RMC Sport
EXCLU RMC SPORT

UFC Paris: "C’est le meilleur sport au monde", la légende Chuck Liddell se confie

Champion des lourds-légers entre avril 2005 et mai 2007, membre du Hall of Fame, "The Iceman" Chuck Liddell était la premières grande star américaine de l’UFC, où il a débuté sa carrière pro en MMA en 1998, un statut qui lui a permis de faire du cinéma par la suite. L’Américain au style spectaculaire, recordman des KO infligés chez les lourds-légers et deuxième au nombre de KO dans des combats pour un titre à l’UFC, se confie au micro de RMC Sport à trois semaines de l’UFC Paris, première de l’organisation sur le sol français.

Chuck, quand vous avez débuté à l’UFC, auriez-vous pu imaginer que cette organisation puisse devenir le mastodonte qu’elle est aujourd’hui?

J’ai toujours pensé que ce serait le cas. Mais pas que ça arriverait aussi vite. Ça a vraiment explosé après la première saison de l’émission de télé-réalité The Ultimate Fighter en 2005. Ça nous a permis de nous lancer sur la télévision gratuite. J’ai toujours pensé que ça deviendrait énorme car c’est le meilleur sport au monde, un sport que j’adore, donc je ne suis pas surpris. Mais ça reste surprenant que ce soit arrivé aussi vite.

>> Suivez l'UFC Paris et toutes les soirées UFC avec les offres RMC Sport

Vous étiez l’une des premières grandes stars de l’UFC. Qu’est-ce que c’était d’être un combattant UFC à l’époque? Les gens vous reconnaissaient-ils dans la rue grâce à vos combats dans l’octogone?

Avant The Ultimate Fighter, je pouvais entrer dans une pièce et me dire que deux ou trois personnes me reconnaissaient. Mais après, quand je me baladais dans un centre commercial, un couple de personnes âgées m’arrêtait pour me dire: "Super combat l’autre soir! J’étais étonné que ces personnes sachent qui j’étais! Notre base de fans a explosé à partir de ce moment-là. Beaucoup de gens me reconnaissaient et venaient me voir.

A ses débuts, l’UFC recevait beaucoup de critiques. Pensiez-vous que l’organisation pourrait les surmonter?

Au début, je ne savais pas ce qui se passerait. Je me disais juste que c’était mieux que d’avoir un "vrai" job. J’adorais ce que je faisais. J’avais un diplôme en comptabilité et ma famille me mettait la pression pour trouver un "vrai" job autour de ça. Mais je me suis acharné car je ne voulais rien faire d’autre. Puis les frères Ferttita et Dana White sont arrivés et ils ont réussi à ramener beaucoup d’argent, à améliorer le truc et à le faire accepter partout. Et regardez où nous en sommes aujourd’hui.

Vous avez participé à certains grands combats de l’histoire de l’UFC, notamment contre Randy Couture avec qui vous avez partagé une trilogie. Quel rôle ont eu ces chocs dans ce développement de l’UFC?

Ils ont beaucoup aidé. C’était le bon endroit et le bon moment. Il y a eu plein de gros KO dans ces combats et c’était parfait pour faire grandir la base de fans comme ils le voulaient. Il y a aussi eu la fin de la première saison de The Ultimate Fighter, le premier gros combat en direct à la télévision gratuite, entre Forrest Griffin et Stephan Bonnar, qui était une guerre incroyable avec plein de rebondissements. La semaine suivante, c’était mon deuxième combat contre Randy Couture, un gros choc, où j’ai réussi à le mettre KO alors que je n’étais pas favori. C’était génial d’avoir cet enchaînement.
Les salaires des combattants à l’UFC font beaucoup parler ces dernières années.

Combien étiez-vous payé pour vos premiers combats à l’UFC?

J’ai été plutôt bien payé mais seulement à la fin de ma carrière. Au début, pour mon premier combat à l’UFC, en 1998, j’avais pris 1000 dollars. J’étais remplaçant pour le tournoi des moyens à l’UFC 17. Si j’avais intégré le tournoi, j’aurais eu une chance de remporter 20.000 dollars si je le gagnais. Le premier contrat qu’ils m’ont offert ensuite était sur un an à 1000 + 1000 pour le premier combat (1000 dollars pour combattre, 1000 dollars en plus en cas de victoire, ndlr), 2000 + 2000 pour le deuxième et 3000 + 3000 pour le troisième. Dana White était mon manager à l’époque et il m’avait dit qu’il n’était pas possible de signer un contrat pour 12.000 dollars l’année, que l’on ne pouvait pas faire ça. On a donc été combattre sur de plus petits événements avant de revenir à l’UFC.

"Tu es trop jeune pour savoir qui je suis..."

Lors de la dernière International Fight Week à Las Vegas, de très nombreux fans vous arrêtaient pour une photo ou un autographe. Vu l’explosion populaire de l’UFC ces dernières années, êtes-vous plus connu aujourd’hui qu’à l’époque où vous combattiez?

Je ne sais pas si c’est plus mais c’est au moins tout aussi fort. Sur tous les gens qui m’arrêtent, j’en regarde certains et je dis: "Tu es trop jeune pour savoir qui je suis, mes combats datent trop". En général, ils me répondent: "Tu es le combattant préféré de mon père, il parle tout le temps de toi". Et je les incite à aller regarder mes combats. Les fans ont toujours été géniaux avec moi.

Quel est le meilleur souvenir de votre carrière de l’UFC?

Je ne sais pas. Mais si on met un flingue sur ma tempe et qu’on m’ordonne de choisir, je prendrais sans doute le deuxième combat contre Randy Couture, celui dont on parlait, où je le mets KO pour remporter pour la première fois la ceinture des lourds-légers après avoir gagné l’émission The Ultimate Fighter en tant que coach. C’était aussi le plus gros pay-per-view de l’histoire de l’UFC à cette époque. Je ne pouvais pas monter plus haut que là où j’étais à ce moment-là.

Chuck Liddell en pleine célébration après avoir mis Randy Couture KO lors de leur troisième combat à l'UFC en février 2006
Chuck Liddell en pleine célébration après avoir mis Randy Couture KO lors de leur troisième combat à l'UFC en février 2006 © DR UFC/Zuffa LLC

Pour ceux qui ne regardaient pas l’UFC à cette époque, pouvez-vous raconter à quel point ce combat était énorme?

C’était gigantesque. La salle du MGM Grand à Las Vegas était complètement remplie. Les fans faisaient tellement de bruit et étaient tellement fous que j’avais du mal à m’entendre penser quand je marchais vers la cage. (Sourire.) C’était un énorme moment pour moi car c’était contre Randy, qui avait été champion chez les lourds et qui était descendu chez les lourds-légers et était aussi devenu champion dans cette catégorie.

Y a-t-il un combat que vous auriez aimé faire mais qui ne s’est jamais matérialisé?

Pas à mon époque, non. Mais il y a quelques combats que j’aurais aimé faire avant, comme celui contre Wanderlei Silva (décembre 2007 à l’UFC 79, victoire sur décision unanime pour Liddell, ndlr). J’aurais aimé qu’on s’affronte quand on était tous les deux champions, c’est ce qui aurait dû se passer, et sur cinq rounds. Il nous manque deux rounds car ça a été une guerre pendant les trois où on a combattu. J’aurais aimé avoir ces deux reprises supplémentaires pour finir le travail.

Comment le Chuck Liddell de l’époque, ou tous grands combattants de l’époque d’ailleurs, s’en sortirait-il contre les champions actuels?

On ferait encore de bonnes choses. Certains anciens sont toujours dans ce sport et s’en sortent bien. Nous avons évolué avec notre sport. On s’est toujours amélioré au fur et à mesure qu’il grandissait. On continuait d’apprendre. C’est même ce qui m’a permis de combattre aussi tard, car j’étais vraiment un étudiant de ce sport. J’étais devenu moins rapide, moins mobile, mais je pouvais être plus intelligent et déjouer les plans adverses. Je pense qu’on s’en serait bien sorti.

La France accueille un événement UFC pour la première fois le 3 septembre. A votre époque, le MMA n’était pas un phénomène aussi global. Auriez-vous aimé pouvoir combattre dans plus d’endroits dans le monde pour montrer votre talent?

Oh oui! J’aurais adoré ça. J’ai combattu au Brésil, au Japon, au Canada, mais ça aurait été génial de pouvoir le faire en Europe. Je devais combattre là-bas une fois mais malheureusement je m’étais blessé à l’entraînement et j’avais dû déclarer forfait. Mais c’est aussi génial d’avoir assisté à cette évolution, de voir les différences entre mon époque et aujourd’hui sur cette globalisation. Désormais, je peux aller n’importe où sur la planète et des gens savent qui je suis.

"Si Chuck devient votre champion, vous allez mourir"

Comment voyez-vous la chose évoluer dans 20-25 ans? Le MMA peut-il devenir le plus gros sport de la planète?

Le MMA va continuer de grandir et devenir de plus en plus important. Et les combattants vont continuer eux aussi à devenir meilleurs. Vous devez constamment évoluer dans ce sport, s’adapter aux nouvelles techniques. Il y a tellement de façons de gagner ou de perdre que ça rend ce sport très excitant pour les fans. Tout est réuni pour que le MMA devienne de plus en plus grand.

Le débat est sans fin mais selon vous, qui est le GOAT (le plus grand de tous les temps) de l’histoire de l’UFC?

C’est toujours difficile pour moi de répondre à cette question. Anderson Silva est un de mes combattants préférés à voir combattre. C’était une bête. Dans sa période de domination, personne ne pouvait le toucher. Matt Hughes était une bête également. Et quand on voit ce que B.J. Penn a réalisé, les choses qu’il pouvait faire… Il a combattu de la catégorie des moyens à celle des plumes. Il pouvait affronter n’importe qui. C’était un vrai dur à cuire.

Chuck Liddell dans les tribunes lors de l'UFC 274, en mai 2022 à Phoenix
Chuck Liddell dans les tribunes lors de l'UFC 274, en mai 2022 à Phoenix © Icon Sport

Le combat principal du premier événement UFC en France opposera Ciryl Gane à Tai Tuivasa. Que pensez-vous de Ciryl Gane?

C’est un dur. Je pensais vraiment qu’il avait ses chances de gagner son combat pour le titre contre Ngannou. J’aime le voir combattre et je pense qu’il va revenir et qu’il aura une nouvelle chance pour le titre.

Qui voyez-vous s’imposer entre lui et Tuivasa?

Ouh… C’est difficile à dire car ce gamin, Tuivasa, sait vraiment combattre. Je l’adore aussi, j’aime le voir combattre. Il va falloir rester loin de ses mains qui frappent si fort.

Le surnom de Ciryl Gane est "Bon Gamin" et colle parfaitement à sa personnalité. A-t-il besoin d’être plus provocateur, plus clivant, pour devenir une superstar à l’UFC?

Je ne suis pas d’accord. A l’époque, le camp de Tito Ortiz avait dit à l’UFC: "Si Chuck devient votre champion, vous allez mourir car il ne parle pas assez, il n’est pas assez controversé". On peut voir que ça n’a pas marché comme ils le pensaient. J’ai fait un champion très convenable.

Selon vous, Ciryl Gane n’a donc pas besoin de changer?

Je ne crois pas. Tant que vous donnez tout pendant vos combats, les spécialistes respectent ça et les fans aussi. Ils vous soutiennent. Ils respectent quelqu’un qui vient juste faire son travail et qui le fait bien.

Beaucoup de fans français vont assister pour la première fois à un événement UFC dans la salle. A quoi doivent-ils s’attendre?

L’énergie d’un événement vécu devant ses yeux n’a pas d’équivalent. C’est très dur de reproduire ça à la télévision. Ce que vous allez voir, ce sont de grands combats. Il faut être un peu éduqué à ces disciplines pour comprendre certaines techniques du jiu-jitsu brésilien ou de la lutte mais tous ces combattants sont excitants. Ils sont très complets, surtout aujourd’hui, et vous pouvez être sûr qu’ils vont proposer des combats spectaculaires.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport