RMC Sport

Perquis, une affaire de famille

Damien Perquis avec la maillot de la Pologne

Damien Perquis avec la maillot de la Pologne - -

Le Sochalien joue depuis 2011 avec la sélection polonaise. Un retour aux origines pour lui-même, mais plus encore pour sa grand-mère qui a fui le communisme après-guerre. Ce vendredi (18h) face à la Grèce, Perquis sera doublement fier.

Comme son pote Obraniak, autre néo-Polonais évoluant en Ligue 1, Damien Perquis fait partie du bataillon de « Francuz » venu renforcer les rangs des Aigles, pour cet Euro 2012 co-organisé avec l’Ukraine. L’arrivée en 2011 du Sochalien chez les Rouge et Blanc n’a pu se faire sans l’insistance de sa grand-mère du joueur, Jozepha Bierla, polonaise d’origine. Il y a une dizaine d’années, Perquis, qui évolue alors à Troyes (2003-2005), prend régulièrement ses repas chez elle. Les discussions tournent autour des origines de la famille. Née en France, Jozepha n'a jamais mis les pieds en Pologne, d’autant qu’à 8 ans, elle a pris la nationalité française. Avec son petit-fils, elle se met sur la trace de ses ancêtres. Damien se perd dans les dédales de l’administration car ni sa mère ni sa grand-mère n'ont des papiers polonais. La quête devient de plus en plus illusoire.

Mais l’histoire parvient aux oreilles de Marek Jozwiak, ancien joueur de Guingamp et directeur sportif du Legia Varsovie, à la recherche de joueurs d'origine polonaise susceptibles de venir renforcer la sélection. Navré de voir filer les Klose ou Podolski, il va tout faire pour aider Perquis. Le sélectionneur Franciszek Smuda prend alors contact avec Perquis. Ses adjoints viennent le voir jouer au Stade Bonal. Grand-mère Jozepha est aux anges.

Très vite, la presse polonaise s'empare de l'affaire, et lance un grand lobbying pro-Perquis. En 2011, un décret présidentiel permet au joueur de changer de drapeau. Deux ans après Obraniak, il honore sa première sélection le 7 septembre 2011 face à l'Allemagne (2-2). Mais la belle histoire ne plait pas à tout le monde. Le gardien légendaire de la sélection polonaise dans les années 70, Jan Tomaszewski, devenu député du parti nationaliste Droit et Justice, insulte Perquis dans la presse le traitant notamment « d'ordure et de déchet français ». L’ancienne gloire s’en prend aux Français ou aux Allemands, comme le défenseur du Werder Brême, Sebastian Boenisch. « Les premiers jours en sélection étaient difficiles, se souvient Perquis, parce qu'on ne savait pas ce que les autres pensaient, mais il n'y a pas eu d'animosité. »

Sa grand-mère Jozepha sera dans les tribunes

Le joueur a porté plainte mais plus important, il a marqué son premier but avec la sélection le 26 mai dernier face à la Slovaquie (1-0) en amical, justifiant la confiance des recruteurs polonais et de son sélectionneur. Il est surtout fier vis-à-vis de sa grand-mère, qui découvrira pour la première fois ce vendredi la Pologne. Neuf membres de la famille ont également débarqué à Varsovie.
Du coup, Perquis a loué un grand appartement proche de l'hôtel de la sélection polonaise pour loger tout ce beau monde qui sera, bien évidemment, dans les tribunes ce vendredi soir. « Elle m'en parle tout le temps, elle avait déjà préparé ses valises 2 semaines avant... Quand je mets le maillot polonais, j'ai l'impression que c'est ma grand-mère qui habite ma tête, et ça me fait prendre une nouvelle dimension... » Ce soir, le Sochalien sera titulaire en défense centrale.

Louis Chenaille (avec L.B.)