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UFC: Amanda Nunes, profession briseuse de championnes (et meilleure de l’histoire)

Amanda Nunes remet en jeu sa ceinture des plumes contre l’Australienne Megan Anderson ce samedi soir à Las Vegas lors de l’alléchant UFC 259 (en direct à partir de 4h dans la nuit de samedi à dimanche sur RMC Sport 2). Première femme championne simultanément dans deux catégories, et première à défendre les deux ceintures tous genres confondus, la Brésilienne a mis à terre toutes les championnes qui ont croisé sa route pour devenir sans conteste la meilleure combattante de l’histoire du MMA et de l’UFC.

La liste s’affiche comme un Who’s Who de grands noms de l’histoire des sports de combat au féminin. On y trouve Sara McCann, première Américaine médaillée en lutte olympique (argent à Athènes en 2004) de l’histoire. On y croise Miesha Tate, l’ancienne championne Strikeforce et UFC des coqs qu’elle a battue pour la ceinture en juillet 2016 lors du combat principal de l’UFC 200. On y lit les noms de Ronda Rousey, l’ancienne championne UFC des coqs invaincue qui a tant fait pour le développement du MMA au féminin dans la grande organisation US, et de Holly Holm, autre ancienne championne des coqs (elle avait fait tomber Rousey) et multiple championne du monde de boxe.

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On y voit Felicia Spencer, ancienne championne Invicta des plumes, et Germaine de Randamie, ancienne championne UFC des plumes et multiple championne du monde de kickboxing, où elle est restée invaincue en combats officiels (quarante-six victoires, trente KO), battue deux fois. On n’oublie pas Valentina Shevchenko, actuelle détentrice de la ceinture des mouches de l’UFC, catégorie qu’elle domine sans discussion, elle aussi battue deux fois. Mais aussi et surtout la Brésilienne Cristiana "Cyborg" Justino, sacrée partout où elle est passée et intouchable en MMA pendant plus de treize ans et demi avant de tomber face aux poings foudre de sa compatriote en décembre 2018 et de lui abandonner son titre des plumes.

Amanda Nunes, trente-deux ans, aligne une série en cours de onze combats victorieux, et pas contre n’importe qui. La Brésilienne, championne des coqs et des plumes de l’UFC qui remet en jeu le second titre ce samedi soir à Las Vegas face à l’Australienne Megan Anderson – ancienne championne de la même catégorie chez Invicta – lors de l’événement UFC 259, est une destructrice de championnes. Une briseuse de légendes. Rousey et Cyborg, longtemps vues comme invincibles ou presque? Eparpillées façon puzzle, chacune en moins d’une minute, dans une furia dévastatrice de ses poings. "Elle ne se contente pas de battre les meilleures, pointe Dana White, patron exécutif de l’UFC. Elle les détruit."

Seule à avoir défendu ses deux ceintures

Peu importe l’adversaire. Elle les concasse une par une. Vous avez dit plus grande combattante de l’histoire? Sans le moindre doute. Dana White n’avait pas mis longtemps à le clamer une fois Cyborg laminée. Mais il ne parlait que du MMA au féminin. L’intéressée va plus loin. "Je vais être honnête, je suis la meilleure combattante de l’histoire du MMA en général, hommes et femmes confondus, lançait-elle en 2019 pour le site Combate. Et je vais continuer à marquer l’histoire." Certains crieront à la forfanterie. On peut aussi constater qu’elle a de très solides arguments dans le débat.

Elle a battu six anciennes ou actuelles championnes de l’UFC, record partagé avec Jon Jones chez les combattants en activité, dont toutes celles qui ont porté la ceinture des coqs à part elle. Chez les femmes, elle détient tous les records ou presque: plus grand nombre de victoires (treize), de victoires consécutives (onze), de victoires dans des combats pour un titre (huit), de combats terminés avant la limite (neuf), de KO (sept) et de knockdowns (cinq) ou encore plus long règne de championne. Elle compte autant de victoires que Rousey dans des combats pour le titre des coqs (six, mais une défense victorieuse de moins), catégorie où elle détient le meilleur total (onze) et la meilleure série de victoires (neuf) mais aussi le plus grand nombre de KO (six) et de succès avant la limite (huit).

Elle possède la troisième plus grande série active de victoires à l’UFC derrière Khabib Nurmagomedov et Kamaru Usman (treize chacun contre onze pour elle). Cinq fois récompensée du bonus de "performance de la soirée", elle reste la seule femme de l’histoire de l’UFC championne dans deux catégories – il y en a eu seulement cinq chez les hommes – et une des quatre à avoir détenu deux ceintures en même temps tous genres confondus avec Conor McGregor, Daniel Cormier et Henry Cejudo, Israel Adesanya pouvant les rejoindre ce week-end. Mais parmi ce groupe, Nunes est la seule à avoir défendu au moins une fois ses deux ceintures. Une vraie double championne, quoi, comme elle avait promis de le faire après avoir remporté le titre des plumes. "J’ai prouvé que j’étais la meilleure", sourit-elle à l’évocation de son pedigree. Impossible de lui donner tort.

Amanda Nunes (de face) lors de son combat contre Cris Cyborg en décembre 2018
Amanda Nunes (de face) lors de son combat contre Cris Cyborg en décembre 2018 © AFP

Sa dernière défaite? En septembre 2014 face à l’Américaine Cat Zingano lors de l’UFC 178, époque où Megan Anderson était à 2-1 en carrière (11-4 désormais) et n’avait pas encore fait ses débuts chez Invicta, une désillusion qui lui a permis de mieux rebondir. "Quand je me retourne sur mon chemin, c’est beaucoup d’émotions car j’ai toujours cru en moi, même quand la vie était merdique, expliquait-elle à Combate il y a un an et demi. Quand j’ai perdu contre Cat alors que je devais être la prochaine adversaire de Ronda, je suis rentrée chez moi en panique. Personne ne rit après une défaite. Mais après avoir beaucoup parlé à mes proches, j’ai commencé à chercher des réponses à mes questions. Quand je vois tout ce que j’ai compris et changé après ça... J’ai fait des recherches, j’ai consulté des psychologues, j’ai fait des tests sanguins, j’ai changé mon camp d’entraînement. Je voulais devenir une nouvelle athlète, effacer tout ce qui s’était passer avant. Les portes ont commencé à s’ouvrir et à me mener sur mon chemin actuel. Effacer tout comme cela pour ne plus s’arrêter et devenir la meilleure de l’histoire, c’est dingue."

"C'était irrespectueux"

Un parcours qui lui a aussi appris l’humilité. "Mes défaites et tout ce que j’ai traversé m’ont aidé. Il y a une époque où je me disais: 'Je vais entrer dans l’aire de combat et fracasser mon adversaire comme jamais'. Plus maintenant. Je respecte mes rivales. Combattre et perdre m’ont beaucoup appris. La vie est une école et je continue d’apprendre." Qu’il semble loin le temps où la "lionne" (Lioness, son surnom), pourtant championne en titre, passait à l’as de la promotion marketing de l’UFC pour son combat contre l’icône Ronda Rousey, challenger pour son retour après plus d’un an loin de l’octogone... "C’était irrespectueux", se souvenait-elle pour ESPNW. Mais la donne a changé. Dana White, dont elle est devenue proche après une invitation à dîner pour elle et sa compagne Nina Ansaroff, autre combattante UFC, la respecte désormais de tout son être: "Je l’adore sur un plan personnel et je ferais tout pour elle".

Sa vie a changé, aussi. Question de statut. Celle qui raconte avoir "grandi dans la jungle" près de Salvador, arrivée dans le New Jersey en 2010 "avec vingt dollars en poche" pour "suivre son rêve" de devenir championne de MMA avant de s’installer quelques années plus tard en Floride, où elle s’entraîne dans la célèbre salle de l’American Top Team, n’a plus besoin de s’inquiéter de ce qui se trouve sur son compte en banque. Elle a beau arborer de nouveaux tatouages ces dernières années ou avoir fait une apparition dans le film Bruised réalisé par Halle Berry, Amanda Nunes revendique d’être "une personne normale, une championne du peuple" et le prouve avec son côté très famille. "Beaucoup se perdraient en route avec toutes ces lumières mais elle est restée la même", se satisfaisait son coach principal, Conan Silveira, pour ESPNW. Sauf sur le plan sportif.

On a longtemps reproché à la Brésilienne son manque de cardio et sa tendance à trop s’appuyer sur son striking de feu. Mais elle a progressé encore et encore, sur le plan tactique, au sol, sans oublier son endurance. Pas étonnant pour Conan Silveira, qui se souvient de sa rencontre vers 2013 avec celle qui a commencé le karaté à quatre ans puis la boxe et le jiu-jitsu brésilien (elle est aujourd’hui ceinture noire) à l’adolescence. "Elle était bonne partout, résume son coach. C’est difficile de trouver des combattants vraiment complets. D’habitude, on est bon à jouer un seul instrument, pas plusieurs. Mais elle sait le faire et elle est encore meilleure qu’avant sur ce plan."

Elle peut vous mettre KO, elle peut vous soumettre. Elle est trop forte, tout simplement. Et il faut en profiter. Mariée à Ansaroff, la première championne ouvertement homosexuelle de l’histoire de l’UFC a vu sa compagne (de retour dans l'octogone le 10 avril contre Mackenzie Dern dans sa catégorie des pailles) donner naissance à leur fille, Raegan Ann Nunes, en septembre dernier. On dit, et elle ne le cache pas, que l’idée de la retraite la titille de plus en plus. Entre l’arrivée du bambin (qui l'accompagne à Vegas cette semaine) et des challenges sportifs légitimes de plus en plus difficiles à trouver, même si beaucoup aimeraient voir une troisième danse contre Shevchenko, il n’y aurait rien d’étonnant à ça. Mais avant de partir, elle va encore refaire quelques portraits. Bon courage à Megan Anderson. Face à Nunes, même si elle a l'avantage de taille, elle en aura bien besoin.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport