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Masomah Ali Zada, sélectionnée aux Jeux: "Je veux montrer que c’est normal de faire du vélo"

Elle a fui son pays, sous la menace terroriste des Talibans et aujourd’hui elle peut réaliser son rêve : participer aux Jeux olympiques avec l’équipe des réfugiés en tant que cycliste. A 23 ans, Masomah Ali Zada est la première réfugiée française à faire partie de la pré-sélection du Comité International Olympique.

(EDIT 08 juin 13h03: La liste du CIO est tombée et Masomah Ali Zada est officiellement sélectionnée aux JO)

"C’est un beau souvenir que je sois vivante", c’est avec ces mots forts que Masomah résume son enfance en Afghanistan, entre l’Iran et le Pakistan. Pendant de nombreuses années, la famille Ali Zada a vécu sous la menace des attaques terroristes des Talibans: "en Afghanistan on ne sait pas si dans une heure ou le lendemain, on sera vivant. Il y a des attaques n’importe où et on ne sait jamais, on vit comme ça sans savoir ce qu’il va se passer." Malgré ce danger omniprésent, Masomah ne garde que de bons souvenirs de son pays d’enfance. Dans son petit appartement en région lilloise, où elle étudie à l’université en génie civil, de gros albums photos lui redonnent le sourire en les feuilletant: "j’aime beaucoup les souvenirs, c’est pour ça que j’ai beaucoup de photos. Je garde de beaux souvenirs de là-bas, les pires aussi, mais surtout des beaux, comme quand j’allais à l’école ou chez des amis pour des anniversaires." Arrivée en 2017 en France, elle est venue, avec sa sœur, à Villeneuve d’Ascq, pour continuer ses études, ses parents et ses frères se sont installés à Orléans. "Si j’arrive à avoir mon diplôme en génie civil j’aurais une vie plus simple, je pourrais avoir un travail que j’aime bien, qui m’intéresse", explique la jeune femme.

"Sur le vélo on cachait que l’on était des filles"

Alors malgré une deuxième année de licence non validée l’année passée, Masomah s’accroche. Ses journées sont bien remplies, cours en visioconférence puis direction l'entraînement. Ce jour-là, elle enfile sa tenue fétiche, celle de son pays. Un haut noir aux couleurs du drapeau afghan et sous son casque un voile noir. C’est d’ailleurs en Iran, pendant un exil de presque neuf ans, que Masomah découvre le vélo: "j’avais 7 ou 8 ans, c’est mon père qui, à mes deux sœurs et moi, a fait découvrir le vélo. En Iran, c’est un loisir, c’est quelque chose que l’on fait pour le plaisir. Dans ce pays, faire du vélo c’est normal." A la grande différence de l’Afghanistan. Elle a pu intégrer la première équipe nationale de cyclisme du pays dès le retour d’Iran en 2006. "Quand on était sur un vélo, on ne montrait pas que l’on était des filles, on cachait notre visage, on portait des lunettes et les gens pensaient que l’on était des garçons, sinon c’était trop dangereux." Jusqu’au jour où Thierry Communal, entraîneur de vélo en France, découvre via un reportage télévisé, la vie de ces jeunes femmes musulmanes, les "petites Reines de Kaboul", qui bravent l’interdit au dépend de leur vie.

"Une deuxième famille sur qui on peut compter"

Thierry décide avec son père, ancien avocat, touché par leur histoire, de lancer les démarches administratives pour accueillir toute la famille Ali Zada sur le sol français. Une nouvelle vie qui commence en Bretagne, dans la maison familiale des Communal. "Si Thierry n’avait pas été là, ça aurait été dur mais grâce à lui et à sa famille on n’était pas perdues, on sait que l’on a une deuxième famille sur qui on peut compter." Très vite, l’idée des Jeux olympiques vient en tête de la jeune femme raconte Thierry Communal, devenu son entraineur: "je lui posais la question de savoir ce qui était plus important pour elle, les études ou les JO. Et elle avait ce rêve olympique. Un jour je me suis dit on va écrire aux instances internationales, je pensais que l’on allait avoir des refus et au final les portes se sont ouvertes." Mais l'épidémie de Covid-19 est venue mettre quelques bâtons dans les roues, moins de compétitions et un an de plus à attendre.

"Sportivement elle n’est pas au niveau des meilleures"

Il a fallu s’adapter, patienter mais la cycliste a de l’ambition. Pour elle, se qualifier aux JO serait un message fort: "Ce n’est pas que pour les femmes afghanes mais pour toutes les femmes de tous les pays qui ne peuvent pas faire de vélo. Je veux montrer que c’est normal d’en faire et que si j’y arrive, tout le monde peut." Thierry Communal le sait, aller à Tokyo ce ne sera pas pour jouer la gagne: "sportivement elle n’est pas au niveau des meilleures mais elle est consciente que maintenant elle est un symbole pour beaucoup de monde et elle veut être ce symbole jusqu’au bout et se rendre utile. Aller aux JO, ce n’est pas que pour elle, c’est rendre service à beaucoup de monde." Dans son pays, Masomah était la meilleure, une fois en France, comme l’explique son coach: "il a fallu tout construire, elle a dû tout apprendre. Au début les résultats étaient moyens donc on faisait des courses plus courtes et l’année dernière avec les JO comme objectif on est allé sur des formats de course plus long." Mais à quelques mois de l’échéance, en l’absence de compétitions, c’est sur les routes des Hauts-de-France que Masomah et Thierry préparent, dans leur coin, la plus grande et la plus belle des courses pour cette jeune afghane. 

Lena Marjak