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EXCLU RMC SPORT - Lorik Cana : "On a même été attaqués par les stewards !"

Serbie-Albanie, des images qu'on ne souhaite plus voir dans un stade.

Serbie-Albanie, des images qu'on ne souhaite plus voir dans un stade. - AFP

EXCLU RMC SPORT. Au lendemain des graves incidents qui ont émaillé un Serbie-Albanie qui n’a d’ailleurs pas pu aller à son terme, Lorik Cana, le capitaine albanais, est revenu sur la chronologie des événements, l’ambiance, l’escalade ainsi que les dérapages commis par certains Serbes. Avant d’insister sur le rôle actif que le sport doit jouer dans la réconciliation entre les deux peuples.

Les incidents vus du terrain

« Durant l’échauffement et durant les 40 minutes que le match s’est joué, ça s’est passé dans un très bon état d’esprit. Il n’y a eu aucun débordement sur le terrain, il n’y a eu aucun souci. Et puis, à un certain moment, il y a eu l’épisode du drapeau. Et après, la situation est devenue incontrôlable quand les supporters ont commencé à rentrer et surtout, quand ils ont commencé à envahir le terrain et à plaquer nos joueurs et notre staff. La situation a même dégénéré quand un des supporters est arrivé avec la chaise et a donné un coup avec sur la tête de l’un de nos joueurs. Après, c’est parti un peu hors de contrôle avec des supporters qui arrivaient de partout. On a essayé de rentrer le plus rapidement possible dans les vestiaires. Mais on a pris un peu de tout en s’approchant du tunnel pour rentrer : des bouts de pierre, des batteries. Des joueurs ont même pris des coups sur le visage. La chose la plus grave est que les supporters soient rentrés sur le terrain et que des membres de notre équipe, moi y compris, aient été attaqués par des stewards qui faisaient partie de la sécurité ! Ca, c’est la chose la plus grave. Notre situation physique, morale et de sécurité n’était plus assurée. »

Moins de peur que de mal

« Non, non, on n'a pas eu peur. On a juste essayé se défendre. On était en légitime défense car 4-5 de nos joueurs ont été blessés. Entre les joueurs, je le répète, il y avait une très bonne ambiance et il n’y a jamais eu de débordements entre nous. Ca a débordé quand les supporters et quelques stewards ont commencé à rentrer. On a eu un peu peur en s’approchant du tunnel parce qu’on a ramassé des trucs sur la tête. Puis à l’intérieur du tunnel, c’était un grand bordel. Mais après, dès qu’on a réussi à rejoindre le vestiaire, on était en sécurité. On a attendu que la situation se calme, qu’ils puissent nous garantir une sortie du stade dans des conditions, disons, avec un minimum de sécurité. »

Une longue attente avant de quitter le stade

« On est restés trois heures et demie dans le vestiaire. On est rentré dans le vestiaire vers les 21h30 et on est reparti sur les coups de 00h30-1h du matin. Avant de repartir, on a même été contrôlé par la police ! Une situation incroyable ! J’espère que c’est la dernière fois que ça se passera. Parce qu’on est en 2014 et qu’on fait tous partie de l’Europe, c’est la dernière chose que le sport doit faire passer comme message. Nous, on a essayé d’être le plus digne possible, on a essayé de se défendre. Et puis, tout simplement de représenter notre nation. Je pense qu’en venir à cette situation est intolérable. Etre menacé physiquement dans un stade de football en 2014, je pense que c’est quelque chose qui ne doit pas être accepté. On est en Europe. J’espère que c’est quelque chose qui va servir d’exemple pour ne pas se reproduire. »

Ce qui s’est passé en coulisses

« On a parlé après avec les délégués de l’UEFA et de la FIFA. La fédération serbe et l’équipe serbe voulaient continuer le match. Mais nous, on était absolument dans l’incapacité. C’est la dernière chose qu’on pouvait faire : par l’état physique et d’épuisement de nos joueurs, et surtout l’état moral, notamment quand on a vu que même des stewards du stade commençaient à nous donner des coups. Là, on s’est dit : « Il y a quelque chose qui n’est pas normal… » On a donc tout simplement essayé d’attendre puis de rentrer au pays le plus rapidement possible. »

La paix grâce au sport

« On a essayé de représenter une image de notre pays qui n’est pas la violence. On a essayé de tenir un comportement qui a été exemplaire pendant toute la durée du match. Un état d’esprit sportif entre les deux équipes. Et puis, même quand on s’est retrouvé dans une situation critique, on a réussi à être dignes pour rentrer le plus rapidement sans faire de problème. Le message simplement que l’on veut faire passer, c’est que ce n’est pas ce qu’on veut entre les deux peuples. Nous, on est des voisins et la situation politique et les relations doivent absolument s’améliorer. Le sport doit être un rassemblement de paix, absolument pas un rassemblement de séparation entre deux peuples. Le football doit être un ambassadeur de paix. On veut un futur différent pour les prochaines générations. Et ça, on était tous d’accord pour le dire. »

Comment rejouer ce match ?

« La décision ne nous appartient pas. Sur les images et les vidéos, on voit bien que la situation était tout simplement hors de contrôle. Maintenant, ce n’est pas de notre pouvoir de savoir quels recours ils vont faire, quelle décision ils vont prendre. Nous, on va tout simplement continuer à progresser parce qu’on est en train de progresser énormément d’un point de vue football (l’Albanie pointe en tête du classement du groupe I des Eliminatoires à l’Euro 2016, ndlr). On est en train de faire un début de qualification qui est fantastique. On va donc penser seulement au football et essayer un peu d’affiner les tensions entre les deux pays et de normaliser un peu les relations parce qu’en arriver là en 2014, je le répète, ce n’est pas normal. »

L’UEFA ouvre une procédure disciplinaire

L’UEFA a annoncé ce mercredi l’ouverture d’une procédure disciplinaire à l’encontre de la Serbie et l’Albanie suite aux incidents qui ont provoqué l’arrêt du match entre les deux équipes, mardi à Belgrade. La fédération serbe devra répondre des jets de fumigènes et d'engins pyrotechniques, des heurts en tribunes, de l’invasion du terrain par des supporters, d’un défaut d’organisation et de l’usage de lasers. La fédération albanaise devra elle s’expliquer sur son refus de jouer et sur l’irruption du drapeau nationaliste accrochée à un drone à l’origine des actes de violence. La commission de contrôle, d’éthique et de discipline de l'UEFA traitera ce cas le 23 octobre.

Julien Richard