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UFC: Islam Makhachev, le "frère" de Khabib qui doit succéder à Khabib

Ami de longue date et partenaire d’entraînement de Khabib Nurmagomedov, Islam Makhachev est vu comme son successeur par l’ancien champion des légers de l’UFC qui est désormais son coach. Très proche de son compatriote dans le style, le Daghestanais a les armes pour assumer la prédiction. Mais celui qui affronte Thiago Moises ce week-end à Las Vegas (en direct à partir de 4h dans la nuit de samedi à dimanche sur RMC Sport 2) pour son premier "main event" à l’UFC doit désormais passer la vitesse supérieure.

Ils ont grandi ensemble. Ils s’entraînent ensemble depuis aussi loin qu’ils s’en souviennent, au pays ou à l’American Kickboxing Academy (AKA) quand ils sont aux Etats-Unis. Le néo-retraité est désormais le coach de l'autre. Et un jour, peut-être, sans doute, ils se raconteront au coin du feu leurs souvenirs d’anciens champions des légers de l’UFC. Le parallèle entre Khabib Nurmagomedov et Islam Makhachev est évident. Multiple. Quand la légende daghestanaise a pris sa retraite en octobre dernier après avoir battu Justin Gaethje, invaincu en carrière, Khabib n’a pas eu à réfléchir beaucoup pour adouber un successeur: "Islam sera bientôt champion".

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"Immédiatement après ce combat, la question de Khabib était: 'Comment est-ce qu’Islam devient champion?', confirmait alors Daniel Cormier, ancien champion des lourds et des lourds-légers qui a cotoyé les deux chez AKA. Ce n’était pas à propos de lui, c’était 'Islam doit être le champion' et en quoi il pouvait l’aider pour atteindre ce statut." Simple encouragement façon méthode Coué à son compatriote et "frère d’une autre mère"? Oh que non. Ceux qui suivent la carrière de Makhachev ont compris depuis longtemps que le garçon avait toutes les armes pour conquérir la couronne.

Venu du sambo, comme son grand pote (les deux sont des anciens champions du monde dans cette discipline), Islam affiche lui aussi une lutte de très haut niveau, étouffante pour l’adversaire. S’il vous met au sol, ce qu’il tente à la première opportunité possible et réussit plutôt bien en général (69% de réussite sur ses tentatives de takedown à l'UFC, troisième meilleur score de l'histoire de l'organisation pour les combattants avec au moins 25 tentatives), la fin du round va être très longue pour vous, à l’image de ce qu’il a fait à Drew Dober lors de son dernier combat en mars, conclu sur une victoire par soumission avec un triangle dans la troisième reprise, avec un large panel technique qui lui avait permis d’annuler la défense de takedown pourtant reconnue de l’Américain. Rentrer dans les détails oblige à constater que Nurmagomedov avait une encore plus grosse capacité à mettre pression et intensité sur un adversaire au sol. Une meilleure qualité de contrôle en grappling.

Papa Nurmagomedov avait un plan

Mais son striking (pieds et poings) semble plus propre, plus efficace. Pas exactement les mêmes combattants, donc, mais deux modèles très proches. "Il a presque les mêmes compétences et il est fantastique debout", confirme Daniel Cormier. Javier Mendez, coach chez AKA, raconte que Makhachev est l’un des rares à avoir gagné des rounds contre Khabib en sparring. "Je me suis beaucoup amélioré en travaillant avec lui, surtout en lutte, précisait Islam en mars dernier dans une interview au Hindustan Times. Je suis content qu’il soit retraité car on sparre beaucoup moins et plus aussi dur."

Abdulmanap Nurmagomedov, papa de Khabib et coach des deux avant son tragique décès en juillet 2020, imaginait même un passage de flambeau entre les deux. "Avant sa mort, mon père m’avait dit: 'Quand tu finiras ta carrière, Islam doit arriver au sommet, ça doit se passer en même temps'", raconte Khabib à ESPN. Les deux ont presque pile trois ans d’écart, nés à sept jours d’intervalle en septembre. Et Khabib avait remporté la ceinture des légers de l’UFC il y a un peu plus de trois ans lors de son dixième combat dans l’organisation US.

Islam Makhachev (à gauche) et Khabib Nurmagomedov
Islam Makhachev (à gauche) et Khabib Nurmagomedov © DR/UFC

La logique signée Abdulmanap aurait donc dû voir Makhachev, qui va monter pour la… dixième fois dans l’octogone de l’UFC ce samedi, combattre pour le titre en 2021. Mais il est pour l’instant seulement neuvième du classement de la catégorie. De quoi faire sourire celui qui sera dans son coin ce samedi soir pour son combat contre Thiago Moises (sur une carte qui verra également le retour de l'ancienne championne des coqs Miesha Tate, opposée à Marion Reneau pour son premier combat depuis novembre 2016) comme il l'a plusieurs fois été dans le passé. "J’ai dit à Islam: 'Tu es un peu en retard mon frère', lance Khabib dans un grand sourire. Il devrait déjà être dans le top 3 mais il est en retard. (Rires.) Ce samedi, il doit montrer au monde qui est Islam Makhachev."

"Il peut terminer Poirier et écraser Oliveira"

Si Khabib avait mis longtemps avant d’avoir sa chance pour le titre, pour des raisons indépendantes de sa volonté, Makhachev doit aussi faire face à quelques ralentisseurs sur la route: certains combattants mieux classés refusent de l’affronter, la balance bénéfice-risque penchant nettement vers le second, et lui-même a déjà dit non à des combats car pas assez prévenu à l’avance pour bien se préparer (au contraire de Nurmagomedov qui les prenait, comme contre Michael Johnson en novembre 2016). Sans oublier un an et demi sans combattre, de septembre 2019 à mars 2021, avec plusieurs combats annulés en raison de la pandémie ou d’une blessure. Makhachev a largement le niveau d’un top 5 des légers et devrait déjà affronter des rivaux de ce calibre. Mais l’histoire en a décidé autrement. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne peut pas rattraper le temps.

Lancé sur une série de sept victoires depuis sa seule défaite en carrière (19-1 dont 8-1 à l'UFC) lors de son deuxième combat à l'UFC en octobre 2015 (mis KO au premier round par Adriano Martins), Makhachev doit maintenant passer la vitesse supérieure. Celle d’un combattant dans la force de l’âge qui a tout pour grimper la montagne. "Il aura 30 ans cette année, rappelle Khabib. C’est le moment parfait pour montrer qu'il est le meilleur. J’avais 29 ans lorsque je suis devenu champion. A cet âge, ton mental et ton physique sont à leur meilleur. 31, 32 33 ans, c’est l’âge parfait. Islam en est là. Physiquement, mentalement, en boxe, en grappling, je pense qu’il est un cran au-dessus de tous les gars."

Et "The Eagle" de développer en citant l’actuel champion, Charles Oliveira, et son futur challenger Dustin Poirier: "Je crois vraiment qu’il peut terminer Dustin avant la limite. Il peut aussi écraser Charles. Je ne pense pas que Charles puisse le gérer avec toutes ses gardes de jiu-jitsu. On a juste besoin de temps et d’aucun accident. Mais il peut battre tous ces gars. Il doit se battre pour le titre non pas parce que c’est mon frère ou mon ami mais parce qu’il est très bon." Pour son premier "main event" (combat principal d’une soirée) à l’UFC, preuve que Dana White et les dirigeants de l’organisation croient en lui et en son futur, Makhachev ne devrait pas avoir trop de mal à passer l’obstacle Moises, quatorzième au classement des légers et qui a avoué avoir passé du temps à visualiser le fait que Khabib serait dans le coin d’en face pour ne pas être intimidé par sa présence.

Islam Makhachev (à gauche) et Khabib Nurmagomedov
Islam Makhachev (à gauche) et Khabib Nurmagomedov © DR/UFC

Pour accélérer sa quête du titre, il faudra ensuite tenter de titiller les membres du top 5 de la catégorie la plus dense de l’UFC. On pense à Beneil Dariush, Michael Chandler (qui sort d’un combat perdu contre Oliveira pour le titre laissé vacant par Khabib) ou Tony Ferguson, respectivement troisième, quatrième et cinquième. Le premier est sans doute celui qui a le plus de raisons d’accepter, notamment pour combler son déficit de notoriété, mais le dernier pourrait aussi en avoir envie pour tenter de renverser sa série de trois défaites de rang en mettant fin à la hype Makhachev.

Le monde du MMA regrettera longtemps d’avoir raté un combat entre Khabib et Ferguson à leur meilleur, chaque tentative de l’organiser ayant débouché sur une annulation pour différentes raisons, mais il aura peut-être droit à une idée de ce choc avec le "successeur" de Nurmagomedov. Qui n’hésite déjà pas à annoncer vouloir "aider Tony Ferguson à prendre sa retraite". Pas habitué à défier les autres au micro, Makhachev devra sans doute forcer sa nature pour accrocher ces gros combats et monter vers le titre. Monter sur le trône quitté par son "frère" Khabib passera par là.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport