RMC Sport

UFC: Usman-Burns, petite bagarre entre amis

Ils ont été partenaires d’entraînement pendant huit ans et ont partagé environ 200 rounds de sparring. Mais ce samedi soir à Las Vegas, à l’UFC 258 (en direct et en exclusivité sur RMC Sport 1 à partir de 4h dans la nuit de samedi à dimanche), les deux vont se disputer la ceinture des welters de l’UFC. Focus sur la relation entre le Nigérian Kamaru Usman, champion invaincu à l’UFC, et son challenger brésilien Gilbert Burns, une amitié qui entoure leur combat de points d’interrogation.

Ils savent tous les deux. Et chacun sait que l’autre sait. Ou peut-être qu’ils savent sans vraiment savoir. Avant de se retrouver dans l’octogone ce samedi soir à Las Vegas pour l’UFC 258, ceinture des welters en jeu, le champion Kamaru Usman et son challenger Gilbert Burns partagent une chose: ils savent. "J’aime le fait qu’il soit si confiant à l’approche de ce combat, a lancé le premier en conférence de presse. Il a travaillé pour. Sur la dernière année et demie, il a fait du très bon boulot. Je le vois, je le reconnais et je lui dis bravo pour ça. Mais nous savons tous les deux ce qui va se passer." Et le second de lui répondre: "Il sait que je peux le soumettre n’importe où, n’importe quand, dans n’importe quelle position. Il le sait et il va faire attention à ça car il en est conscient. Il dit que les gens savent qui va gagner… Oh oui. Il le sait."

>> L'UFC revient sur RMC Sport, abonnez-vous ici pour ne rien manquer de toutes les soirées de l'année!

Le Nigérian et le Brésilien ne sont pas devins. Mais s’ils la jouent comme ça, c’est que leur affrontement possède une saveur très particulière. Si vous aimez les rivalités poussées à leur paroxysme, où les insultes fusent autant que les coups, ce combat n’est pas fait pour vous. Aucune animosité d’un côté ni de l’autre. Usman et Burns ne se lanceront jamais de noms d’oiseaux à la figure. Ils ne renieront pas leur passé, leur amitié, le respect mutuel. "The Nigerian Nightmare" et "Durinho", qui ont fait leurs débuts à l’UFC à neuf mois d’intervalle en 2015 et 2014, ont partagé les mêmes séances d’entraînement pendant huit ans. Quand il déménage en Floride pour lancer sa carrière en MMA, en 2012, Usman rejoint l’équipe des Blackzilians, où Burns arrive peu après. Ils suivent ensuite tous les deux Henri Hooft, leur coach néerlandais spécialiste du kickboxing, quand il monte sa salle Hard Knocks 365 – depuis rebaptisée Sanford MMA – en 2017.

En tout, Hooft estime que les deux ont sparré ensemble "environ 200 fois", des séances "dures et folles" dixit Burns. Ils préparaient chaque combat ensemble. On a même déjà vu Usman dans le coin de Burns. De quoi connaître l’autre par cœur et "savoir" avant même de partager l’octogone. "Quelqu’un sait ce qui va se passer, s’en amusait Daniel Cormier, ancien champion des lourds et des lourds-légers, dans l’émission DC & Helwani sur ESPN+. Rashad Evans le savait. Quand il a affronté Jon Jones, il le savait. Je le savais aussi! Je le savais! C’est pour ça que je ne l’ai pas fait. Je me disais: 'Je ne peux pas battre ce gars!' Surtout au moment où on en parlait. Je ne peux pas battre Cain Velasquez!" "DC" fait référence au combat entre Jon Jones et Rashad Evans, anciens partenaires d’entraînement devenus meilleurs ennemis, pour la ceinture de lourds-légers à l’UFC 145 en avril 2012. Et à son refus de monter chez les lourds pour son partenaire d’entraînement Cain Velasquez quand ce dernier était champion de la catégorie.

"Je lui ai fait mal, il m'a fait mal"

Selon lui, affronter un ancien ou actuel coéquipier donne un avantage psychologique à celui qui avait l’habitude de dominer l’autre. Et les intéressés, qui partagent le même manager, ils en pensent quoi? "On s’est entraîné tellement d’heures ensemble, se souvient Burns pour MMA Fighting. On a fait quelques guerres. Je lui ai fait mal quelques fois, il m’a fait mal quelques fois. Je connais beaucoup de choses sur lui et il connaît beaucoup de choses sur moi. Je ne sais pas s’il est bon ou mauvais de connaître ce gars autant que je le connais. J’utilise ce que je sais de lui pour ma stratégie mais c’est pareil pour lui donc il est difficile de dire si ça me bénéficie ou non. Je pense que c’est le cas car je sais à quel point je dois être prêt pour lui et je travaille pour cela. Mais lui aussi. Je ne sais pas si ça aide autant que ça. On va bientôt savoir."

Usman fait le même constat. Mais précise qu’il n’y a plus d’amitié qui compte une fois la cage fermée. "C’est vraiment différent car tu l’as senti, explique le champion des welters à MMA Fighting. Tu connais les choses sur lesquelles tu as un avantage et ils les connaissent aussi. Tu sais sur quoi ils sont forts. Ça rend les choses un peu différentes. Mais en ce qui me concerne, je ne vois aucun visage. Je suis assis au sommet de la montagne. C’est lui qui a voulu ce combat. Ce sont ces gars qui se disent: 'On veut ce qu’il a, on veut prendre son assiette et manger sa bouffe'. Si tu veux ce que possède, je dois le défendre. Je dois aller leur montrer pourquoi je suis au sommet. Je dois chaque fois être le même sauvage qui vient défendre ce qu’il a. C’est différent dans un sens, oui, mais quand ils montent dans la cage, ils sont tous les mêmes pour moi."

Kamaru Usman (de face) contre Colby Covington en décembre 2019
Kamaru Usman (de face) contre Colby Covington en décembre 2019 © AFP

L’UFC en a tiré une bande-annonce au titre évocateur: "Ce n’est pas personnel, c’est du business". Avec tout ça, le duel entre le lutteur nigérian et le spécialiste du jiu-jitsu brésilien était déjà fascinant. Une partie d’échecs où on se demande comment chacun va utiliser sa connaissance de l’autre, où aucun n’a besoin d’étudier la vidéo pour préparer son gameplan. Il l’est encore plus depuis juin dernier, quand Usman a quitté Sanford, Hooft et Burns pour rejoindre le Colorado et coach Trevor Wittman, qui s’occupe notamment de Rose Namajunas et Justin Gaethje. Burns, d'un an son aîné, avait un jour blagué sur le fait qu’il devrait préparer un combat contre Usman… en sparrant Usman. Cela n’aura finalement pas été le cas. Quelques semaines plus tôt, le Brésilien avait battu l’ancien champion Tyron Woodley – à qui Usman avait pris la ceinture en mars 2019 – et s’était positionné en challenger pour sa ceinture.

Avec un combat programmé au 12 juillet, puis annulé en raison d’un est positif au Covid-19 pour le Brésilien et reprogrammé en décembre avant une nouvelle annulation, le premier Nigérian champion à l’UFC – Israel Adesanya l’a été après lui – avait choisi de s’éloigner pour mieux préparer le choc fratricide. "J’étais arrivé à un moment où j’avais besoin de certaines choses pour pouvoir grandir, admet-il. Avec le temps, j’ai senti que j’avais besoin d’un peu plus. C’est difficile d’avoir ça quand vous êtes dans une équipe où il y a trente combattants et où vos coaches partent presque toutes les semaines dès le milieu de la semaine. Cela complique les choses pour obtenir l’attention personnelle dont vous avez besoin pour rester au top. Vers la fin, je n’avais pas l’impression d’avoir ça à 100%. Il y a d’autres choses sous-jacentes qui sont arrivées, dont je n’ai pas envie de parler maintenant, et qui ont aidé à pousser vers cette décision plus tôt et plus vite mais c’était quelque chose que je voulais depuis longtemps."

Vrai combat, vrais enjeux

Il dit avoir trouvé son bonheur chez Wittman, qui loue "son éthique de travail et son humilité" (il n’hésite pas à demander des conseils à Namajunas et Gaethje) et évoque "une relation déjà forte avec lui". Et avec tous les contretemps, il a pu travailler (et évoluer) quelques mois de plus avec son nouveau coach avant les retrouvailles dans l’octogone. L’intrigue grandit: le Kamaru version UFC 258 sera-t-il différent du Usman avec lequel Burns était habitué à sparrer? Jorge Santiago, coach de jiu-jitsu brésilien chez Wittman, dit que "Usman est un tout autre combattant". Mais Burns le connaît mieux que quiconque ou presque, et inversement d’ailleurs, et ne sera quoi qu’il arrive pas complétement surpris. Les deux ont passé du temps à rendre l’autre meilleur et vont maintenant faire face au résultat. Mais pour la première fois, ils vont s’affronter dans un vrai combat avec de vrais enjeux.

Alors, qui saura le mieux adapter sa stratégie? A qui bénéficiera le passé? A Burns, qui a pu s’appuyer sur une salle où tout le monde connaît les forces et faiblesses d’Usman? "C’est la chose sur laquelle je pense avoir un avantage, répond l’intéressé. Il a quitté l’équipe mais tous les coéquipiers qui m’ont aidé à me préparer pour ce combat le connaissent très bien et chacun a pu me dire des choses comme: 'Oh, il fait ça bien, fais attention à ça' ou 'Tu vas le toucher avec ça'. Leurs conseils étaient très bons, ceux des coaches aussi. Si c’était juste entre Kamaru et moi, ouais, ce serait du 50-50, je le connais et il me connaît. Mais la différence avec les coéquipiers et les coaches me donnent un petit avantage."

Gilber Burns (en haut) contre Mike Davis en avril 2019
Gilber Burns (en haut) contre Mike Davis en avril 2019 © AFP

A Usman qui a pu se préparer autrement ces derniers mois mais qui sait comment Burns travaille chez Sanford (et qui a peut-être encore des taupes là-bas pour le renseigner)? "Je pense que c’est un énorme avantage, répond Wittman sur le site de l'UFC. Burns est resté dans la même équipe donc Kamaru le connaît bien. Mais Burns ne connaît pas le Kamaru de la dernière année. C’est un Kamaru différent. Je ne prends aucun crédit dans le fait d’avoir fait de Kamaru un champion mais j’en prends pour l’avoir encore amélioré et avoir rempli les trous qui lui restaient. On veut montrer qu’il est devenu un animal différent." Henri Hooft n’a pas coaché Burns pour ce combat et ne sera pas dans son coin. Vu son passé avec les deux, il préfère rester neutre et leur rendre hommage sur Instagram: "Je suis fier de voir deux de mes gars au sommet de leur discipline. (…) Je sais que le meilleur va gagner mais pour moi ils sont tous les deux des gagnants." Il en faudra pourtant un. Qui devra sans doute éviter un écueil: trop se concentrer sur l’adversaire car on le connaît trop bien.

"C’est un peu bizarre car je ne veux pas trop aller voir le coach et lui dire: 'Qu’est-ce que tu en penses?' Je ne veux pas faire ça, explique le Brésilien. Ce n’est pas moi. Je veux me concentrer sur mes techniques, sur ce que je sais faire, et les améliorer. Je ne veux pas me concentrer trop sur Kamaru. Je veux me concentrer sur moi." Burns, au punch plus dévastateur et qui dit avoir "progressé partout" depuis le départ de son ami, trouvera-t-il la clé pour faire chuter un champion dominant et toujours invaincu à l’UFC (en cas de victoire il dépasserait la légende Georges St-Pierre pour la plus belle série de victoires chez les welters dans l’organisation)? Il reconnaît que la chose ne sera pas facile, car il sait mieux que quiconque qui se trouve en face, mais compte sur ce qui le sépare pour rafler la ceinture: "Kamaru cherche d’abord à dominer son adversaire. Il veut vous dominer, vous mettre en difficulté, vous fatiguer et vous faire mal ensuite. Je suis différent de lui. Je veux te finir, je veux te faire mal, te mettre KO, te soumettre. Si je ne peux pas, alors je pense à dominer. Mais je pense d’abord à finir."

"On a fait abstraction de tout ça"

De l’autre côté, Usman aura-t-il la formule pour écarter celui qu’il connaît si bien? Et sera-t-il aussi motivé pour faire mal à un ami que face à l’irrespectueux Colby Covington ou contre le chambreur Jorge Masvidal, les combattants battus pour ses deux premières défenses du titre? "Affronter un ancien coéquipier ne donne pas de motivation en plus à Kamaru, même pas un peu, précise Wittman. On a fait abstraction de tout ça. J’ai passé du temps pour que Kamaru ne voie pas Burns comme un ancien coéquipier et ami. Le but de Burns est de prendre tout ce pourquoi Kamaru a travaillé si dur et si je pense qu’ils peuvent rester amis après le combat, Kamaru doit mettre fin aux aspirations de titre de Burns." Le combat est moins "vendeur" que d’autres mais tape dans le haut du panier sportif. Il est ultra intriguant, surtout. On a compris pourquoi.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport