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Sénégal: les débuts ultra difficiles d’Aliou Cissé en tant qu’entraîneur

Pour sa première expérience en tant qu’entraîneur numéro 1, Aliou Cissé emmène son Sénégal en finale de la Coupe d’Afrique des nations. Bien avant d’envisager la dernière marche face à l’Algérie vendredi et de songer à un éventuel premier sacre continental, l’ancien joueur du PSG et de Sedan avait fait ses armes à Louhans-Cuiseaux. Dans un contexte très délicat qui lui aura sans doute beaucoup appris.

C’est bien loin du PSG dont il avait porté les couleurs durant deux saisons, bien loin de Sedan ou de l’Angleterre, bien loin surtout de son Sénégal que la carrière d’entraîneur d’Aliou Cissé a débuté. Avant de hisser les Lions de la Teranga en finale de la Coupe d’Afrique des nations face à l’Algérie (vendredi à 21h), le natif de Zinguinchor avait mis le pied à l’étrier à Louhans-Cuisaux, en 2010. Une prise de contact avec le banc de touche tout sauf simple, qui n’aura duré que quelques mois.

"Il venait de raccrocher et le président Alassane Sow avait envie de le faire débuter, confie aujourd’hui celui qui allait en faire son adjoint officieux, Jean Acédo. Je le connaissais en tant que joueur évidemment, et par Amara Traoré." La connexion Gueugnon à l’œuvre. Pour un duo formé dans la difficulté.

Un club "à l'agonie" pour débuter

Car les débuts sont loin d’être idylliques pour l’ancien international sénégalais, finaliste de la CAN en 2002 (qui restait jusqu’à cette édition la seule finale du Sénégal, perdue aux tirs au but face au Cameroun). Sorti d’une saison 2009-2010 achevée à la dernière place du National, Louhans-Cuiseaux est en grande difficulté financière. La DNCG s’en mêle, retoque les joueurs identifiés pour former le groupe pour la saison à venir. Alassane Sow parvient tout de même à fabriquer tant que bien que mal un collectif avec des joueurs au chômage et des jeunes.

Se construire dans l’adversité. "Il n’avait pas de contrat, il venait un peu bénévolement", lâche même Jean Acédo, qui confirme que pour une première expérience d’entraîneur, le contexte était "très compliqué". "Il a beaucoup appris de cette expérience délicate dans un club à l’agonie, au bord de l’explosion, poursuit le coach de l’époque. Dans ce contexte, il faut s’appuyer sur des paramètres de gestion humains, de valeurs, pas de critères technico-tactiques."

"Il avait cette façon de parler aux joueurs"

L'expérience ne durera finalement que six mois. Aliou Cissé préfère s'en aller au moment du départ du président qui l'avait fait venir, après une série catastrophique en championnat. Mais les caractéristiques humaines du futur entraîneur sont déjà là. "Il était très sérieux, dur sur l’homme mais rigoureux. C’était une très bonne personne sur le plan humain: très correct, poli et droit. Il était plus mûr que son âge mais à l’écoute des plus anciens", expliquait il y a quelques jours à l'AFP son ancien coéquipier à Sedan Farid Fouzari. Il parlait du joueur. Le coach a gardé ses valeurs.

"Il avait cette façon de parler aux joueurs, se souvient Jean Acédo. Il était lui-même encore un peu joueur." Solidarité, travail, humanité, dialogue. Autant de maître-mots pour définir la méthode Cissé. Après avoir intégré le staff en 2012, c'est carrément les rênes de la sélection sénégalaise que l'ancien joueur du PSG prend en 2015, après Alain Giresse.

"Je ne suis pas surpris de sa réussite, poursuit l'ancien coach de Louhans-Cuiseaux. Il a réussit à parfaitement mener sa barque, à donner une force collective à son équipe. Outre l'aspect technico-tactique, il y a une âme. Il a réussi à fédérer. Ils sont capables d'aller au bout." Avec ce truc en plus, cette flamme: celle d'emmener tout en haut, vers un sacre historique, sa sélection, celle dont il a porté les couleurs en tant que joueur. "Commencer par son pays, c'était peut-être ce qu'il lui fallait", concède Jean Acébo. Encore une affaire d'humain.

A.Bouchery