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Affaire des quotas: quand la Fédération voulait "50% de vrais Français" chez les jeunes

Gérard Prêcheur, ancien directeur de l'INF Clairefontaine, avait assisté de très près à l'affaire des quotas en 2011 en ayant lui-même reçu des consignes très claires: sélectionner une majorité de joueurs ne possédant pas de double-nationalité.

Il y a près de dix ans jour pour jour, l'affaire des quotas éclaboussait le football français. En avril 2011, Mediapart avait révélé les conversations d'une réunion de la direction technique nationale (DTN) du football français sur les joueurs à la double-nationalité, tenue le 8 novembre 2010. Le débat portait sur les jeunes formés dans les pôles Espoirs en France avant de rejoindre une autre sélection quelques années plus tard. Parmi les idées avancées par François Blaquart, alors directeur technique national intérimaire, celle de mettre en place des quotas. Gérard Prêcheur s'en souvient bien. Il était, à l'époque, directeur de l'INF Clairefontaine, et avait reçu à ce titre des consignes bien précises

"Il y a eu une volonté de la Fédération d'instaurer des quotas discriminatoires à mon goût, a confié Prêcheur dans l'After Foot, mardi sur RMC. Je m'y suis opposé."

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"Il fallait qu'il y ait 50% de 'vrais Français'"

Il se rappelle très bien du moment où il a reçu un message électronique bien spécifique, quelques jours de la tenue de cette fameuse réunion polémique. "Il m'était demandé à moi, en tant que directeur, et à mon staff qu'il y n'y ait pas plus 50% de jeunes joueurs candidats au concours (d'entrée à l'INF, ndlr) qui aient la double nationalité, explique-t-il. Pour reprendre une expression qui m'a un peu choqué, il fallait qu'il y ait 50% de "vrais Français", qui n'aient que la nationalité française."

"On était dans les phases finales des concours, poursuit-il. J'étais en réunion avec mon staff pour la préparation du stage final. Il y a eu cette intervention et le lendemain, j'ai envoyé un mail à mon directeur technique national, mon supérieur hiérachique, en lui expliquant que je ne pouvais pas répondre favorablement à sa consigne et que je m'opposais à cette politique. Quelques jours après, l'affaire a éclaté. Le ministère (des Sports, alors dirigé par Chantal Jouanno) a constitué une commission d'enquête lors de laquelle j'ai été auditionné. Je leur ai évidemment transmis le mail très explicite sur les demandes qui m'ont été faites et mon refus. Le ministère a bien été informé de la situation, la FFF aussi, ma hiérarchie administrative également."

Malgré la polémique provoquée, aucune véritable suite n'a été donnée à l'affaire qui impliquait Laurent Blanc, alors sélectionneur. Ce dernier avait été épinglé pour avoir tenu des propos polémiques sur des préjugés racistes pendant cette réunion, tout en étant maintenu dans ses fonctions jusqu'à l'élimination des Bleus en quarts de finale de l'Euro 2012.

"Une de mes plus grandes statisfactions en tant qu'éducateur est d'avoir pu mettre un frein, m'opposer à cette politique, conclut Gérard Prêcheur, passé depuis sur le banc de l'équipe féminine de l'OL (2014-2017), et du club chinois de Jiangsu. Je suis resté quelques années encore (à la FFF) pour veiller. Ni le ministère, ni la fédération (alors dirigée par Fernand Duchaussoy) n'a pris de sanction. Quelques semaines après, Noël Le Graët avait été élu nouveau président de la FFF et avait renforcé le DTN dans ses fonctions."

Nicolas Couet Journaliste RMC Sport