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UFC: Ciryl Gane, le surdoué en route pour le trône

Ciryl Gane va tenter de remporter le 22 janvier à Anaheim (Californie) la ceinture des poids lourds de l’UFC, principale organisation de MMA au monde, face au Camerounais Francis Ngannou lors de l'événement UFC 270 (en direct et en exclusivité sur RMC Sport). Moins de quatre ans après ses débuts professionnels, le Vendéen toujours invaincu dans les sports de combat continue d’avancer dans sa carrière façon ouragan. Un phénomène de précocité et gros bosseur au détachement rare qui fait aussi la force celui qui peut devenir une des plus grandes stars du sport français.

"C’est l’histoire d’un mec qui ne s’y attendait pas et qui s’est retrouvé là plus vite qu’il ne le pensait. L’histoire d’un mec qui a toujours eu confiance en lui et qui a toujours été bon dans les sports. Et ça a donné ce que ça a donné." En trois phrases, Ciryl Gane résume son destin mieux que mille mots. Celui d’un phénomène aux portes d’une des plus grandes performances de l’histoire des sports de combat français. Détenteur du titre intérimaire, le Vendéen va tenter de devenir le 22 janvier le premier représentant français à conquérir ce qui se fait de mieux sur la planète MMA, la ceinture de champion undisputed (incontesté) poids lourds de l’UFC, principale organisation de la discipline.

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Pour devenir The Baddest Man On The Planet (l'homme le plus dangereux de la planète, surnom du champion des lourds de l'UFC), il faudra battre le surpuissant Camerounais Francis Ngannou, venu comme lui au MMA dans la salle parisienne du MMA Factory sous les ordres de coach Fernand Lopez (ils ont même partagé quelques séances de sparring ensemble), en combat principal de l'événement UFC 270. Le défi est immense. Mais à la hauteur du parcours ouragan de "Bon Gamin" (surnom tiré d’un collectif de potes, qui colle bien à son caractère). Ciryl Gane n’avait jamais pratiqué de sport de combat avant l’année de ses vingt-quatre ans. A trente-et-un, et moins de quatre ans après ses débuts professionnels dans la discipline, il peut monter sur le trône de l’UFC et devenir l’une des plus grandes stars du sport français. "Surdoué du sport" qui "appren(d) vite", c’est lui qui le dit et ses proches qui le confirment, le gamin de La Roche-sur-Yon issu d’une famille modeste mais où il n'a manqué de rien et surtout pas d'amour tâte beaucoup de collectif dans sa jeunesse, foot et basket, avec un gros potentiel dans les deux.

Le futur combattant rejoint pour ses études la région parisienne, où il multiplie les petits boulots. Un compagnon de promo de son BTS le convainc de l’accompagner dans son club, à Puteaux, pour s’essayer au muay-thaï. Bonne pioche. "Les coaches pensaient que j’avais fait de la boxe auparavant", sourit-il. En trois ans, il va devenir triple champion de France (une fois en classe B, deux fois en classe A) et battre deux grands noms, Brice Guidon et Yassine Boughanem, futur champion WBC des lourds qui passe aujourd'hui au MMA, pour un bilan global de treize victoires pour aucune défaite. Licencié de son poste de conseiller-vendeur en meubles, qu’il devait parfois quitter en milieu de journée pour se rendre à une pesée, une rencontre va changer sa vie. Grâce à un ami fils d’un restaurateur chez qui Fernand Lopez a ses habitudes, Gane va pousser les portes de la MMA Factory, plus proche de son domicile de Vincennes, début 2017.

Lopez sourit quand il lui annonce qu’il va affronter Guidon. "Je me dis: 'Soit c’est un suicidaire, soit c’est un mytho'." Mais le résultat est une victoire. Et les images chauffent le technicien. Lopez propose un défi: se mettre au MMA, où il y a beaucoup plus d’argent à gagner. Il lui annonce le voir "à l’UFC en moins de deux ans et champion dans moins de trois". Méfiant, car "je commençais à avoir un nom dans le pieds-poings et un projet d’enfant avec madame", Gane finit par accepter. La transition débute. Elle va lui valoir un surnom, "le danseur de Vincennes", pour sa qualité de déplacement rare pour son gabarit. Elle va surtout confirmer son potentiel. "Je ne voyais pas, à part un accident ou un truc comme ça, ce qui pourrait l'empêcher d’être champion de l’UFC", se remémore Lopez.

Après huit mois, le patron du MMA Factory lui trouve un premier combat pro. Pour… la ceinture des lourds du TKO, organisation canadienne diffusée sur la plateforme UFC Fight Pass, garantie d’exposition. Résultat? Victoire sur soumission par guillotine, mouvement travaillé trois jours avant! Pas mal pour un spécialiste du pieds-poings qui vient de commencer le travail au sol... "Je me suis senti comme un poisson dans l’eau, se souvient-il. La cage est plus grande qu’un ring, tu peux bouger comme tu veux." Deux autres combats suivent au TKO, pour autant de victoires, avant de rejoindre la grande UFC, qui l’a vite repéré, en devant d’abord casser un contrat signé avec le GLORY (principale organisation de pieds-poings).

L’UFC veut savoir s’il faut le préserver un temps. Lopez dit niet: "J’ai répondu: 'Envoyez la sauce, ne perdez pas de temps'. Il vaut mieux apprendre avec les bons qu’avec les médiocres. L’UFC n’est pas un endroit où tu vas te cacher." La grande aventure commence en août 2019. En fin d’année, il compte déjà trois victoires à l’UFC, dont deux soumissions (la première contre une ceinture noire de jiu-jitsu brésilien!). Après une année 2020 gâchée par de multiples combats annulés, entre pandémie et blessures, la marche en avant reprend un an plus tard, quand il met TKO l’ancien champion des lourds Junior Dos Santos. L’UFC le teste deux mois et demi plus tard face à un top 5 du classement, Jairzinho Rozenstruik, pour une décision en forme de démonstration. Répétée en juin dernier contre Alexander Volkov, son combat préféré. Avant de s’emparer du titre intérimaire en août contre un Derrick Lewis à domicile à Houston.

Et maintenant, moins de trois ans après ses débuts dans la grande organisation (dont une année sans combattre, on rappelle), place à la montagne Ngannou. Abordée avec la sérénité du gars sûr de sa force, conséquence du travail abattu à l'entraînement par ce gros bosseur, et assez détaché pour ne pas s’en faire un ulcère. L’homme qui n’a "jamais été dans une situation critique dans un combat" et qui se revendique à raison comme "l’un des combattants les plus intelligents" chez les lourds de l’UFC n’a peur de personne, et pas plus de la défaite, prêt à prendre "n’importe qui, n’importe quand". Il ne connaît pas l’histoire de son sport mais s’en fiche et préférera toujours un jeu vidéo au visionnage d’un vieux combat. Il veut gagner le titre "pour Fernand, pour le MMA français", pour distribuer de la joie autour de lui.

Il a "toujours envie de faire mal dans la cage" mais aime faire "un gros câlin à l’adversaire ensuite". A l’entraînement, on le voit toujours rire avec son coach ou ses sparring-partners. "C’est un jeu", appuie-t-il. Un état d'esprit symbolisé par cette anecdote du jour où il a demandé à son coach d'utiliser l'application Shazam pour trouver le nom de la musique d'entrée de son adversaire alors qu'il était dans le couloir à attendre d'aller le combattre. Depuis ses débuts, Gane combat pour "prendre soin de (s)a famille", sa compagne qui "n’aime pas trop regarder (s)es combats" et ses deux filles nées en 2018 et 2021. Elles sont désormais à l’abri et son compte en banque va encore grossir d’un chèque à sept chiffres avec le combat contre Ngannou.

Mais il promet que l’argent, qui devrait continuer d’affluer, ne le changera pas comme ses proches confirment que rien n’a modifié le bonhomme depuis ses débuts. Toujours invaincu en MMA (10-0 dont 7-0 à l'UFC) après l’avoir été en muay-thaï, celui qu’on reconnaît de plus en plus à travers la planète a tout d’une superstar: belle gueule, talent explosif, physique d’Apollon (1m95, 115 kilos), charisme et sourire de star de ciné, confirmé avec ses apparitions dans le film En Passant Pecho sur Netflix et dans la série Validé de son ami Franck Gastambide sur Canal. S’il devient champion des lourds de l’UFC, il prendra encore une autre dimension. Le train "Bon Gamin" est encore loin d’avoir atteint sa destination finale.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport