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UFC: Gane, route dégagée vers un combat pour le titre?

Vainqueur du Russe Alexander Volkov après une nouvelle démonstration de maîtrise, Ciryl Gane est parfaitement placé pour combattre pour le titre des lourds de l’UFC lors de sa prochaine sortie dans la cage. Mais la situation dans cette catégorie, où le champion est Francis Ngannou, ne garantit pas que ce soit pour tout de suite. RMC Sport fait le point.

Cette fois, Dana White n’était pas présent en conférence de presse post-combat. On ne sait pas s’il aurait réitéré ses critiques à Ciryl Gane, qu’il avait trouvé trop prudent lors de sa victoire sur Jairzinho Rozenstruik fin février. Mais s’il est honnête, le patron exécutif de l’UFC n’a pu que constater: "Bon Gamin" a signé une nouvelle masterclass ce samedi à Las Vegas contre Alexander Volkov. Cinq rounds de maîtrise totale pour une victoire sans discussion – deux juges ont donné 5-0, l’autre 4-1 – sur le cinquième du classement des lourds.

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Le Russe est sans aucun doute l’un des meilleurs techniciens de la catégorie en striking. Mais le Français, troisième du même classement, en a fait ce qu’il a voulu ou presque, sans le KO spectaculaire qui aurait tant plu à Dana, et prouvé une nouvelle fois combien il était un ton au-dessus de la concurrence sur le plan. De quoi rester invaincu en MMA (9-0) et signer une sixième victoire en autant de combats à l’UFC, meilleure série du genre dans la division, des débuts dans l’organisation similaires à ceux de Francis Ngannou, Cain Velasquez, Randy Couture ou Junior Dos Santos, qui ont tous porté (c’est actuellement le cas pour le Camerounais) la ceinture de champion. Et de quoi mener à un combat pour le titre dès la prochaine étape? Fort possible. Mais la situation n’est pas simple.

Avant Volkov, son coach au MMA Factory, le "King" Fernand Lopez, nous avait confié que l’UFC avait plus ou moins promis la chose au clan Gane en cas de victoire. Et l’intéressé ne se cache pas. "Je pense l’avoir prouvé: je n’ai pas besoin d’une autre étape avant de combattre pour le titre, a expliqué le Français en conférence de presse. Volkov était un grand challenge, parfait pour prouver ça, et je l’ai fait. Si l’UFC veut me donner un combat pour le titre demain, je suis prêt." Mais pas pressé. Avec un bébé (une deuxième fille) en route pour le mois d’août, "Bon Gamin" n’a pas forcément envie de remonter au plus vite dans la cage. "Je pense qu’on peut attendre, confirme-t-il Cela va aussi nous aider à nous améliorer dans certains domaines."

Lewis, Jones, Miocic

On pense notamment à ce fameux cycle de force qu’il n’a jamais eu le temps de faire à cause de son rythme de combat et qui pourrait lui permettre de gagner un peu en puissance, passage obligé au sommet des lourds. Bref, un combat pour le titre en fin d’année 2021 ou début 2022 ne lui déplairait pas niveau timing. Avec Francis Ngannou en champion, ancien du MMA Factory qui a sparré avec lui dans le passé, le storytelling d’un tel choc s’écrit tout seul. Surtout si la situation sanitaire permet à la chose de se faire en France, à Paris, là où les deux mastodontes sont "nés" au MMA. D’ici là, Ngannou doit affronter Derrick Lewis, numéro deux au classement et l’un des deux seuls à l’avoir battu dans la cage (en juillet 2018 au terme d’un des pires combats de l’histoire de la catégorie à l’UFC).

Leur affrontement était d’abord prévu le 7 août, dans le cadre du pay-per-view UFC 265, mais aucun accord n’a encore été trouvé et les dernières rumeurs évoquent plutôt le 25 septembre et l’UFC 266. Un retard qui repousserait encore un peu plus la chance de Gane, surtout si Ngannou sort amoché de son duel de cogneurs avec Lewis (et encore plus s’il perd). D’autant que deux autres larrons restent dans l’ombre. Stipe Miocic, d’abord, ancien champion détrôné par le Camerounais toujours numéro 1 du classement de la catégorie derrière Francis et qui aura sûrement droit à sa revanche – une belle, en fait, puisque Miocic avait battu Ngannou en janvier 2018 – quand il l’aura décidé (il le mérite, rien que pour services rendus à l’UFC). Jones Jones ensuite, et surtout.

L’ancien roi des lourds-légers a décidé de monter de catégorie pour aller chercher une autre ceinture qui solidifierait son statut dans le débat sur le GOAT (le meilleur de tous les temps) de la discipline. Mais ses demandes financières pour affronter Ngannou restent pour l’instant trop importantes pour l’UFC. Si un accord est trouvé dans les semaines à venir, possibilité renforcée par la collaboration récente entre Jones et le puissant Richard Schaefer (ancien PDG de Golden Boy Promotions et fondateur de Ringstar dans la boxe), Jones aura la priorité sur Gane vu combien son choc face au Camerounais "vendrait". Avec pour Ciryl une longue attente si Ngannou affronte Lewis en septembre puis Jones en début d’année prochaine.

Si c’est le cas, certaines voix du milieu, à commencer par le respecté journaliste Ariel Helwani, proposent même de voir Gane et Miocic monter ensemble dans la cage. Intéressante proposition. Mais qui aurait du mal à convaincre le Français comme l’ancien champion, un des deux disant au revoir à sa chance pour le titre en cas de défaite. Il ne faut pas non plus oublier que White et l’UFC, installées à Las Vegas, sont parfois des joueurs. Qui pourraient avoir envie de retarder au maximum Jones-Ngannou dans l’espoir de voir le champion signer une série de défenses de son titre où il met tout le monde KO et de mettre "Bones" dans les pattes de celui qui aurait alors une aura de terreur imbattable. Dans ce cas, Gane a le profil idéal pour passer avant. Et peut-être les qualités pour faire dérailler ce rêve en prenant la ceinture.

Se tenir prêt pour... le 7 août

Dernière question: la chose pourrait-elle se faire bien plus avant? Après sa victoire sur Volkov, le clan Gane a vu l’UFC lui indiquer de se tenir prêt, au cas où, pour le 7 août et l’UFC 265, qui manque pour l'instant d'un "main event" (combat principal de la soirée). Son bébé étant prévu pour plus tard en août, la date serait possible pour lui. Mais pour qui? Pour quoi? Combattre direct pour le titre au milieu de l’été, durant le dernier week-end des Jeux de Tokyo, alors que l’intérêt médiatique pour un tel combat sera moindre qu’à d’autres moments même en France? Se priver de la possibilité d’un Gane-Ngannou à Bercy pour continuer la conquête d’un marché français qui attend toujours un premier événement UFC sur son sol depuis la légalisation des compétitions de MMA début 2020? White et l’UFC ont les réponses. Qui vont déterminer la suite immédiate pour "Bon Gamin". Il y a un champion et quatre challengers plus ou moins légitimes. Qui va sortir du chapeau ces prochaines semaines? On en saura plus très vite.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport