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UFC – Manon Fiorot: "Le rêve? Combattre pour la ceinture en France"

Opposée à la Brésilienne Tabatha Ricci, qui a remplacé au pied levé l’Ukrainienne Maryna Moroz, Manon Fiorot monte pour la deuxième fois dans la cage l’UFC ce week-end à Las Vegas (à suivre en direct sur RMC Sport 2 dans la nuit de samedi à dimanche à partir de 00h40). Une étape de plus pour la première Française à avoir remporté un combat dans la grande organisation de MMA, qui ne manque pas d’ambition.

Au téléphone, le week-end dernier, Manon Fiorot avait ri quand on lui demandait si elle en avait "marre" de Maryna Moroz: "Carrément!" Victorieuse de l’Américaine Victoria Leonardo par TKO au deuxième round en janvier pour ses débuts à l’UFC, premier succès d’une combattante française dans l’histoire de la plus grande organisation de MMA (Zarah Fairn Dos Santos avait perdu deux fois en deux appartitions dans l'octogone), la Niçoise avait appris "trois-quatre semaines après" qu’elle allait affronter l’expérimentée Moroz – 10-3 en carrière, huit combats à l’UFC pour cinq victoires et trois défaites – en juin.

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Résultat? Un gros camp d’entraînement de trois mois, "(s)a meilleur prépa en termes d’intensité et de charge de travail", où ses "cinq-six sparring-partners" (pas plus, Covid oblige) avaient "imité le style" de l’Ukrainienne, disséquée en vidéo par coach Aldric Cassata. "Je la connais par cœur", s’amusait Manon, qui avait "hâte" de ce "premier test" et de "montrer au public ce qu’(elle valait) face à une telle combattante" jamais mise KO ou soumise et qu’elle espérait finir avant la limite. Des semaines et des semaines avec une adversaire en tête… pour finalement se retrouver face à une autre au dernier moment.

Sports de combat et... snowboard

Trois jours avant le combat, le forfait de Moroz était annoncé. Et notre Française fait désormais face à la Brésilienne Tabatha Ricci, qui fait ses débuts à l’UFC (5-0 en carrière), sur la carte de l'UFC Fight Night 189 Rozesntruik vs Sakai. "Ça ne change rien car j’ai eu dix semaines pour me préparer et je serai prête samedi soir, nous lance la Française. J’aurais préféré affronter une fille avec plus d’expérience à l’UFC mais je respecte ma nouvelle adversaire, qui est invaincue. Comme pour le combat initialement prévu, j’aurais l’avantage debout et mon adversaire va tenter de m’amener au sol. Il y a juste le style de boxe et le gabarit de l’adversaire qui changent."

Pour sa première à Las Vegas, étape ultra symbolique dans une carrière, "The Beast" – son surnom, pour sa férocité dans la cage – va devoir un peu s’adapter. Ça tombe bien, elle sait faire. Passionnée de sport de combat depuis l’enfance, cette fille d’un papa lutteur a débuté le karaté (elle adorait regarder les films de ce genre et ses copains en faisaient) à sept ans, dans le club proche de la maison familiale, avant de dériver vers le muay-thaï et le K-1. A chaque fois, des titres de championne de France sont au bout. Elle se dirige ensuite un temps vers le snowboard, dans un sport-études à la montagne, et s’offre également un titre national chez les jeunes. Mais les arts martiaux reprennent la main à sa majorité. Avec bientôt le MMA dans le viseur.

La "tale of the tape" de Manon Fiorot avant son deuxième combat à l'UFC
La "tale of the tape" de Manon Fiorot avant son deuxième combat à l'UFC © DR/UFC

Les débuts amateurs arrivent en 2016, une défaite aux championnats du monde IMMAF alors qu’elle pratique "depuis même pas un an". Elle prendra sa revanche un an plus tard avec le titre planétaire en plus d’une finale européenne. L’arrivée chez les pros intervient en juin 2018 pour une des premières combattantes à représenter un nouveau type de parcours dans le MMA en passant d’abord par les amateurs, comme ce qui se fait beaucoup dans la boxe. Manon Fiorot en sort avec une défaite, une décision partagée concédée à la Britannique Leah McCourt. Ce sera, pour l’instant, la seule (6-1 en carrière). En 2019, elle participe à l’émission de téléréalité The Fighter de l’organisation sud-africaine Extreme Fighting Championship, qu’elle remporte avec un contrat à la clé malgré "une expérience assez compliquée à vivre" avec son anglais limité.

Un chemin qui la mène à un combat pour le titre de l’EFC, remporté en décembre 2019 avec une victoire sur la locale Amanda Lino, soutenue par toute la salle. Malgré la pandémie, la Niçoise du Boxing Squad combat ensuite trois fois en 2020 à l’UAE Warriors pour trois victoires par TKO grâce à ses poings, la dernière pour un titre qui lui permet de devenir la première femme à remporter une ceinture dans cette organisation basée aux Emirats arabes unis. Quelques semaines plus tard, le 26 décembre 2020, elle apprend la date de son premier combat UFC, moins d’un mois après, "(s)on but depuis (s)es débuts dans le MMA".

"Je peux monter assez vite"

Trajectoire façon météorite mais presque logique pour celle qui présente de grosses qualités en striking et qui peut aussi se reposer sur ses très bons déplacements, son gros cardio, sa gestion des distances et la pression permanente infligée à ses adversaires. Et qui n’a pas de temps à perdre en commençant à l’UFC à trente ans (elle en a désormais trente-et-un) après avoir débuté le MMA sur le tard. Sa première à l’UFC, face à Victoria Leonardo, est une nouvelle masterclass. De quoi offrir des perspectives dans une catégorie des mouches avec une championne dominante, Valentina Shevchenko, mais plutôt ouverte derrière. Objectif annoncé? "Intégrer au plus vite le top 10".

Le combat contre Ricci sera l’occasion d’avancer. "Si je réussis un nouveau KO, je pense que je peux rejoindre directement au moins le top 15", estime-t-elle. Cela passera sans doute par ses poings, encore travaillés les trois derniers mois. "J’ai pu sparrer avec filles qui viennent de la boxe anglaise, des professionnelles qui s’entraînent à Nice, dont une championne de France et une fille qui était en équipe de France, explique-t-elle. J’ai beaucoup progressé en boxe anglaise. C’était un peu mon point faible car je viens du karaté donc j’avais un peu de mal avec cette discipline au début. Mais là, j’ai carrément passé un cap. Je me sens vraiment à l’aise." Sans négliger le reste et les progrès à faire au sol: "J’ai aussi tourné avec des garçons, des anciens professionnels du club, qui m’ont beaucoup aidé, de bons lutteurs, des ceintures noires de jiu-jitsu".

Manon Fiorot (à droite) lors de ses débuts victorieux à l'UFC contre Victoria Leonardo
Manon Fiorot (à droite) lors de ses débuts victorieux à l'UFC contre Victoria Leonardo © DR/UFC

Epargnée par les blessures pendant son camp, Manon Fiorot s’annonce "au top". Son adversaire peut déjà s’en inquiéter… "Si ça se passe bien", elle aimerait ensuite revenir assez vite dans l’octogone, "faire au moins un combat avant la fin de l’année pour en avoir eu trois en 2021". "Et si je gagne tout, je peux monter assez vite dans le classement", imagine celle qui n’aurait "aucun problème" à affronter une lutteuse "pour voir (s)on niveau" après avoir déjà croisé ce type de combattante avant l’UFC. A terme, la Niçoise – qui peut notamment compter dans son coin sur Kristof Midoux, ancien mentor de la légende Georges St-Pierre – vise bien plus haut.

Elle rêve de combattre en France, bien sûr, où l’UFC va venir quand les salles pourront accueillir du public à pleine capacité, mais "ce n’est pas grave si ce n’est pas tout de suite car le rêve serait de combattre en France pour la ceinture". "Affronter Valentina à Bercy? Oui, voilà, c’est ça le rêve", sourit-elle. Manon Fiorot imagine cette possibilité "dans deux ou trois ans". Vu son talent et la densité de sa catégorie, où elle a "envie de rester" car elle a constaté être "plus grande et plus costaude que toutes les filles" et qu’elle avoue qu’il serait "impossible pour (elle) de descendre plus bas" (chez les mouches elle s’y prend "à l’avance" pour "un gros régime" avant de devoir "couper trois-quatre kilos maximum" dans les derniers jours), cela pourrait même arriver plus vite.

En attendant, la Française savoure toujours son arrivée à l’UFC, la plus grande des organisations du milieu. "On sent que c’est le top, savoure-t-elle. Tout est fait pour les athlètes. A Las Vegas, on s’entraîne dans leur Performance Institute et c’est énorme. Récupération, nutrition, on demande tout ce qu’on veut et on l’a. C’est un autre niveau et tout est beaucoup plus simple." Même pour trouver une adversaire remplaçante à la dernière minute. Manon Fiorot n’aura pas eu le temps d’avoir marre de Tabatha Ricci. Mais cette dernière en aura peut-être vite marre d’être dans la cage avec "The Beast".

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport