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UFC: Charles Oliveira, la revanche du combattant à qui on avait dit qu’il ne ferait plus de sport

Il est resté deux ans à l’hôpital dans son enfance. Il a pris une correction par une fille moins âgée lors de ses débuts. Mais il a su surmonter les obstacles pour s’offrir une chance de devenir le champion des légers de l’UFC lors de son combat contre Michael Chandler ce week-end à l’UFC 262 (en direct à partir de 4h dans la nuit de samedi à dimanche sur RMC Sport 2). Portrait du Brésilien Charles Oliveira, détenteur du record de soumissions à l’UFC et qui peut devenir le champion le plus "tardif" de l’histoire de l’organisation.

Diego Lima ne s’y attendait pas. Mais il a vite compris la force du symbole. Il y a deux ans, en mai 2019, le coach et manager de Charles Oliveira voit son protégé lui tendre une pierre juste avant de marcher vers l’octogone de Rochester, dans l’Etat de New York, et lui demander de la garder pendant son combat (victorieux) contre Nik Lentz, qu’il avait déjà battu quatre ans plus tôt. Avant de s’expliquer: son père, Francisco, en avait donné une à chacun de ses fils plusieurs années auparavant pour représenter la pierre utilisée par David pour vaincre Goliath. Un porte-bonheur qui le suit chaque fois qu’il doit monter dans la cage. Un clin d’œil à son destin, aussi.

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Dans notre métaphore, Charles Oliveira est David. Et les épreuves de la vie prennent la forme de Goliath. Opposé ce samedi soir à l’Américain Michael Chandler pour la ceinture des légers laissée vacante par la retraite de Khabib Nurmagomedov, dans le combat principal d’un UFC 262 qui se fera dans la salle comble du Toyota Center de Houston (Texas), Charles Oliveira peut devenir le champion le plus "tardif" de l’histoire de la plus grande organisation de MMA à travers la planète – il remporterait la ceinture pour son vingt-huitième combat à l’UFC, le record appartenant pour l’instant au Britannique Michael Bisping, sacré chez les moyens en 2016 à sa vingt-sixième apparition dans l’octogone – s’il bat l’homme qui peut devenir le deuxième combattant de l’histoire champion à l’UFC et au Bellator après Eddie Alvarez (qui avait perdu sa ceinture du Bellator face à… Chandler avant de la regagner contre lui).

Il peut surtout prendre la plus éclatante des revanches. "Do Bronx", son surnom, n’aurait jamais dû être là si la promesse d’un médecin était devenue réalité. Avant même d’avoir dix ans, le gamin qui s’éclate à jouer au foot dans les rues de Guaruja, à quelques encablures de Santos et de son légendaire club qui a vu passer (liste non exhaustive) Pelé, Coldoaldo, Zito Dunga ou Neymar, voit sa vie basculer: on lui diagnostique un souffle au cœur anormal et une polyarthrite rhumatoïde qui lui attaque les chevilles. Les conséquences tournent vite au terrible. Rester debout? Impossible ou presque. Oliveira va devoir passer deux ans à l’hôpital. Le traitement est lourd et coûte cher mais le patron de sa mère, Ozana, femme de ménage d’une école et de la maison du principal, aide la famille à l’assumer (papa travaillait dans un abattoir et vendait des œufs sur le marché local).

Après le travail, Ozana vient dormir à l’hôpital, sur le sol à côté de son lit, et passe parfois un mois sans rentrer à la maison pour s’occuper de lui. Les médecins vont lui faire une prédiction qui fait froid dans le dos. "Ils ont dit à ma mère que je ne pourrais plus faire de sport", raconte le combattant UFC dans un superbe article de Guilheme Cruz pour le site MMA Fighting. L’un d’eux explique même à ses parents qu’il y a "une chance" de ne plus jamais le voir marcher. Mais Francisco et Ozana gardent la foi. Et Charles va leur donner raison. Sorti de l’hôpital à onze ans, il n’est pas encore complètement guéri et doit subir deux injections de benzathine benzylpénicilline par semaine et une injection par mois de médicaments antiinflammatoires. Les médecins lui déconseillent toute activité physique trop prenante, à commencer par le foot. Mais deux mois plus tard, contre leur avis, il reprend le sport.

Ce ne sera plus avec le ballon rond, trop dangereux pour ses chevilles, mais en jiu-jitsu brésilien, surnommé "l’art doux" au Brésil tant il utilise plus la souplesse et la technique que la force. "Deux mois plus tard, il a gagné une compétition locale, raconte son père. Quand on est retourné voir le docteur et qu’il nous a dit qu’il ne pouvait pas le faire, Charles avait déjà remporté deux médailles d’or." Avec son frère Hermison, Oliveira a poussé la porte de la salle Bronx’s Gold Team (dont il a tiré son surnom), où coach Ericson Cardoso leur offre des cours gratuits à la demande d’un ami proche. Où il va prendre une bonne leçon dès le premier jour. Trop "vert" techniquement, il fait mal à quelques filles dans des exercices. Une autre, Joyce Matias, une année plus jeune mais qui s’entraîne à la discipline depuis un an, va se charger de lui faire payer. "Je lui ai mis une bonne correction pour qu’il ne fasse plus mal à personne, se souvient-elle dans un sourire. Je ne lui ai laissé aucune chance."

"Je préfère mourir"

Cardoso pense que l’épisode va le dégoûter. Mais Charles revient à la salle, motivée à l’idée de s’entraîner pour… battre Matias, qui deviendra son amie et même un peu plus et qu’il affrontera même dans des combats intersexe dans des tournois locaux. Il finira par "(lui) botter le cul", dixit Matias elle-même. Oliveira est ambitieux. Il veut "faire carrière" dans les sports de combat et "devenir un champion". Mais le MMA n’est pas encore dans son viseur, occupé par le jiu-jitsu. Il va apparaître à seize ans, quand il suit à Curitiba un Cardoso invité par Jorge "Macaco" Patino à venir s’entraîner avec les stars (Wanderleu Silva, Mauricio Rua, etc) de la salle Chute Boxe. S’il doit s’entraîner loin du groupe d’élite de coach Rafael Cordeiro, le garçon impressionne. Il finit par être convaincu de se lancer en MMA.

Le premier combat amateur, en novembre 2007, juste après ses dix-huit ans, se termine par une soumission – clin d’œil à sa formation et à son futur – via clé de bras en quelques secondes. Seul souci? Pas au courant avant leur retour du combat, maman Ozana pique une colère et ne parle plus à Charles et à son père pendant quelques jours. Quelques passages à la salle pour le voir s’entraîner vont la convaincre que le chemin choisi par son fils est le bon. A dix-huit ans, il prend aussi une décision forte : arrêter les injections qu’il subissait depuis petit. Et de lancer à ses parents: "Je préfère mourir que de continuer comme ça et de ne pas faire les choses que j’aime". Quelques mois plus tard, en mars 2008, il remplace un coéquipier au pied levé et effectue ses débuts pro au Predator FC, un tournoi welter – alors qu’il pèse beaucoup moins que la limite de la catégorie – raflé avec trois victoires en une soirée.

Il remportera deux autres tournois du même genre avec plusieurs combats le même soir dans un début de carrière parfait qui le mène à l’UFC en un peu plus de deux ans avec un bilan de 12-0. Son amour pour le MMA s’est affirmé et Oliveira vise le sommet. Il mettra longtemps à l’atteindre. Alors dixième plus jeune combattant à rejoindre l’UFC du haut de ses vingt ans et deux cent quatre-vingt-huit jours pour ses débuts dans l’organisation en août 2010, le Brésilien commence encore par une soumission, via une clé de bras, comme un symbole de la suite. Treize autres viendront à l’UFC en dix ans et demi pour en faire l’homme avec le plus de soumissions dans l’histoire de l’organisation. Il trône aussi en tête du classement du plus grand nombre de "performances la soirée", avec dix (seize bonus en tout), et du plus grand nombre de "finishes" (soumission ou KO/TKO) à égalité avec Donald Cerrone avec seize.

Mais son parcours est jalonné de hauts et de bas, débuté dans la catégorie des plumes où il rate quatre fois le poids. Son passage définitif chez les légers, en avril 2017, va changer la donne. Oliveira affiche depuis un bilan de 9-1, dont une série en cours de huit succès de rang parmi lesquels on trouve sept "finishes" consécutifs. Bref, à trente-et-un ans, il a bien mérité sa première chance pour le titre. Tout vient à point à qui sait attendre, et à qui en a le talent… S’il bat Chandler et se couvre d’or, il dit que le succès ne le changera pas, qu’il restera cet homme "simple et humble". Mais il lui a déjà permis de changer les choses. Dès que possible, il a permis à ses parents de quitter leurs jobs pour leur acheter une ferme à Vale do Ribeira, à quatre heures de Sao Paulo, et la remplir d’animaux: lamas, bovins, poulets, cochons, dindes, canards, oies, bovins, autruches, émeus, poneys et chevaux.

Avec ces derniers, la relation va plus loin : Oliveira dispute des courses de trot avec son cheval Nelson, passion née auprès de son amis Gia Santos qui l’accompagne dans son coin pour combattre alors qu’il n’a pas d’expérience des sports de combat à haut niveau. Un hobby qui coûte mais qui fait du bien à celui qui est trop "gros" pour être un vrai jockey mais réussit tout de même à gagner quelques courses locales. Il a aussi ouvert sa propre salle d’entraînement à Guaruja, Centro de Treinamento Charles Oliveira Gold Team, où sa femme pratiquante de jiu-jitsu brésilien Talita Roberta Pereira (ils ont une fille, Tayla, née en 2017) sert également de coach. Il a atteint des buts, quoi, mais pas encore celui d’être un champion à l’UFC. C’est peut-être pour ce samedi, dans la catégorie la plus dense de l’organisation. Loin des prédictions des médecins.

"Je suis un gamin d’un quartier très pauvre à qui les docteurs ont dit qu’il ne pourrait plus faire de sport, et regardez où j’en suis désormais, lance-t-il. Regardez tout ce qui est arrivé dans ma vie. Le 15 mai, je peux devenir champion de l’UFC. Comment puis-je ne pas dire que la favela a gagné?" Et de conclure comme un message à ceux qui partent de loin comme lui: "Je me souviens quand je marchais des heures pour rentrer après des tournois de jiu-jitsu car on n’avait pas d’argent pour prendre le bus. Je me souviens de partager un sandwich à midi pour pouvoir prendre le bus. Si votre vie est facile, vous êtes trop ramolli. Si votre vie est dure, ça paie à la fin. Je veux montrer à tout le monde qu’on peut obtenir des choses si on travaille dur, même si on vient d’une favela. Tu n’as pas à voler, à trafiquer de la drogue ou à faire de mauvaises choses. Je veux montrer aux enfants qu’ils peuvent gagner dans la vie. Imaginez pouvoir revenir au Brésil avec la ceinture et permettre aux gamins de la favela de la toucher. Ça n’a pas de prix." Sa pierre de David en poche, il pourra aussi rendre visite à ses anciens médecins. Pour leur rappeler qu’il ne faut jamais dire jamais.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport