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UFC: Israel Adesanya, le nouveau phénomène

Israel Adesanya, champion des moyens qui va tenter de devenir le cinquième double champion dans deux catégories en même temps de l’histoire de l’UFC en défiant Jan Blachowicz pour sa ceinture des lourds-légers ce samedi soir à Las Vegas lors de l’UFC 259 (en direct et en exclusivité à partir de 4h dans la nuit de samedi à dimanche sur RMC Sport 2), est la nouvelle star de l’UFC. Portrait d’un combattant qui sait allier son talent XXL à des qualités de showman rares.

Quelques secondes pour un GIF qui fait le tour du monde. Au moment de s’avancer pour son cinquième et dernier round contre Kevin Gastelum en avril 2019, un combat qu’il remportera par décision unanime pour devenir champion intérimaire des moyens, Israel Adesanya lâche quelques mots tout bas en direction de son adversaire: "Tu ne peux pas me battre! Je suis prêt à mourir!" Captée par les caméras, la scène fera la joie des suiveurs du MMA sur la toile. Comme un symbole d’un garçon qui devient un peu plus star avec tout ce qu’il touche.

Adesanya, trente-et-un ans, champion des moyens de l’UFC qui défie ce samedi soir à Las Vegas le Polonais Jan Blachowicz pour la ceinture des lourds-légers en combat principal de l’UFC 259 pour devenir double champion dans deux catégories en même temps plus vite que n’importe qui dans l’histoire de cette organisation (il serait le cinquième à le faire), est l’étoile la plus brillante des nouvelles étoiles de l’UFC. Le seul combattant à avoir la capacité de dépasser le cadre de son sport pour devenir une superstar globale, comme Ronda Rousey et Conor McGregor l’ont fait avant lui, potentiel symbolisé par sa signature avec Puma – la première pour un représentant du MMA – en septembre 2020 annoncée le même jour que celle d’un certain Neymar.

Chorégraphies

Les marques se l’arrachent, les fans l’adorent. Même la boxe l’accueille dans son monde avec une participation remarquée dans l’équipe de commentateurs pour le combat exhibition entre Mike Tyson et Roy Jones Jr. Logique. Plus que logique. Car le garçon a tout. Le talent, le charisme, et même les petits trucs en plus. Dans l’octogone, le striking de ce maître contreur est ultra tranchant, précis, efficace.

Les stats parlent pour cet ancien spécialiste de kickboxing, discipline dans laquelle il affiche un bilan de 75-5 (mais où il avait échoué dans la quête du titre des moyens du GLORY, principale organisation du genre): seuls trois combattants dans l’histoire de l’UFC comptent au moins dix knockdowns sur leurs dix premiers combats, McGregor avec douze, Anderson Silva avec onze et Adesanya avec onze en neuf apparitions dans l’octogone (il avait atteint les dix dès son septième combat), ce qui le place au dix-septième rang de l’histoire pour les knockdowns dans l’organisation contre le… trois-cent-soixante-et-onzième en termes de nombre de combats!

Toujours invaincu en MMA, avec un bilan de 20-0 dont 15 KO, le Nigérian basé en Nouvelle-Zélande lacère ses adversaires tel un scalpel. Il sait les chambrer, aussi, de la voix avant le combat avec quelques punchlines qui font mouche et de toutes les façons possibles pendant, à l’image du geste un poil déplacé – on vous laisse aller voir ça – sur Paulo Costa, son dernier adversaire en date, juste après l’arrêt de l’arbitre. Il sait faire le show, enfin, avec des chorégraphies hyper travaillées avant de monter dans la cage comme celle réalisée à Melbourne avant son combat contre Robert Whittaker pour unifier le titre des moyens lors de l’UFC 243 en octobre 2019.

Il danse aussi après les combats, sur les réseaux sociaux, partout où il le peut, restes d’un passé qui l’avait vu arpenter des compétitions de danse en Nouvelle-Zélande à l’adolescence. Au contraire de beaucoup dans sa profession, la nouvelle star de l’UFC n’a pas été un combattant dès l’enfance, où il adorait le catch et la WWE mais surtout les animés japonais. Ses premiers entraînements de kickboxing arrivent sur le tard, à dix-huit ans, décision inspirée par le film Ong-Bak consacré au muay-thaï et par l’envie d’apprendre à se défendre après des années à être la tête de Turc de certains camarades de lycée.

Israel Adesanya
Israel Adesanya © @IconSport

Deux ans plus tard, il met ses études de côté pour se lancer à fond dans le combat et signer un bilan de 32-0 en kickboxing amateur avant de passer pro. Mais commence aussi à s’entraîner en MMA au City Kickboxing d’Eugene Bareman, à Auckland, où il côtoie d’autres futurs combattants UFC comme Dan Hooker, Alexander Volkanovski (actuel champion des plumes) et Kai Kara-France. Multifacette, Adesanya va débuter chez les pros en kick, en MMA puis en boxe (5-1 en carrière) en l’espace de cinq ans. Avant de se fixer définitivement sur le MMA en 2017, une petite année avant ses débuts à l’UFC en févier 2018.

Depuis, c’est l’explosion continue. Sur sa première année à l’UFC, il combat et gagne cinq fois, dont un succès sur la légende Anderson Silva, pour trois bonus "performance de la soirée" et un "combat de la soirée". Il s’offrira trois autres bonus par la suite dans des combats avec la ceinture des moyens en jeu, un "combat de la soirée" contre Gastelum (plus que mérité) et deux "performances de la soirée" face à Whittaker et Costa. Seule sa victoire contre Yoel Romero à l’UFC 248, une décision unanime, aura un peu déçu dans l’intervalle. Adesanya, mis par l'UFC en couverture de la dernière mouture de son jeu vidéo, est devenu un incontournable, un indispensable, un immanquable pour tous les amoureux de sports de combat.

Publics différents

Comme Rousey ou McGregor avant lui, il a rendu le MMA plus cool. Très inspiré de l’imagerie des animés dans sa communication, celui qui doit son surnom, "The Last Stylebender", au dessin animé Avatar: The Last Airbender (le dernier maître de l’art) – un des personnages principaux est tatoué sur son avant-bras – et qui aimerait lancer une société de production d’animés après sa carrière de combattant a la capacité de toucher des publics très différents. Il parle aux geeks, aux danseurs, aux aficionados de combat, à différents continents entre l’Afrique, l’Océanie et l’Amérique du Nord.

Il n'hésite pas non plus à s'engager: chez lui, en Nouvelle-Zélande, on l'a vu dans des manifestations après la mort de George Floyd et il s'est impliqué dans les discussions politiques autour d’un référendum sur le cannabis. Il est à part, il est unique, il donne envie de le voir à l’œuvre encore et encore et il le permet en ne restant jamais trop longtemps éloigné de la cage. Si vous aimez les personnages, vous adorerez Israel Adesanya. Et quelque chose nous dit que le cinéma ne restera pas longtemps éloigné de son charisme irradiant. Il n’est pas encore le plus gros vendeur de pay-per-views à l’UFC mais on sent sa base de fans grandir sortie après sortie. Il surfe sur une vague de plus en plus grosse et il a tout pour continuer à la rider.

Si ses plans se réalisent, il a tout, aussi, pour devenir le plus grand de l’histoire de l’UFC et du MMA: après les lourds-légers, le garçon n’a pas caché son envie d’aller conquérir une ceinture encore plus haut, chez les lourds, avec d’autant plus de plaisir si ça peut se faire contre son rival Jon Jones, l’ancien roi des lourds-légers en route vers la division des mastodontes avec qui la rivalité verbale est déjà bien installée. S’il fait tomber l’invincible "Bones" (sa seule défaite est une disqualification alors qu’il dominait) pour devenir le premier combattant sacré dans trois catégories à l’UFC en restant invaincu, le titre de GOAT ne serait pas usurpé. Le train Adesanya a pour terminus annoncé le sommet absolu. A lui de ne pas dérailler avant.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport