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Philippe Auclair: "Liverpool, le pire des adversaires pour Manchester City"

La joie des Reds lors de la victoire contre City en Premier League

La joie des Reds lors de la victoire contre City en Premier League - AFP

Observateur avisé de la Premier League, chroniqueur pour SFR Sport et pilier de l'After Foot, Philippe Auclair évoque pour RMC Sport le choc à venir entre Liverpool et Manchester City en quart de finale de la Ligue des champions mercredi.

À l’orée de cette saison, j’imaginais mal Liverpool être un véritable candidat au titre, ce en quoi je ne me démarquais en rien de l’avis de mes confrères – et de la plupart des supporters des Reds, qui étaient plus conscients que quiconque des défauts de la cuirasse forgée par Jürgen Klopp. Si son football s’apparentait à du heavy metal, on avait les solistes, d’évidence, les trois virtuoses de devant; mais la section rythmique laissait à désirer. Manquaient un gardien de but qui inspirât davantage confiance que Karius et Mignolet, un ou deux défenseurs centraux, un ou deux latéraux, un milieu défensif, bref, l’assise d’un onze qui avait par ailleurs largement de quoi séduire, mais pas de quoi rassurer. Huit mois plus tard, la prédiction (qui n’avait franchement rien de sorcier) est avérée, même si on doit confesser qu’on avait sous-estimé la solidité de ce Liverpool (quatre défaites seulement en championnat), et que l’arrivée de van Dijk et la révélation de Robertson ont changé la donne depuis.

Mais je m’étais aussi avancé sur un autre terrain, celui de la Ligue des Champions, compétition dans laquelle je voyais cette équipe faire un joli coup, comme elle l’avait fait du temps de Rafa Benitez, quand l’ADN du plus européen des clubs anglais le faisait se transcender en C1. Klopp a lui aussi l’Europe dans le sang, lui le finaliste malheureux de 2013 avec le Borussia Dortmund; et il le montra dès sa première saison à Anfield, lorsque Liverpool, après avoir éliminé Manchester United, Dortmund et Villareal, ne glissa qu’à la dernière marche en Europa League. Liverpool pouvait faire exploser quelque équipe que ce soit dans le contexte si particulier de la Ligue des Champions. Et je me laissais tenter à mettre une petite pièce sur les Reds au mois de septembre, quelque chose que je ne fais que très rarement. À 14 contre 1, comment résister?

Qu’ont à perdre les Reds? Absolument rien

Et aujourd’hui, je ne me sens pas plus inquiet pour ma mise – modeste – que je ne l’étais avant qu’Andreï Chevtchenko associe les Reds aux Citizens lors du tirage au sort des quarts de finale. Quelle que soit la frustration qu’on doive ressentir à voir les deux clubs anglais s’affronter aussi tôt, quand toutes deux avaient et ont les moyens d’aller ‘loin’ dans ce tournoi, ou la joie qu’on se fasse à l’approche de ce qui sera, c’est garanti, un double choc des plus spectaculaires, mon sentiment n’a pas changé: je continue de ‘sentir’ Liverpool. À cause de Salah, Firmino et Mané, bien sûr, mais pas seulement. Qu’ont à perdre les Reds? Absolument rien. Les voilà face au monstre magnifique qui fera le plus beau des champions d’Angleterre de l’après-guerre depuis l’Arsenal de 2004, malgré le respect dû au premier Chelsea de Mourinho. Qu’ont-ils à craindre? Rien qu’ils ne connaissent déjà.

City n’a été mis en danger que par quatre adversaires cette saison, et ne s’est incliné qu’une seule fois (si l’on laisse de côté un revers contre le Shakhtar lors de leur dernier match de poule en C1, quand la première place de leur groupe était assurée et que Guardiola avait aligné une équipe-bis en Ukraine). Naples avait magnifiquement réagi en seconde période d’un match éblouissant à l’Etihad. Le Bristol City de Lee Johnson avait, par deux fois, menacé de déséquilibrer l’édifice de Pep en demi-finales de la League Cup. Crystal Palace, jouant le coup à la perfection, avait été à un pénalty manqué de Milivojevic de prendre trois points inespérés. Point commun entre ces trois équipes aux pedigree si différent: une approche totalement décomplexée, l’accent mis sur l’agressivité dans les duels, le refus de subir. Et la quatrième, Liverpool, avait gagné le match de la saison de PL 4-3 à Anfield; ce même Liverpool qui, quelques mois plus tôt, avait concédé le 5-0 le plus trompeur qui soit au City of Manchester Stadium. Les Citizens menaient 1-0, contre le cours du jeu, lorsque Sadio Mané fut exclu pour avoir percuté Ederson en pleine course. Après quoi, devant courir après le score à dix contre onze, Liverpool paya le prix de son courage. Ce 5-0 n’avait rien de honteux, et les deux managers le savaient.

Ce City n'est pas parfait

Ce City n’est pas parfait, malgré De Bruyne, Sané et David Silva, auquel je suis aujourd’hui tenté de donner ma voix pour le titre tout honorifique de ‘Footballeur de l’année’ (nous en reparlerons – le vote n’est pas encore ouvert, et la double confrontation de la semaine à venir sera sans doute déterminante pour le choix de ce qui sera de toute façon un superbe lauréat), ne serait-ce que parce qu’à trente-deux ans, il accomplit sa plus belle saison avec Man City comme avec sa merveilleuse équipe d’Espagne, alors qu’il a vécu un véritable enfer dans sa vie privée – et parce qu’on n’a jamais reconnu le talent de cet artiste à sa juste valeur, me semble-t-il. Fin de la parenthèse!

Ce City n’est pas parfait, disais-je. Je vois Otamendi avec l’Argentine, Stones avec l’Angleterre, Kompany avec la Belgique (pas Laporte avec la France, hélas), je ne vois pas les défenseurs les plus sûrs d’Angleterre et d’Europe. Le génie d’organisateur de Guardiola, l’excellence de Fernandinho et le travail exceptionnel du premier rideau défensif de City dans la récupération immédiate des rares ballons perdus, font que leurs limites sont bien moins sensibles avec leur club qu’avec leurs sélections, mais ces limites, pour ne pas dire ces carences, n’en existent pas moins, et s’il est bien une équipe qui puisse les mettre en lumière et les exploiter, ce doit être ce Liverpool qui sait si bien presser haut, très haut, et poser les bonnes questions sans s’en poser à lui-même. On le vit à Anfield lors de ce fameux 4-3. Nulle équipe de PL (d’Europe? Je le crois) ne tourbillonne à l’approche du but adverse comme Liverpool peut le faire. C’était bien le pire tirage que puisse craindre Guardiola, et j’emploie le mot ‘craindre’ à dessein, car la crainte ne sera pas du côté des Reds.

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Philippe Auclair