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UFC - Ciryl Gane: "Pour une fois, je suis un peu stressé… mais pas pour le combat"

Ciryl Gane ne perd pas de temps. Un gros mois après sa victoire sur Alexander Volkov, samedi dernier à Las Vegas, le combattant tricolore va remonter dans la cage de l’UFC le 7 août à Houston face à Derrick Lewis (qui sera sur ses terres) pour la ceinture de champion intérimaire des lourds. Une première pour le MMA français dans la prestigieuse organisation. "Bon Gamin" s’est confié à RMC Sport après l’annonce de ce choc… qui interviendra quelques jours avant la naissance de sa deuxième fille, un timing qui stresse un peu le gentil géant à la décontraction légendaire.

Ciryl, votre premier combat de MMA date du 2 août 2018. Trois ans plus tard, le 7 août 2021, vous allez combattre pour la ceinture intérimaire des lourds de l’UFC. Quel a été votre premier sentiment en apprenant cette nouvelle?

J’ai réalisé progressivement. En fait, on le savait avait de faire le combat contre Alexander Volkov. Pour autant, ça ne m’a pas rajouté de pression car j’étais très concentré sur ce combat. Je n’étais pas en train de déjà visionner la ceinture ou quoi que ce soit, je suis resté focus sur ma mission et sur l’idée de faire une belle prestation car on savait très bien que c’était un immense test. Petit à petit, après le combat, je me suis demandé si ça allait se faire ou pas. On attendait quand même que ce soit officiel, car tant que tu n’as pas signé de contrat ou de choses comme ça, tu ne sais pas. On a eu la confirmation quand on a atterri en France. Je suis super content. Encore une fois, c’est super étrange, super bizarre de me dire: "Je viens de commencer, comment ça se fait?"

Avant Volkov, votre entraîneur du MMA Factory Fernand Lopez nous avait confié qu’il y avait des choses dans les tuyaux en cas de victoire. C’était donc ça?

On l’a su le jour où on a décollé de France et atterri aux Etats-Unis. En gros, on nous a dit: "Il y a moyen que le vainqueur du combat entre Volkov et toi soit mis sur un combat pour le titre le 7 août". Est-ce que ça m’a mis plus de pression? Non. Dans ma tête, c’est comme si ça ne rentrait pas dans l’équation. Franchement, je vous assure que je n’y ai même pas pensé. Lopez m’en a parlé mais je suis dit que dans tous les cas, il fallait déjà gagner ce combat-là, donc ça ne servait à rien d’en parler tout de suite. J’étais plutôt en mode: "Viens on fait une belle prestation, on se concentre bien, on fait ce qu’on a envie de faire et on verra ensuite".

Vous allez remonter dans la cage un mois et dix jours après ces cinq rounds contre Volkov, pour un combat à gros enjeu. Ce timing court vous inquiète-t-il et sortez-vous du choc contre le Russe avec des bobos qu’il faudra soigner d’ici là?

Je n’ai que des petits trucs superficiels, comme on a pu voir à l’image après mon combat. Rien à signaler à part des petites contusions car il a bien kické (coups de pied, ndlr) au premier round, et un petit peu au visage mais ce n’est vraiment rien. Et ce délai court entre les deux combats ne m’inquiète pas du tout. Au contraire. Je reste dans le jus, dans la continuité de la préparation, c’est nickel.

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Vous nous aviez confié attendre votre deuxième fille pour août. Le timing reste bon pour assister à la naissance malgré ce combat du 7 août?

Normalement, s’il n’y a pas de mauvaise surprise, oui car c’est pour la fin du mois d’août. Je croise les doigts. Je vous dis la vérité: je suis un peu en stress. Pour une fois, je peux dire que je suis un peu stressé par quelque chose, mais ça n’a rien à voir avec le combat. (Rires.) C’est quelque chose qui me ferait mal, qui me chagrinerait. Mais comment dire non à une ceinture?

Cette situation est-elle entrée dans votre réflexion avant d’accepter ce combat?

Bien sûr. J’ai mis du temps à valider. Pendant toute une journée, on en a parlé avec madame. Parce que bon… C’est beau tout ça, c’est bien ce qui m’arrive, c’est mon métier, mais je ne suis pas dans le rush, je n’ai pas besoin de me presser. Je me suis donc dit: est-ce que ça vaut vraiment le coup de risquer de louper l’arrivée de ma deuxième fille, une chose pour laquelle je m’en voudrais toute ma vie? On en a parlé ensemble et on croise juste les doigts que la chance soit encore une fois avec moi pour ce coup-là car c’est la vie avant le job, toujours. Comme madame est enceinte, on ne va d’ailleurs pas partir trop longtemps à l’avance aux Etats-Unis car on ne sait jamais donc je veux partir le moins de temps possible. On va partir fin juillet voire le 1er août. Pas avant.

Avec un tel timing entre vos deux combats, êtes-vous déjà de retard à la salle pour vous entraîner ou prenez-vous un peu de temps de récupération avant de vous y remettre?

Le décalage horaire fait que je ne peux pas m’entraîner et me laisse à la maison un petit peu. J’ai fait des petites pompes aujourd’hui, j’avais envie histoire de garder du jus et voir ce que donne mon corps. La salle, on va reprendre lundi. Y a moyen que ce soit vendredi, à voir. En tout cas, oui, on va reprendre vite. Ce n’est pas une semaine qui va changer quelque chose car je sors d’une préparation de presque trois mois, je suis encore dedans.

Fernand Lopez a l’habitude de vous fournir un premier "gameplan" dès que vous connaissez votre futur adversaire. L’a-t-il déjà fait pour Lewis et est-ce que vous pouvez nous dire ce qu’il y a dedans?

Il a l’habitude de faire un truc par écrit, sur PDF, mais il ne me l’a pas encore envoyé. Je suppose qu’on va être sur un profil similaire au combat contre Jairzinho Rozenstruik. On sait très bien qu’il y a qu’un seul danger, c’est sa fameuse droite. Il y aura plus de détails mais en gros, le gameplan va être: toucher et ne pas être touché. Ça ne va pas être comme contre Volkov, où on restait le plus longtemps possible dans la boîte. Ça va vraiment être toucher sans être touché. Et faire du Ciryl Gane, une masterclass.

En trente-deux combats, Derrick Lewis n’a été que six fois à la décision. On connaît sa puissance dévastatrice. Vous attendez-vous à ce que ce combat n’aille pas au bout des cinq rounds?

En tout cas, j’ai envie de le terminer. J’ai envie de prendre la ceinture avec un point d’exclamation, qu’il prenne beaucoup de coups. Ça peut être ce profil de combat où il est tellement débordé qu’il peut finir par abandonner un peu, car il est du genre comme ça. Je veux le déborder avec beaucoup de coups.

Ciryl Gane
Ciryl Gane © Icon Sport

C’est la première fois qu’un Français va combattre pour une ceinture de l’UFC. Réalisez-vous que vous êtes en train de marquer l’histoire de votre discipline dans votre pays?

Oui mais ça ne me met pas de pression. Je ne sais pas, c’est bizarre… Je suis juste super content d’avoir cette opportunité. Je suis très conscient qu’on est à deux doigts d’accomplir une nouvelle étape dans ma vie, dans ma carrière et dans le monde du MMA, d’écrire un truc de ouf. J’ai vraiment envie d’écrire l’histoire mais vous assure que ça ne met pas la pression. Ça m’enjaille, en fait.

Juste heureux d’y être, donc?

Tout à fait. En plus c’est dans un mois donc je n’ai même pas le temps de réfléchir à quoi que ce soit. On y va et j’espère que ça va le faire.

Si vous gagnez cette ceinture intérimaire, il n’y a plus de débat: vous serez le challenger du champion Francis Ngannou, avec qui vous avez partagé des séances de sparring quand il était encore au MMA Factory. Vous commencez à vous dire que ce combat dont on vous parle depuis longtemps n’est vraiment plus très loin?

Oui. De toute manière, depuis qu’il a pris ma ceinture, je l’ai dans ma tête. Et en même temps, je le savais. Quand j’ai commencé, je m’en souviens, ça ne parlait que de ça. Les questions tournaient toutes autour d’un éventuel combat entre nous deux. Et je répondais toujours: "S’il faut que ça arrive, ça arrivera, mais je préférerais que ça arrive quand il aura eu la ceinture". C’est comme si je savais que ça allait se passer comme ça, comme si je visualisais déjà la situation. Je savais que Francis avait le potentiel pour être champion, qu’il allait y arriver, et que si j’arrivais derrière, ce serait forcément un combat contre lui. Ce n’est pas une surprise, donc. Ça fait longtemps que j’ai déjà réalisé et que je suis conscient de la situation.

Quand on combat pour une ceinture à l’UFC, on passe dans une autre catégorie financière, qui démarre souvent autour de 250.000 à 300.000 dollars le combat. Vous confirmez que c’est une belle bascule financière pour vous?

Exactement! Et ça fait plaisir. Je ne vous donne pas la somme exacte mais on est autour de ça. C’est aussi ça qui m’enjaille. Ça grandit sur ce plan et ça fait du bien. Ça récompense aussi mes efforts.

Après l’annonce de ce combat, beaucoup ont critiqué l’UFC pour ce qu’ils font à Francis Ngannou, champion depuis à peine trois mois mais qui voit un combat pour un titre intérimaire s’organiser car il a refusé de remonter dans la cage en août pour prendre le temps de bien se préparer après avoir fêté son sacre. Êtes-vous d’accord avec cette analyse?

Ah oui. C’est sûr. Quand Fernand m’a parlé de ça, j’ai tout de suite dit : ils abusent, pourquoi ils font ça ? Dans ma tête, c’était: mais qu’est-ce qu’il s’est encore passé entre eux? Je me suis posé des questions et je me disais que ça avait dû encore mal se passer entre eux. C’est un truc de ouf, ça ne se fait pas. Mais après, moi, je suis qui pour dire non? Je ne peux pas refuser. Personne n’aurait refusé.

Est-ce que vous pensez que ça va encore renforcer la détermination de Francis et le rendre encore plus dangereux la prochaine fois qu’il combattra, contre vous si tout se passe bien face à Lewis?

En vrai, je n’y suis pour rien et Francis le sait très bien. Est-ce que ça va renforcer sa détermination? Je ne sais pas. De toute façon, Francis, il est toujours "déter" quand il prépare un combat. C’est la raison pour laquelle il a refusé de combattre en août. Il veut toujours faire les choses bien et là il n’était pas prêt.

Gane-Ngannou à Bercy fin 2021 ou début 2022, dans la ville où vous êtes tous les deux "nés" au MMA pour le premier événement UFC en France, si la situation sanitaire le permet, vous l’imaginez déjà dans un coin de votre tête? Le truc aurait de la gueule…

Ce serait de la bombe, vraiment. Est-ce qu’ils m’en ont parlé à l’UFC? Pas du tout. Je ne sais vraiment pas si ça va se faire. Je pense que le combat contre Volkov a été un bon test. Ils ont fait exprès d’avancer l’horaire pour l’adapter au marché européen. Je n’ai pas eu les retombées, je ne sais pas si ça a bien marché que ce soit à l’échelle française ou à l’échelle internationale. Il faut voir ça. Ce serait bien pour les Français. Mais si ça ne se fait pas, ce n’est pas grave. Si c’est possible, ils le feront. Mais si ça se gâte encore en France au niveau sanitaire à la rentrée…

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport