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Tennis de table: Prithika Pavade, une ado aux Jeux olympiques de Tokyo

Tout comme sa compatriote Jianan Yuan, Prithika Pavade s’est qualifiée pour les Jeux olympiques de Tokyo (23 juillet au 8 août) après sa victoire en demi-finale lors du Tournoi de qualification olympique (TQO) européen de Guimaraes au Portugal. Un rêve avant l’heure pour la pongiste de 16 ans.

Un dernier coup droit claqué pour mettre fin à un match largement maîtrisé avant de s’écrouler, dos à terre, large sourire aux lèvres. À 16 ans, la 394e mondiale vient de décrocher son ticket pour Tokyo à l’issue d’un parcours du combattant composé de sept rencontres en quatre jours.

Après la Tchèque Hana Matelova, tête de série numéro 1, en huitièmes, puis l’Ukrainienne Solomiya Brateyko (189e mondiale) en quarts, c’est la Russe Yana Noskova (tête de série numéro 3) qui n’a eu d’autres choix que de plier face à la jeune française d’origine indienne.

La fierté de Saint-Denis

Quelques secondes après la balle de match victorieuse, le président du club de Saint-Denis, où est licenciée la jeune fille, n’en revient pas. "Énorme, exceptionnel, incroyable, s’extasie Jean-Claude Molet. Elle gagne tous ses matchs avec une sérénité… pour son âge, c’est fou. La Russe a essayé de l’endormir mais elle est restée concentrée et dynamique jusqu’au bout."

Une adversaire contre qui elle s’était déjà inclinée il y a quelques mois: "Noskova joue en championnat de France à Saint-Pierre-lès-Elboeuf qu’on a battu en demies du championnat de France. Pritikha avait perdu 3-1 contre elle en début de saison, rappelle Jean-Claude Molet. Depuis, elle ne cesse de passer des caps, rien ne lui fait peur. Quand on voit son niveau de concentration et de volonté, c’est exceptionnel. Aujourd’hui encore, elle perd un set et se remet tout de suite dedans."

"Je ne réalise pas. C’est inespéré, c’est incroyable"

À peine le temps de savourer sa victoire ni de féliciter sa compatriote Jian Nan Yuan remporter elle aussi son ticket pour les Jeux Olympiques (victoire 4-2 face à la Portugaise Jieni Shao) que Prithika Pavade doit passer par la case anti-dopage, celle des remises de prix avant de livrer sa première réaction. "C’est vraiment énorme. Je suis super contente. Je savais que c’était une très bonne joueuse et j’étais prête pour une grande bataille. Dès le début je me suis senti bien, j’étais super agressive et je m’étonnais moi-même" explique Pavade en riant. "Franchement, je ne réalise pas… je sais que maintenant je vais y aller (aux Jeux) mais je ne sais pas à quoi m’attendre du tout. C’était inespéré, c’est incroyable".

Déjà, lorsque nous l’avions rencontré il y a deux ans, à Saint-Denis, dans la salle de La Raquette où son visage d’ambassadrice des Jeux 2024 orne les murs, Tokyo était inenvisageable: "Paris en 2024, ce serait un rêve d’y participer, j’aurais 20 ans, je serai bien. Tokyo 2020, c’est trop tôt" affirmait la pongiste à l’époque âgée de 14 ans et déjà plus jeune joueuse professionnelle, classée 57e française.

Un mental d’acier et une qualification dédiée à son défunt entraîneur

Alors quand en janvier dernier, elle apprend sa sélection pour les TQO de Doha puis de Guimaraes, c’est l’étonnement: "C’est fou, je ne pensais pas du tout faire ces tournois de qualification, je pensais que la Fédération allait choisir deux autres filles, j’ai été surprise et je me suis dit que c’était ma chance. Ça s’est bien passé sur le premier tournoi qualificatif à Doha, je savais que ça allait se jouer maintenant".

Et elle l’a fait, sous les yeux de la directrice de la Haute Performance de la Fédération Française de Tennis de Table (FFTT). "Son niveau de jeu a progressé tour après tour, en densité, en stabilité, toujours avec cette capacité de traverser l’évènement sans pression et sans être touchée par les changements d’environnements et de contextes. C’est sa force, souligne Rozenn Jacquet-Yquel. Elle a tendance à toujours saisir les opportunités. Elle va pouvoir s’imprégner du contexte olympique qui est quand même particulier quand c’est la première fois. C’est incroyable pour elle d’avoir la chance de connaître les conditions olympiques avant 2024. Elle ne sera pas attendue, sera dans la conquête et prendra tout ce qu’elle pourra prendre".

Pour Jean-Claude Molet, la protégée de son club atteindra son plus haut niveau dans deux olympiades: "Je la vois plus être très performante en 2028. En 2024, elle aura une vingtaine d’années et sera encore jeune mais bon, elle nous a déjà fait mentir, avec elle on ne sait jamais". Ce que l’on sait en revanche c’est que l’émotion était intense une fois le billet décroché, un sésame en partie dédiée à son ex-entraineur Nicolas Greiner, disparu en octobre 2020: "C’est évident d’avoir une pensée pour lui, j’ai commencé avec lui, il a toujours eu pour objectif de viser le plus haut pour moi, il voulait m’accompagner aux JO. Réussir à l’atteindre me fait penser à lui". Jean-Claude Molet rend aussi hommage à son ami "il aurait été hyper fier et content de la voir se qualifier pour les Jeux".

Savourer et se préparer

De retour en France demain, Pritikha Pavade se prépare désormais à fêter le billet olympique avec ses proches. "Là tout de suite je vais appeler ma famille" lâche la pongiste fraîchement qualifiée. Mes parents ont été derrière moi, ont toujours cru en moi et ont suivi la compétition de près. Je vais aussi profiter avec mes coéquipières. Je sais que sans mon entourage, les joueuses d’entrainement et le staff je n’aurais jamais pu réaliser ça. Ensuite, on se préparera à fond mais tout de suite, il faut savourer (rires)".

Pour se préparer, la championne d’Europe 2020 des moins de 21 ans passera par Varsovie (Pologne) où se dérouleront, du 22 au 17 juin prochain, les championnats d’Europe individuels, "de quoi s’affirmer dans le gratin européen" détaille Rozenn Jacquet-Yquel: "Pour l’instant elle peut accéder rapidement au Top 50. L’autre étape est de se mesurer à la concurrence asiatique et ça c’est encore chose". Rien de bien insurmontable pour celle qui ne cesse de surprendre.

Clément Brossard