peur" et "ce qui (l)e fait sortir du lit". Entre les cordes, le Mexicain le punirait. Mais le simple fait de croire en lui dans un tel cadre dessine une idée de sa confiance en ses capacités, qu’on retrouve également quand on lui demande s’il est content à l’idée de passer les fêtes de fin d’année en famille: "Si je mets Covingtion KO en quelques coups, je vais peut-être avoir envie de remonter dans la cage dans un mois", glisse-t-il dans un sourire.

Conscient d’être en train d’écrire sa légende et son héritage, Usman ne refuse aucun défi. Il ne se "dérobera pas" s’il faut affronter le phénomène Khamzat Chimaev, qui renverse tout sur son passage depuis ses débuts à l’UFC. Il ne ferme même plus la porte à un possible choc de champions contre son pote (lui aussi né au Nigeria) Adesanya "si on décide de voir qui est le meilleur et si l’UFC nous donne 100 millions de dollars". Et pas question de se retourner pour l’instant, à l’image d’une citation affichée dans sa salle qu’il adore répéter: "La seule fois où tu devrais regarder en arrière est pour voir jusqu’où tu as été". Kamaru Usman est déjà monté très haut. Et l’ascension n’est pas encore terminée.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport