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UFC: Ciryl Gane, la force tranquille

Opposé à Jairzinho Rozenstruik ce samedi soir à Las Vegas en main event de l’UFC Fight Night (en direct et en exclusivité à partir de 2h cette nuit sur RMC Sport), un combat qui le rapprocherait très près d’une chance pour le titre des lourds en cas de succès, Ciryl Gane continue son ascension fulgurante en MMA. Une trajectoire météore effectuée avec le sourire et sans pression. Le combattant français présente une personnalité unique qui pourrait aider au développement de son sport en France. Focus.

Il pratique un sport où on ne fait pas semblant d’avoir mal. Mais quand il s’apprête à partager l’octogone avec un autre mastodonte capable de vous éteindre la lumière, Ciryl Gane ne peut pas s’en empêcher. Il continue de se marrer. "A l’entrée dans la cage, souvent, je fais un petit dernier sourire à mes gars car je sais qu’ils sont stressés pour moi, raconte le combattant français à RMC Sport. A chaque fois, ça me fait rire, je les checke en mode tout va bien, c’est cool, c’est que du bonheur et du plus."

"Shazam la musique!"

Son coach, Fernand Lopez, le "King" de la célèbre MMA Factory, doit parfois répondre à quelques demandes inattendues. "Une fois, sourit Taylor Lapilus, consultant MMA pour RMC Sport et partenaire d’entraînement dans la salle parisienne, il entrait pour aller combattre et il dit à Lopez: 'Non mais attends c’est quoi la musique? Shazam la musique là, il est bon le son! C’est un dingue. (Rire.) Une autre fois, quand on était dans l’organisation canadienne TKO, la veille d’un combat important, il nous dit: 'Venez les gars, on loue des vélos, on va faire le tour de Montréal'. On lui a dit qu’il était ouf mais on l’a fait." La pression? Ciryl connaît pas.

Invité de l'émission RMC Fighter Club huit jours avant son combat contre Jairzinho Rozenstruik, ce samedi soir à Las Vegas, rendez-vous qui peut le rapprocher très près d’un combat pour le titre des lourds de l’UFC moins de trois ans après son premier combat pro en MMA, "Bon Gamin" parlait d’un autre type de pression: "Avec les gars on a trouvé un endroit, on s’est posé au soleil, on a pris le soleil torse nu pendant une heure, on est remonté, on s’est acheté des petites bières, des pistaches. (Rires.) On a la PlayStation 4, on joue, on est bien." Comme partout sur la planète sport, les combattants de l’UFC sont soumis à une bulle sanitaire. Où on peut vite déprimer, demandez donc sur le circuit du tennis. Gane s’en accommode comme un gars qui kiffe des vacances (studieuses, bien sûr) avec les potes de son équipe.

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Il se retrouve pleine lumière pour son premier main event (combat principal) d’un événement UFC, étape ultra importante d’une carrière? Il trouve juste "fou" de "voir (s)a tête sur les posters!" Excité mais pas stressé, comme d’hab’. "Franchement, ça ne me fait rien du tout, lance-t-il à notre micro. Je le prends vraiment comme un combat lambda, si je peux dire ça comme ça. C’est un combat comme un autre pour moi. Main event à l’UFC, c’est vrai, ça veut dire quelque chose: que les mecs de l’UFC mettent des billes sur toi et croient en toi. Mais ça ne me fait rien pour autant. Je le prends de manière très posée." "Ça n’a aucune incidence sur sa manière d’être et de vivre", enfonce Fernand Lopez. Mais l’intéressé ajoute vite: "Pour ma carrière, c’est très impactant".

Tête sur les épaules. Malin. Calme. Serein. Rigolard. Bonnard. Toujours lui-même. On ne dispute pas un concours de brosse à reluire sur combattant. On répète juste ce que tout le monde dit de Ciryl, ses proches comme ceux qui le croisent le temps d’une discussion ou d’une interview. La force tranquille personnifiée, et tout sauf une posture.

"C’est vraiment le 'Bon Gamin', confirme Taylor Lapilus. Son surnom lui colle à la peau. C’est vraiment le bon gars, le pote que tu appelles à deux heures du matin pour déménager. Il joue sa vie ce week-end, bien sûr, mais il sait gérer tout ça, analyser le truc, prendre du recul. Avec le succès qu’il a, il y a plus d’un combattant qui aurait éclaté et pris la grosse tête. Lui, c’est le même mec."

Autodérision

La médiatisation grandit avec chaque étape de sa carrière mais il fait le boulot, un bon mot par-ci, une punchline par-là, le sourire qui ne le quitte pas et capable d’une autodérision rare pour un tel athlète. "Il joue le jeu et je ne suis pas sûr que ça lui pompe un gros influx vu comme il appréhende ça, estime Taylor Lapilus. Il fait son truc, naturel, il parle, il discute." "Il n’anticipe rien, ça vient comme ça vient, il dit les choses comme il les pense, tout simplement", dissèque Fernand Lopez. Désormais, c’est très souvent en anglais qu’il faut répondre aux sollicitations médiatiques, passage obligé pour devenir une star de l’UFC.

Ciryl Gane, toujours invaincu
Ciryl Gane, toujours invaincu © Icon Sport

Après une année 2020 où il n’avait pas profité de son temps libre forcé pour progresser dans la langue de Shakespeare, les cours dispensés via la MMA Factory – trois fois par semaine, un anglais orienté pour le MMA – commencent à porter leurs fruits vu ce qu’on a pu observer ces derniers jours. Même s’il y a toujours la frustration de ne pas pouvoir se montrer exactement sous son vrai jour. "Quand tu es quelqu’un qui fait beaucoup d’humour et qui passe son temps à être vrai, sans faire semblant, si les autres en face ne peuvent pas capter ton humour, ça ralentit un peu ta communication car tu ne vas pas forcer le truc", explique Fernand Lopez.

L’humour. Un trait essentiel de la personnalité de Ciryl Gane. Tout le temps, en toutes circonstances. "A l’entraînement, il est toujours dans le délire, en train de rigoler, de discuter, raconte Taylor Lapilus. Parfois, Fernand est en train de donner les consignes et il te parle. Fernand nous interrompe pour dire: 'Oh les gars, je suis en train de parler'. Trente secondes après, si un mec dit un mot, il lâche bien fort: 'Oh les gars, Fernand est en train de parler là!' Il fait un peu le fayot pour se marrer et chambrer. C’est vraiment un bon gars. Même quand on lutte, on chahute, on rigole, toujours en train de plaisanter." Son coach, avec qui la relation est forte, le lui rend bien quand il faut parler de ses efforts pas toujours maintenus pour progresser en anglais: "Comme tout bon gamin, comme tout bon génie, c’est un fainéant de premier niveau". "Des gens ont besoin d’être sérieux pour pouvoir apprendre. Lui, sa pédagogie passe par le jeu", poursuit Fernand Lopez.

"J’aime bien rigoler, sourit le combattant, septième du classement des lourds de l’UFC. Je ne vois pas pourquoi je ferais la gueule. Je suis en bonne santé, tout va bien, je suis là pour gagner de l’argent et prendre soin de ma famille derrière. Je commence à faire des vrais sous, je suis bien, tout est bon, ce n’est pas juste la pression du combat qui va faire que je vais arrêter de rigoler. En anglais, on dit: Enjoy the process. Fais-en sorte que ton séjour soit cool, quoi. Il y a des gens qui ont besoin de la pression. Moi vraiment pas." Un côté clown de la classe mais pas je-m’en-foutiste, vrai bosseur qui sait rester fidèle à la diète concoctée par les spécialistes de l’UFC même s’il n’a pas besoin de perdre du poids pour faire la limite avant ses combats.

"Il peut enflammer la France"

S’il ne suit pas toute l’actu du MMA, et ne regarde d’ailleurs pas beaucoup ses adversaires en vidéo car il n’en a pas besoin, laissant ça à Fernand, Gane prend son métier au sérieux (ce père d'une petite fille avoue faire ça pour mettre les siens à l'abri financièrement) et sait se préparer en conséquence. Mais même les imprévus ne le déstabilisent pas: il a su garder le moral toute l’année dernière malgré cinq combats annulés. L’absence dans son coin de son coach (problème de visa) pour son retour contre l’ancien champion Junior Dos Santos, en décembre, qui inquiétait ses proches, ne l’avait pas non plus déstabilisé, la preuve avec sa victoire par TKO à la seconde reprise. On a l’impression que rien ne l'atteint. Ses débuts très tardifs en MMA, et même dans le haut niveau tout court (il a fait du muay-thaï avant) alors qu’il n’imaginait pas faire du sport une carrière quand il était jeune malgré ses aptitudes partout, participent du détachement – dans le bon sens du terme – d’un homme monté à Paris pour ses études et qui a trouvé un ticket vers la gloire dans une salle du XIIe arrondissement.

Mais il y a autre chose, un truc entre l’inné et le travail. "Il est intelligent, pointe Fernand Lopez. La pression vient car tu as des incertitudes, car tu ne sais pas où tu vas et ce qui va t’arriver demain. Lui est très conscient de ce qui peut et de ce qui va se passer. Il est conscient qu’il peut perdre le combat et qu’il peut le gagner. Tout se joue sur l’intelligence. Il se pose moins de questions. C’est vraiment lié à sa personnalité. Il se dit: 'J’ai fait ce qu’il y avait à faire, je ne peux pas contrôler l’issue de ce qui va se passer donc je ne me prends pas la tête'." Sans pression et sans peur d’avancer trop vite. Car on n’avance jamais trop vite. "Autant chuter au plus haut niveau, explique-t-il. Certains disent qu’ils ne veulent pas aller tout de suite à l’UFC. Pour moi, c’est une erreur. Signe avec l’UFC, casse-toi les dents avec des mecs de l’UFC et tu vas apprendre deux fois plus qu’avec des mecs d’une autre organisation. Je ne comprends pas cet état d’esprit. J’ai toujours été un fonceur. Quoi qu’il advienne, c’est que du bonus."

L’ouragan emporte tout sur son passage, 7-0 en carrière dont 4-0 à l’UFC, et cela pourrait vite le mener très haut. Un scénario loin d’être tiré par les cheveux peut imaginer le voir affronter Jon Jones, roi des lourds-légers qui passe chez les lourds, un des plus grands combattants de l’histoire de l’UFC et du MMA, avec moins de dix combats au compteur. Dingue. Mais Ciryl le vit bien, tranquille. "Ce sont des mecs que je suis prêt à affronter. On ne craint pas les gens quand on est combattant. Quand tu as des craintes, tu es sûr de perdre, autant ne pas y aller. Je suis prêt à combattre n’importe qui, peu importe le style. On a l’objectif d’aller dans le top du top, peu importe qui est en face. N’importe qui, n’importe où ! Je ne dis pas ça pour faire le pitre!"

Il le fait sans insulter l’autre ni rentrer dans la guerre des mots, un peu à l’image d’un Anthony Joshua, champion du monde des lourds en boxe, à qui on le compare déjà physiquement. "Je ne suis pas du genre à vouloir faire du trash-talking ou des choses comme ça et voir qu’il y arrive me réconforte dans le fait que je peux rester moi-même, se satisfait Gane. Ce n’est pas pour autant que les gens ne vont pas accrocher avec le personnage ou que je ne vais pas buzzer auprès des gens. C’est un mec mondialement connu mais qui est 100% naturel, j’ai l’impression, et c’est pour ça que les gens accrochent avec le personnage, quelqu’un de cool, avec qui on peut s’identifier, avec qui on a envie de sympathiser, et pourtant c’est un immense champion qui va faire des guerres avec d’autres guerriers. J’ai envie d’être un peu ce genre de gars-là. C’est inspirant." Il n’essaie pas plus que ça de rentrer dans les têtes. Mais avec son naturel hermétique à la pression, difficile à l’inverse de rentrer dans la sienne.

La personnalité du gros nounours rayonne – ceux qui travaillent avec lui précisent combien c’est un plaisir – et c’est sans doute une immense chance pour sa discipline: il fallait une star accessible abordable, sympa, pour démocratiser le MMA, discipline trop longtemps vue comme des combats de coqs par ses détracteurs mais aussi une partie du grand public, et montrer que ces athlètes n’étaient pas des sauvages. On a trouvé la perle rare. "Il est incroyable et je suis impatient de voir jusqu’où il peut aller. S’il devient champion, il peut enflammer la France pour le MMA comme Conor McGregor l’a fait en Europe, estime Dana White, patron exécutif de l’UFC, au micro de RMC Sport. Il peut se battre, il est puissant mais il se déplace comme un lourd-léger, j’aime sa façon de bouger et de contrôler l’octogone. Il est complet. Il a les capacités pour être champion." Avec le sourire, qui plus est. Tout pour plaire à tonton Dana.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport