RMC Sport
Amale "French Hope" Dib avant un combat à NXT UK en janvier 2021

Amale "French Hope" Dib avant un combat à NXT UK en janvier 2021 - WWE

D'instit' à la WWE, la trajectoire de rêve d'Amale

Entre les cordes, elle devient Amale "French Hope". Première Française recrutée par la prestigieuse WWE, principale organisation de catch professionnel, Amale Dib vit son rêve d’enfance et donne espoir à celles et ceux qui aimeraient suivre sa route. Portrait d’une femme qui n’a rien lâché pour atteindre son but, au point de jongler un temps entre le catch et son travail de professeure des écoles, et qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.
Publié le

Elle a déjà marqué l’histoire de sa discipline dans son pays. Et elle se charge d’imprimer son drapeau sur les lèvres de ses opposantes. Amale "French Hope" fait parfois embrasser l’étendard tricolore sur son poignet droit à ses adversaires. De force. Bien dans son rôle de "heel" – méchante, pour résumer – qui cultive l’arrogance. "J’aime me faire détester et huer par le public", glisse-t-elle dans un sourire. Quand on parle à Amale Dib, vingt-sept ans, l’interlocutrice est calme, tranquille, loin de la provocation. Mais "French Hope" (l'espoir français) est un personnage. Celui embrassé par Amale pour sa carrière de catcheuse.

Particularité de la jeune femme? Amale est la première Française à avoir signé (en 2020) avec la prestigieuse WWE, plus grande organisation de catch professionnel à travers la planète, dans la branche NXT UK (où on trouve également une arbitre française) basée en Angleterre. "J’affiche mon pays dans mon nom de scène, sur mes tenues, explique-t-elle. C’est clairement une fierté." La réalisation d’un rêve, aussi, mais surtout le début d’une grande aventure. "Je n’ai pas envie qu’on ne se rappelle de moi que pour ça, confirme-t-elle. J’ai encore plein de choses à prouver, plein de choses à faire."

Amale "French Hope" Dib avant un enregistrement de NXT UK en septembre 2020
Amale "French Hope" Dib avant un enregistrement de NXT UK en septembre 2020 © WWE

C’est l’histoire de sa carrière. Pour atteindre la WWE, Amale n’a pas connu une voie royale. Normal: elle vient de France, pays à la culture catch au ras des pâquerettes au contraire de voisins comme la Grande-Bretagne ou l’Allemagne même s’il a fourni un des plus grands noms de l’histoire avec Andre The Giant, l’homme qui revient dans la bouche des fans et des employés de la WWE "quand ils pensent catch français" alors qu’il est décédé depuis… 1993. "Partout en Europe, il y a des structures, beaucoup de fans, c’est dans la culture, mais pas du tout chez nous, confirme-t-elle. Je pense que c’est le côté spectacle qui a été mal perçu depuis des années et qui est malheureusement resté."

"Tout fait mal"

Demandez donc à des inconnus dans la rue. A la première évocation du mot catch, d’autres tombent presque à coup sûr. Du chiqué. Du faux. Pas du sport. Amale, qui veut "redorer le blason" de sa discipline, explique que cette vision est en train d’évoluer, notamment via les médias: "On me pose plus rarement des questions comme: 'Est-ce que le catch est faux?' Les gens sont en train de comprendre que c’est aussi du sport, pas que du spectacle, et c’est aussi l’image que je veux donner." Ses parents, qu’elle "appelle toujours avant (s)es combats pour leur expliquer ce qui va se passer", sont "fiers" et "suivent ça de près". Mais maman a "un peu de mal à regarder (s)es combats": "Elle n’aime pas trop quand je me fais malmener. C’est compliqué de voir son enfant se faire du mal."

Dans le catch, la notion de compétition n’existe pas dans sa définition pure, les résultats des combats étant définis à l’avance, mais la performance reste sportive. Le corps à rude épreuve, au contraire de ce que beaucoup croient. "C’est une idée reçue que tous les gens ont, même moi avant de commencer, explique Amale. Ça vient du fait que les stars rendent ça aussi fluide à la télévision mais ce sont des professionnels qui s’entraînent plusieurs heures par jour pour arriver à ça. Quand on monte sur le ring, courir dans les cordes fait mal, chuter fait mal, se prendre des coups fait mal. Tout fait mal, et il faut garder cette lucidité et continuer le match tout en encaissant les coups."

Être catcheuse ne consiste pas à apprendre un scénario. Il faut d’abord travailler son physique, comme tout sportif pro. "Quand je suis à Londres, au Performance Center de la WWE, c’est tous les jours, poursuit la combattante française. On a une heure à la salle de sport avec un coach, deux heures sur le ring, des heures à analyser les matches et à préparer nos promos au micro. On passe toutes nos journées là-bas. Et quand je suis en France, je m’entraîne quasi tous les jours à la salle de sport pour garder ce physique, pouvoir continuer d’encaisser les chocs, se relever rapidement. Le cardio est aussi très important dans le catch."

Amale "French Hope" Dib lors d'un combat à NXT UK en septembre 2020
Amale "French Hope" Dib lors d'un combat à NXT UK en septembre 2020 © WWE

Une discipline associée avec le mot wrestling – lutte en français –, présent dans le nom complet de la WWE (World Wrestling Entertainment). Logique, donc, de voir les sports de combat trouver leur place au menu. "J’ai fait du MMA, raconte Amale. Dans le catch, il y a des bases de lutte. Il faut avoir les positionnements, les gestes. Le grappling, c’est beaucoup de soumissions donc on peut aussi s’en servir. Même sur les attitudes. Quand on est dans un combat de lutte, par exemple, on est assez agressif, ce qu’on a aussi besoin d’avoir quand on fait du catch." Ken Shamrock, Dan Severn, Ronda Rousey et Cain Velasquez, tous passés par le MMA avant le catch (Phil Brooks, a.k.a. CM Punk, a fait le chemin inverse sans réussite), peuvent confirmer.

"J'étais assez loin du rêve américain"

Covid oblige, Amale ne pratique plus le MMA en ce moment. Mais elle n’oublie pas ce que les connexions dans ce milieu peuvent lui apporter. "Mon but est de me rapprocher le plus possible des autres sports de combat pour ouvrir un peu plus l’esprit des gens, essayer de faire des vidéos sur les réseaux sociaux avec des combattants de MMA, leur montrer que le catch aussi ça fait mal. Si ces avis viennent de personnes comme ça, les gens comprendront que c’est vraiment du sérieux. Dans la tête des gens, ce sera toujours plus gratifiant de dire que tu fais du MMA ou de la boxe plutôt que du catch car il y a ce côté un peu plus réel. Mais pas du tout en fait."

Il suffit de regarder son parcours. Qui force le respect et mérite la lumière. Amale découvre le catch "vers douze-treize ans", avec ses proches. "Mon père était un grand fan et c’est devenu un petit rituel en famille: on regardait tous ensemble avec mes frères. Je suis tombée amoureuse de la discipline, le côté spectacle lié au sport, les entrées, le show… Je n’avais jamais vu ça ailleurs et j’avais envie d’essayer." Une amie elle aussi fan découvre une école pas loin (sa famille habitait sur Béziers) et les deux partent voir un show de cette structure avant de se décider à pousser la porte. Pour une révélation. "C’était assez compliqué au début, se souvient-elle, les premières chutes, les maux de tête, les bleus. Mais dès le premier entraînement, je savais que c’était ce que je voulais faire pour le reste de ma vie."

Elle lance l’idée à ses parents. Qui ne sont "pas du tout d’accord". Un peu de catch, pourquoi pas, mais les études restent la priorité. Un Master de droit pénal en poche, elle décide de "faire ce dont (elle) a vraiment envie" et monte dans le nord de la France reprendre son histoire entre les cordes. "Dans le sud, il n’y avait pas d’école pour aller plus loin, ni de shows pour pratiquer. Dans le nord, j’ai commencé à catcher un peu partout en France. J’ai beaucoup travaillé à l’APC, à Nanterre, par exemple." Elle remporte le titre de l’European Catch Tour Association, dans le Nord-Pas-de-Calais, et celui de la Fédération française de catch professionnel. Elle va aussi catcher en Californie, dans de petites structures. "Mais j’étais assez loin du rêve américain. J’ouvrais les yeux sur la réalité du catch en France et j’ai failli le mettre encore de côté."

Amale "French Hope" fait son entrée sur le ring de NXT UK en septembre 2020
Amale "French Hope" fait son entrée sur le ring de NXT UK en septembre 2020 © WWE

Un nouveau Master, en éducation, lui permet de devenir professeure des écoles après avoir passé le concours en 2016. Mais la même année, en 2018, la WWE lui propose un essai en Allemagne. "Je me suis dit: 'S’ils te disent oui, tu continues, sinon c’est que tu n’es pas faite pour ça'. La WWE est le rêve ultime de beaucoup de catcheurs et s’ils te disent non, il n’y a pas de raison de continuer. C’était ma vision à l’époque." La WWE observe une catcheuse "avec du potentiel" mais qui doit "prendre de l’expérience" car elle ne possède pas assez "les automatismes nécessaires". Suffisant pour maintenir la flamme. Mais il faut progresser, catcher, catcher et encore catcher.

Professeure et catcheuse

Direction l’Allemagne et l’académie de la wXw (westside Xtreme wrestling), une des plus grosses fédérations européennes, affiliée à la WWE, où elle fait ses débuts sur le ring en mars 2019. "Je ne pouvais pas aller plus loin en France car les structures n’étaient pas professionnelles. Il n’y avait pas de vrai coach avec un vrai background, pas assez de shows alors que l’expérience s’acquiert en catchant devant un public. Je ne voyais que la wXw pour m’apporter ce que la WWE recherchait." La professeure pour des petits bouts de chou la semaine, à Auneil, dans l’Oise, se transforme en catcheuse sous le nom "Amale Winchester" (puis Amale toute court) le week-end. Drôle de grand écart.

"Je prenais la voiture et je conduisais cinq heures pour aller en Allemagne, où on faisait encore de la route tous ensemble pour aller sur les shows. Il m’arrivait de catcher le dimanche et j’arrivais à Beauvais à six heures du matin le lundi pour aller direct à l’école. Je ne vivais pas encore du catch donc j’étais obligée de continuer mon métier. C’était une période assez compliquée mais voir les enfants me donnait du courage et j’aimais les deux côtés de ma vie." Devenue championne de la xWx, titre qu’elle détient toujours, sa double vie fait l’objet de plusieurs reportages et elle n’hésite pas à ramener sa ceinture à ses élèves. "Ils étaient très contents, et même les parents d’élèves étaient admiratifs. C’était cool." Ses absences pour arrêt maladie poussent l’inspection académique à titulariser un prof remplaçant à sa place. Pas grave. Car un mail va tout changer.

"Après le premier essai avec la WWE, j’ai travaillé à faire tout ce que je pouvais pour m’améliorer pour qu’ils me remarquent et un an après, ils m’ont envoyé un mail pour me dire qu’ils allaient me prendre à NXT UK pour un essai. Ils ne me proposaient pas tout de suite un contrat, il fallait encore que je prouve des choses. J’ai donné tout ce que j’avais." Nous sommes en novembre 2019. Quelques mois plus tard, le contrat tombe. La WWE lui ouvre ses portes. "Je n’y croyais pas trop au début car quand ils m’ont proposé un contrat, tout était en train de fermer avec le Covid. Je n’ai pas osé le dire tout de suite à mes parents car j’avais peur que ça ne se fasse pas à cause de ça. Mais quand j’ai eu le retour de mon contrat signé, je suis retourné dans le sud leur montrer et c’était l’explosion de joie. Quand j’y repense, j’ai les larmes aux yeux."

Amale "French Hope" Dib prend la pose pour les photographes de la WWE en octobre 2020
Amale "French Hope" Dib prend la pose pour les photographes de la WWE en octobre 2020 © WWE

Le "rêve" est devenu réalité. Comme un pied-de-nez, aussi, à ceux qui n’ont pas cru en elle. "Quand j’étais jeune et que j’aimais le catch, on se moquait de moi à l’école et maintenant ces mêmes personnes m’envoient des messages et sont fans de moi. Il y a aussi les promoteurs qui n’ont pas voulu me booker ou me mettre en avant et qui maintenant essaient de m’envoyer des messages pour m’avoir sur leurs shows. C’est une belle revanche sur la vie mais il faut avancer, ne plus penser à ces moments-là. Des gens m’attendent au tournant et on va essayer de ne pas tourner. (Rires.)" Les frissons accompagnent sa première dans la prestigieuse organisation: "On aurait dit une petite fille qui allait à son premier show. C’était assez émouvant et ça me donnait envie de me dépasser pour leur montrer que j’en valais la peine."

Des promos seule en voiture

Le contrat, sur deux ans et renouvelable, lui permet de ne plus avoir à travailler à côté. Un cercle vertueux du progrès. "Je peux me concentrer sur mon physique, mon travail dans le ring, aller à la salle de sport, bien me faire à manger. Ça fait du bien de ne pas devoir penser à autre chose." Les tournages se font à Londres, dans les locaux de la chaîne BT, pour l’instant toujours sans public, avec plusieurs épisodes enregistrés d’un coup après quelques jours passés au Performance Center. Où celle qui a "décidé de la plupart des caractéristiques de (s)on personnage" peut également travailler ses promos, les passages au micro qui permettent de "vendre" les rivalités. "On a des coaches, des profs de théâtre qui nous aident. Parfois, quand je faisais cinq heures de route pour aller catcher le week-end, je me donnais un sujet dans la tête et je faisais une promo, je parlais toute seule pendant le trajet. (Sourire.) C’est assez fun à faire. Au début, je détestais ça. Je n’en avais jamais fait avant la xWx. Je n’aimais pas du tout parler devant des gens avec un micro mais je me suis rendu compte que c’était une grosse partie dans ce business et je m’y suis mise."

Amale a trop galéré sur la route pour s’arrêter en si bon chemin. Ses objectifs sont encore nombreux. La ceinture de championne NXT UK, d’abord, puis rejoindre le NXT originel à Orlando, en Floride, cadre du Performance Center américain de la WWE. Il y a les rosters des émissions principales, celles qui passent le plus à la télé, Raw et SmackDown, qui "restent le rêve" et où on retrouve les plus grandes stars de l’organisation dont son idole Mickie James, contre qui elle admet que se mesurer serait "fou", mais aussi Charlotte Flair, Sasha Banks, Asuka ou encore Bianca Belair. "Catcher ces femmes-là serait un rêve et me permettrait de m’élever grâce à leur expérience." Il y a aussi les gros événements annuels, au premier rang desquels WrestleMania, "le Super Bowl du catch, le rêve ultime de tout catcheur".

Il y a enfin l’espoir, comme le dit son surnom, donné à tous les jeunes Français et Françaises qui rêvent de WWE. "J’ai gagné plus de 10.000 followers sur les réseaux depuis ma signature et je reçois plein de messages de gens qui me disent: 'Moi aussi j’en envie d’être catcheur et j’ai vu que c’était possible grâce à toi'. C’est aussi pour ça que je me bats, cette idée d’une porte ouverte." Avec quels conseils pour celui ou celle qui voudrait se lancer? "Trouver une école et essayer, déjà, car ce n’est pas fait pour tout le monde. Il y a quand même des structures un peu partout en France, même si elles ne vont pas leur permettre d’être vus à l’international, et c’est bien pour commencer. Ensuite, malheureusement, il faut aller à l’étranger pour se perfectionner. Mais le vrai conseil que je donnerais, c’est de continuer ses études à côté et d’avoir un bagage car on ne sait jamais de quoi l’avenir est fait."

Amale "French Hope" Dib lors d'un combat à NXT UK en novembre 2019
Amale "French Hope" Dib lors d'un combat à NXT UK en novembre 2019 © WWE

Le sien s’annonce brillant. Fondateur et producteur de NXT, mais aussi vice-président exécutif de la stratégie et du développement des talents mondiaux pour la WWE, Paul Levesque – mieux connu sous le nom Triple H avec lequel il a été un des plus grands catcheurs de l’histoire de l’organisation – le confirme à RMC Sport: "Amale est un talent incroyable. Je la considère comme le futur à plein de niveaux. Comme pour tout le monde, c’est à elle de travailler pour faire quelque chose de ce talent. Mais je suis très excité de l’avoir dans notre compagnie et je continuerai à chercher des talents comme elle partout, en France comme ailleurs." Classée cinquante-et-unième du top 100 des meilleures catcheuses au monde par le magazine spécialisé Pro Wrestling Illustrated en 2020, Amale a ouvert la porte. A celles et ceux qui veulent lui succéder de suivre le chemin.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport