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UFC: pourquoi Usman mérite le statut de meilleur combattant toutes catégories confondues

Impressionnant vainqueur de Jorge Masvidal sur KO ce week-end à l’UFC 261, Kamaru Usman a conservé sa ceinture des welters et confirmé un peu plus sa place parmi les meilleurs combattants de l’organisation américaine. Le meilleur? On répond oui. Et on vous explique pourquoi.

C’est l’une des questions qui animent le monde du MMA depuis samedi soir et la conclusion de l’UFC 261. Kamaru Usman, qui a infligé à Jorge Masvidal son premier KO à l’UFC – et son deuxième en carrière en cinquante combats – avec une droite spectaculaire pour défendre pour la quatrième fois son titre des welters, va-t-il dépasser Jon Jones au sommet du nouveau classement pound-for-pound (toutes catégories confondues) de l’organisation américaine publié dans quelques heures? Juste après sa victoire, au micro de Joe Rogan, l’intéressé a annoncé se considérer comme assis tout en haut de la pyramide. Difficile, si on regarde bien, de lui donner tort.

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Alors que l’officialisation de la retraite de Khabib Nurmagomedov a permis à "Bones" de remonter sur le trône et au "Nigerian Nightmare" de prendre la deuxième place, les récentes performances de ce dernier – et un parallèle avec celles du premier – font plus qu’ouvrir le débat. Toujours invaincu à l’UFC, où il a signé quatorze victoires en autant de combats pour s’offrir la deuxième plus grosse série de succès de l’histoire de la principale organisation de combats de MMA derrière les seize de la légende brésilienne Anderson Silva, Usman a des arguments à faire valoir. Et des bons. On a longtemps reproché à l’ancien lutteur lycéen/universitaire un côté un peu "chiant" dans ses victoires trop souvent obtenues à la décision, avec sa façon d’asphyxier les adversaires au sol pour "briser leur volonté" (comme il aime le répéter), et des manques criants sur le plan du striking et de sa capacité à éteindre la lumière avec ses poings.

Autant d’éléments qui ont désormais disparu de la colonne négative. S’il n’avait signé qu’un seul KO et une soumission sur ses dix premiers combats à l’UFC, tout le reste terminant à la décision (toujours unanime) dont le dernier pour conquérir la ceinture face à Tyron Woodley, le Nigérian qui reste sur dix-huit succès de rang en MMA a depuis renversé la tendance: trois de ses quatre défenses du titre des welters ont été conclues sur KO/TKO, contre Colby Covington, Gilbert Burns et Jorge Masvidal, avec une seule décision lors du premier combat contre ce dernier en juillet 2020. Ses deux dernières sorties, les victoires sur Burns et Masvidal, n’ont à aucun moment convoqué le champ lexical de l’ennui.

De plus en plus complet et en progrès

Pour ce qui est du striking, il suffit de voir la façon dont l'homme qui n'a toujours pas subi le moindre takedown (amenée au sol) ou passé du temps "en-dessous" au sol en près de 3h45 de combat à l'UFC – dont plus de la moitié du temps en position de contrôle – a fini "Gamebred" ce samedi pour mesurer ses progrès. Face à un adversaire bien plus réputé que lui pour sa foudre dans les poings, et devant une salle comble (première en sport professionnel depuis le début de la pandémie de Covid) acquise à la cause de son rival, chouchou local en Floride, Usman a offert un modèle de droite pour coucher le combattant américain d’origine cubaine. La conséquence, qu’on voit entre autres dans son placement et son jeu de jambes, du travail effectué ces derniers mois à Denver sous les ordres de Trevor Wittman, coach rejoint en 2020 qui l’a guidé sur ses trois derniers combats et notamment connu pour la précision de son striking, à l’image d’une autre représentante de son groupe, Rose Namajunas, victorieuse de Weili Zhang à l'UFC 261 pour reconquérir le titre des pailles.

De plus en plus complet, Usman donne l’impression de progresser à chaque sortie. Au sommet de son art, déjà, mais peut-être pas encore la meilleure version de lui-même. La concurrence de celui que l’on n’a presque jamais vu en danger peut prendre un peu plus peur… Le débat avec Jones, lui, joue plus sur les effluves du passé récent. L’ancien roi des lourds-légers, en pleine transformation physique pour aller conquérir les lourds… s’il ne se montrer pas trop gourmand financièrement aux yeux de son patron Dana White (le combat contre le champion Francis Ngannou reste pour l’instant au point mort en raison de ses demandes sur ce plan), est un combattant extraordinaire, souvent placé par les spécialistes tout en haut de la hiérarchie des meilleurs de tous les temps. Mais ses deux dernières apparitions dans la cage, des victoires par décision sur Thiago Santos puis Dominick Reyes, n’ont pas été à la hauteur du talent du bonhomme, au point de voir certains penser qu’il avait été battu une fois (Santos) voire deux mais avait profité d’une bienveillance des juges.

Il a "nettoyé" les welters

Il n’a en outre plus combattu depuis février 2020. Dans l’intervalle, Usman est monté trois fois dans l’octogone pour trois victoires qui n’ont pas laissé la place au doute, les deux contre Masvidal et celle face à son ancien partenaire d’entraînement Burns. Sur l’impression du moment, et on sait combien elle influence un débat aussi subjectif, il est au-dessus, tout simplement. D’autant que le garçon a "nettoyé" sa catégorie, comme Jones avant lui chez les lourds-légers, avec un seul membre du top 5 qu’il n’a pas encore battu (Stephen Thompson), domination symbolisée par son obligation de retrouver dans la cage des combattants qu’il a déjà battus (Covington est le prochain après Masvidal, aussi choisi pour sa capacité à rapporter gros sur les ventes de pay-per-views) pour se trouver des défis.

S’il faudra encore voir Usman, trente-trois ans, pousser son règne quelques temps et imiter des Silva (dix défenses sur un règne), Jones (onze défenses en tout) ou Georges St-Pierre (neuf défenses sur un règne) avant de l’intégrer dans la conversation sur le "GOAT" (meilleur de tous les temps) de l’UFC, ce qui pourrait bien arriver dans le futur s’il poursuit sur ce rythme, cela ne l’empêche pas de se rapprocher à grands pas de GSP ou Matt Hughes pour celle sur celui des welters, catégorie où il est égalité avec Pat Miletich derrière eux à la troisième place du nombre de combats pour le titre remportés avec cinq.

Et si Khabib...

En quelques mois, le champion dominateur a pris une nouvelle dimension. Celle qui nous fait confirmer l’assertion: Kamaru Usman est le meilleur combattant de l’UFC, et du MMA tout court, toutes catégories confondues. Mais si Khabib veut nous faire mentir et sortir de sa retraite pour monter de catégorie et nous offrir un défi de champions spécialistes du sol invaincus à l’UFC qui ferait saliver tout le monde (mais sur lequel Usman a toujours déclaré qu’il ne souhaitait pas combattre son "frère" Nurmagomedov à cause du "respect mutuel" entre les deux), aucun souci, on est très preneur.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport