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Son enfance, Newcastle, l'équipe de France... l’intégralité de l’entretien avec Allan Saint-Maximin

En exclusivité pour PL Live sur RMC Sport, Allan Saint-Maximin (Newcastle) s’est longuement confié sur des aspects très personnels de sa vie, ses aspirations, et une envie très forte de revêtir un jour le maillot de l’équipe de France.

Quand vous étiez petit, votre mère vous donnait 10 euros tous les jours, que vous dépensiez soit dans les bonbons, soit pour aider les autres...

Dans ma famille, on m’a toujours inculqué la valeur du partage. Chaque fois que j’avais un peu de sous, je les utilisais avec mes amis pour acheter des bonbons et les partager en cours ou simplement pour des amis qui n’avaient pas forcément ces dix euros pour aller à l’école tous les jours. Du coup, je ne me retrouvais avec rien au final mais c’était toujours dans le partage. Nous sommes très croyants dans la famille, on donne sans attendre en retour

Quelle place tient la religion dans votre vie?

C’est toute ma vie pour être honnête, c’est vraiment important. Je prie tous les jours, je vais une à deux fois par semaine à l'église, ça a une très grande place. Même dans mon comportement avec les gens et sur le terrain. Dieu est miséricordieux donc on va dire dans le pardon. Évidemment, parfois, on sait que c’est difficile, surtout quand tu as des événements et des choses compliquées, ou quand des personnes essaient de nuire ou de te faire du mal. C’est compliqué de pardonner mais avec les valeurs et ce qu’il se passe dans la religion, j’essaie d’avoir le pardon un peu plus facile dans certaines situations. Ce sont des valeurs qui m’ont été inculquées dès le plus jeune âge. Cela reste ancré en moi.

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Il paraît que très tôt, vous avez eu des facilités de langage et de motricité, c'est vrai?

C’est vrai. D’ailleurs ma mère a essayé de me faire faire un test de QI pour voir où j’en étais par rapport, et j’avais un QI assez élevé. Je ne sais pas s’il est encore présent (rires) mais je sais que ça m’a beaucoup aidé, dans plein de domaines et dans tout ce que je fais d’extra sportif, ça m’aide à comprendre beaucoup plus vite et à m’adapter plus rapidement.

On n’arrive pas toujours à avoir le recul nécessaire, a fortiori quand on est jeune, c’est très difficile d’arriver à se remettre en question, de comprendre certaines situations. De réfléchir aux conséquences et à pas mal de choses, ça m’a vraiment aidé quand certaines choses sont arrivées dans ma vie. J’avais instinctivement cette façon de réfléchir, de faire en sorte que ces choses ne se reproduisent pas.

C’est de l’anticipation?

C’est ça, c’est de l’anticipation. J’étais dans la région parisienne. Les accidents peuvent y arriver très vite, il fallait faire attention à mes fréquentations et à tout ce qu’il y avait autour de moi. Encore plus avec le foot. Quand je suis arrivé à Saint-Etienne, c’était assez compliqué, car on le sait, dès qu’il y a un peu d’argent ,ça fait souvent tourner la tête à pas mal de personnes. Il y avait pas mal de choses à gérer et j’ai réussi à régler ces petits problèmes.

Vous considériez-vous comme un surdoué?

Je le sentais parce que je m’intéressais…c’est encore le cas aujourd’hui, je m’intéresse à beaucoup de choses, à énormément de sports. Je regarde la politique, énormément de choses. Je suis intéressé par tous les domaines, j’aime bien toucher à tout, je lis beaucoup. J’aime bien regarder le parcours de personnes comme celle qui dirige Tesla ou le monsieur d’Amazon, Jeff Bezos. C’est de la curiosité. C’est le fait de savoir, de me demander comment ils ont réfléchi pour arriver où ils en sont aujourd’hui, de comprendre leur histoire, comment ça se passait avec leur famille etc... Cela m’intéresse beaucoup.

Comment viviez-vous? Parce que vous pouviez sembler en décalage avec les gens de votre âge…

J’étais incompris. Sans me jeter des fleurs, je voyais souvent un peu plus loin. Ce n’est pas forcément très bien car les gens aiment souvent vivre au jour le jour. Et moi, j’étais déjà en train de réfléchir à ma vie, à ce que je voulais faire, où j’allais être. Cela a pu me desservir avec certaines personnes, mais ça a toujours été ma façon de réfléchir et c’est ce qui fait que j’ai réussi à trouver ce parfait équilibre.

Vous commencez le foot à 5 ans. A 7 ans, vous dites à votre mère: "un jour, je serai footballeur pro", et elle vous répond de travailler à l’école pour avoir un beau métier. Est-ce vrai?

C’est le parfait exemple de ce que je vous ai dit, il y a des choses que j’arrivais à anticiper. Les gens me regardaient: “c’est un fou, qu’est-ce qu’il raconte ?” Alors que je savais très bien ce que je disais. C'était une motivation. La parole d’un homme est importante. Quand on dit quelque chose, c’est pour s’y tenir, sinon il vaut mieux s’abstenir. Cela a toujours été important pour moi, même étant jeune, je n’aimais pas dire par exemple: “on va faire un jeu, je vais te battre 5-0” et au final prendre 5-0. Je n’ai jamais aimé ce sentiment donc j’essayais toujours de bien prendre le temps de réfléchir quand même avant de parler. Et quand j’étais à peu près sûr de moi, d’en parler tout simplement. C’est venu à force de regarder mon frère jouer, de voir des personnes plus âgées que moi jouer et de voir que j’avais des facultés supérieures à des personnes plus âgées que moi. C’est un peu tout ça en fait qui, avec le temps, à force de jouer, de continuer à jouer, m’a permis vraiment d’avoir confiance en moi. Et de me dire que si j’ai un niveau supérieur à ces personnes - qui ont deux, trois, quatre ou cinq ans de plus que moi - que si je continue de travailler et que j’arrive à prendre de l’avance, je me mettrai dans les meilleures dispositions pour devenir un footballeur de haut niveau.

Si je vous fais regarder du tennis, pensez-vous pouvoir passer pro dans cinq ans?

Pour être honnête, si je m’y mets à fond, je sais que je suis capable de … C’est plus compliqué le tennis, dans le sens où il faut vraiment avoir des qualités exceptionnelles avec les mains. Or, je n'ai jamais été vraiment très habile avec mes mains. Mais c’est un très bon exemple, car ça fait 2/3 mois que je me suis mis au tennis, c’est aussi pour m’aider dans mon jeu, mes appuis, le fait d’être explosif, de démarrer à n’importe quel moment du fond du cour. Cela me permet d’être vraiment prêt physiquement. C’est ce que je fais à côté. Les personnes qui jouent au tennis depuis plusieurs années et voient mon niveau actuel après trois mois de tennis, ils sont tous un peu surpris. Ils se demandent comment j’ai fait, sachant que je n’ai jamais vraiment joué au tennis, pour avoir ce niveau là en seulement trois mois.

De 10 à 14 ans, vous jouez à l’ACBB et commencez à être connu en Île de France pour vos qualités, alors que vous n'avez que 8 ans. Sentiez-vous déjà une certaine popularité?

Dans les tournois, quand tu finis meilleur buteur ou joueur, quand tu arrives au tournoi suivant, tu sais que les autres en ont eu connaissance, et s’ils n’en ont pas eu connaissance eux mêmes, c’est le coach qui va en parler : attention à ce joueur, il était meilleur joueur de tel ou tel tournoi, il faut qu’on fasse attention. Donc on parle, on discute des meilleurs atouts. Et à force de parler des meilleurs joueurs, on connaissait tous les meilleurs joueurs de chaque club, donc je le sentais, je l’entendais par rapport à ce qu’allaient dire les joueurs.

Est-ce que vous changeriez des choses par rapport à ça, justement ?

C’est un peu compliqué à gérer, encore plus quand tu es jeune. Car ça peut te permettre de surjouer, mais aussi de déjouer, de mal gérer les choses. Ce n’est pas chose aisée d’être attendu par tout le monde, mais j’essaie toujours de ne pas trop me focaliser sur ça et de me concentrer sur mes performances. Même si ça ne marchera pas tout le temps évidemment. Mais c’est comme ça que je me sentais bien et je m’en servais pour que ce soit une force.

Tous vos éducateurs étaient très exigeants. Qu’est ce qu’ils vous demandaient de plus qu'aux autres?

En tant que surdoué, on pense à beaucoup de choses. Je me posais énormément de questions: pourquoi il est comme ça avec moi, et pas avec les autres, pourquoi là il était dur avec moi, alors que je n’en voyais pas vraiment l’intérêt. C’est assez compliqué à gérer par moments, mais généralement j’arrivais un peu à sentir. Et c’est ce qu’il se passait tout le temps, j'arrivais à sentir quand le coach était vraiment bienveillant envers moi et qu’il voulait vraiment au plus profond de lui le meilleur pour moi.

Jeune, vous étiez fan de Henry et vous inspiriez de Zidane et Ronaldinho pour les dribbles, trois personnalités très différentes...

Pour moi, le mélange de ces trois joueurs, c’est le meilleur joueur de tous les temps.

Sauf qu'il ne défend pas, ce meilleur joueur…

Quand on regarde Messi et Ronaldo avec tous les ballons d’or qu’ils ont , ce sont les joueurs qui défendent de temps en temps mais on ne leur demande pas de le faire tout le match. On sait qu’à ce niveau défendre est indispensable mais pour des artistes pareils on va un peu fermer les yeux sur quelques replis défensifs car on sait qu’ils vont nous apporter bien d’autres choses et qu’ils faut qu’ils gardent du jus pour nous apporter ces choses là.

Avant de signer un premier contrat pro, vous passez des tests de QI sur une idée de votre mère. Elle veut que vous soyez concentré sur les études. Votre QI est évalué à 145. Comment l’avez-vous vécu ?

Très mal. C’est très difficile. Il y a beaucoup de pression. Dire "Allan est un surdoué, il a telle facilité" et le fait d’arriver au test, ce sont des choses totalement différentes.

Vous devez répondre présent..

Exactement. Car si on parle d’Allan en tant que surdoué et que tu te retrouves avec un très mauvais test, on va dire que c'était du bluff. Il y avait beaucoup de pression et une fois que j’étais là bas, j’ai voulu faire les choses directement. Je n’y suis pas allé en dilettant. J’étais dans un état d’esprit "t’y es donc montre ce que tu sais faire".

Comment votre mère a-t-elle réagi quand elle a vu que vous étiez vraiment au-dessus du lot?

Elle n’avait pas vraiment besoin de test pour savoir. Elle en était persuadée. Et le test c’était vraiment son arme pour me dire “regarde ce que je t’ai dit, tu sais ce qu’il te reste à faire, mets toi à fond dans les études et le foot doit être secondaire”.

C’est ce que vous avez fait?

Non. C’était compliqué pour ma mère. Pour elle, j’avais vraiment des possibilités dans plein de domaines: créer un nouveau projet, des idées, ma mère voyait un parcours vraiment différent pour moi. Et moi, j’étais obnubilé par ma religion, le foot. Il n’y a que ça qui m’intéressait.

Votre rapport avec ta mère a-t-il évolué après ça?

Il s’est un peu dégradé dans le sens où pour ma mère ce n’était pas forcément la bonne décision. Elle savait tout ce que le foot allait engendrer, ce que ça allait ramener et elle n’a pas eu tort. Car elle était très éprouvée par tout ce qu’il s’est passé, ce sont des critiques, des personnes mal intentionnées, on est très exposés, c’est plein de choses. On n’est plus dans le ‘Allan dans l’anonymat”. J’étais le Allan qui doit faire attention à tout ce qu’il fait, tu ne peux plus faire n’importe quoi. Les menaces de mort, les critiques, ça va beaucoup trop loin. Ma mère voyait déjà beaucoup plus loin pour moi quand j’étais petit. Je réfléchissais à pas mal de choses. Ma mère me le disait tout le temps. Le foot, c’est un petit monde de requins. Elle préférait que je reste du côté scolaire pour éviter pas mal de problèmes. Et la chose qu’elle ne voulait pas aussi-c’est pour ça que je dis que notre relation s’est un peu dégradée-c’est que j’ai dû quitter la maison. Partir à Clairefontaine à 13 ans, puis Saint-Étienne…

Vous lui échappez...

Voilà, je ne voyais plus ma mère donc évidemment j’étais comme ça avec elle, je dormais encore avec elle…

Jusqu’à quel âge?

Tard…pour être honnête…

C’est-à-dire?

13/14 ans…j’étais encore dans le lit de mes parents

Pourquoi?

J’aimais bien taquiner mes parents, j’étais souvent hyperactif. Aller dans leur chambre, les embêter ou dormir avec eux, c’était souvent une manière de me réconcilier ou de me faire pardonner de toutes mes bêtises de la journée. On regardait des films ensemble, j’essayais de les distraire, de profiter le plus possible des moments passés avec eux et encore plus quand j’ai su que j’allais quitter la maison assez tôt.

Vous signez ton premier contrat pro en juillet 2013, devenant le troisième plus jeune joueur de l'histoire de Sainté à 16 ans, 5 mois et 17 jours. Dans quel état d’esprit étiez-vous?

C’est un rêve qui devient réalité, ça veut dire que tout ce que j’avais dit étant plus jeune-et que je continue de dire- est arrivé. J’ai eu pas mal de personnes qui sont venues. Les personnes qui me connaissaient, qui m’avaient entendu parler, étaient un peu abasourdies. Elles se sont dit “il parlait depuis ce temps, mais il est devenu pro, et encore plus rapidement que ce qu’on aurait pu penser.”

Quel est votre avis sur la gestion des jeunes joueurs pros?

Pour moi, il y a un réel problème dans la compréhension, pour moi il y a tellement de bons joueurs qu’on prend moins le temps. Je donne un exemple simple: en Allemagne ou en Angleterre si par exemple il y a 5 cracks, ces 5 cracks on va vraiment en prendre soin car on sait qu’on va peut être attendre deux ou trois avant d’en avoir d’autres. Et même au-delà de cette façon de réfléchir, tout le monde est un peu traité de la même façon. Ce que je veux dire, c’est qu’en France, il y a beaucoup de favoritisme. Quand t’as des qualités, t’as des choses que tu peux te permettre que les autres ne peuvent pas. Je sais qu’à l’époque, il y a plein de choses qu’on laissait faire.

Comme quoi, par exemple?

Tout. Par exemple, quand tu arrives en retard parce que t’es le meilleur, on ne va pas te dire grand chose. Je ne voyais pas vraiment le mal car on m’avait jamais fait comprendre que c’était important que j’arrive en avance.

Certains entraîneurs se mettent des œillères, c’est ce que vous voulez dire?

Oui clairement, je l’ai vu. T’es arrivé deux minutes, personne ne va venir te dire quoi que ce soit. Alors qu’un remplaçant qui arrive en retard, bizarrement, on lui dit quelque chose. Quand on joue, tu profites un peu trop du système et c’est là que tu peux t’installer dans une spirale un peu négative. Mais encore une fois j’étais jeune, on était jeune à cette époque. Et quand je parle de compréhension c’est comprendre, être plus à l’écoute, pas être dans le système bête et méchant, si vous voyez ce que je veux dire. Quand un enfant fait quelque chose, commet une erreur ou a les mots qu’il ne faut pas, il faut essayer de comprendre. Que s’est-il passé dans sa famille, que s’est-il passé aujourd’hui, qu’est-ce qui explique qu’il n’était pas dans son match ? Toutes ces choses sont super importantes, je les ai retrouvées en allant jouer à l’étranger tout simplement.

Le 8 février 2014, vous prolongez avec Sainté jusqu’en 2019, mais ne rejouez plus de la saison avec le club. Comment avez-vous vécu cette période?

Beaucoup de personnes n’ont pas été satisfaites de ma prolongation, par rapport à ce qu’il s’est passé financièrement. Ma prolongation a posé problème, des personnes ont demandé pourquoi je gagnais autant à cet âge là, dit que je ne méritais pas ça, que ce n’était pas normal. Il y avait aussi tout ce qu’il se passait au niveau des agents. Encore une fois j’ai été assez intelligent pour comprendre ce qu’il s'était passé, mais c’était de bonne guerre. Je ne m’y attendais pas, je ne pensais pas que j’allais être prolongé. Quand c’est arrivé, je n’avais plus qu’à faire avec, mais ça a été un moment très difficile pour moi. Je me suis retrouvé dans un bureau avec des personnes beaucoup plus âgées que moi, qui m’ont mis pas mal de pression, qui m’ont dit que je n’allais plus jamais rejouer, qu’elles allaient m’envoyer en 3e ou 4e division. J’étais jeune, c’était compliqué d’entendre ces choses là, mais encore une fois, j’avais l’intelligence d’esprit de savoir que tout ça n’était pas vrai. Le plus important pour moi, une fois que j’ai vu que les choses allaient se passer comme ça, c'était de trouver une porte de sortie.

Vous signez cinq ans à Monaco mais partez en prêt pendant deux ans à Hanovre. Début avril, l’entraîneur est viré, un autre arrive et vous avez un accident de voiture. Vous percutez un tramway et présentez de faux papiers. Vous serez écarté de l’équipe et ne jouerez plus de la saison, exact?

Non.

Que s’est-il passé alors?

L’accident est arrivé bien plus tard. Quand le nouveau coach est arrivé, on était dans une situation compliquée. Il est venu me voir. Il m’a dit que si je voulais rejouer, pouvoir m’exprimer, avoir du temps de jeu, je devais prolonger mon prêt d’un an. De cette façon, j’allais pouvoir m’inscrire un peu dans la durée. Comme ça, si on descendait, j’allais pouvoir m’inscrire un peu dans la durée. Donc évidemment, j’allais être concerné et j’allais tout donner pour ne pas descendre, car si je prolongeais mon prêt, j’allais vivre avec eux la descente. On m’a aussi demandé de baisser mon salaire, j’ai dit non. Et c’est là que tous les petits problèmes se sont enchaînés, parce que je ne jouais plus et le foot c’est toute ma vie. Je joue au foot pour jouer, par pour être en tribunes ou sur un banc et regarder les autres jouer. Psychologiquement, ça a été très compliqué, j’ai eu pas mal de soucis.

Pourtant, il va y avoir un heureux événement: la naissance de votre fille. Qu’est-ce que la paternité a changé chez vous?

Tout. Ma façon de réfléchir. Tout change.

Vos enfants, comment vivent-ils cette popularité ?

Mon fils ne le ressent pas trop pour l’instant, il est encore jeune. Mes filles n’aiment pas trop ça, pour être honnête. je n’avais pas imaginé qu’il y aurait des personnes qui allaient se mettre à genoux devant moi ou qui allaient pleurer, me donner leur téléphone. Toutes ces choses là je n’y avais pas pensé, parce que je n'aurais pas pensé être aussi connu. J’essaie vraiment de leur faire comprendre qu'il ne faut pas écouter tout ce qui est dit, que je ne suis pas une personne comme tout le monde, que je vais aux toilettes comme tout le monde, je fais tout comme tout le monde, pour qu’ils aient vraiment conscience de la réalité de la vie. Il y a ce que tous les gens racontent - c’est le plus beau, c'est le plus fort, il est comme ci, il est comme ça - mais il y a une réalité aussi. On est tous comme tout le monde et la maladie touche tout le monde. C’est bien beau d’avoir quelques 0 sur son compte mais il y a des choses bien plus importantes que ça pour nous.

Et si l’un de vos enfants venait à faire du foot, comment réagiriez-vous?

(Soupire) Je n’ai pas très envie, pour être honnête. Avec tout ce que j’ai vécu et l’impact que le foot a pu avoir sur moi, je n’ai pas vraiment envie qu’ils fassent du foot pour être honnête. Après, si c’est vraiment ce qu’il a envie de faire, je le suivrai. Car le plus important pour moi, c’est qu’il soit heureux. Mais si j’avais à choisir je ne serais pas favorable à ce qu’il fasse du foot.

Le 8 août 2017, vous devenez la recrue la plus chère de l’histoire de Nice. A l’époque vous avouez que si le foot n’avait pas marché, vous auriez voulu faire comme ta mère (directrice d’école maternelle). Pourquoi?

Ce sont des projets que j’ai encore à l’heure actuelle et je me servirai évidemment du foot pour atteindre ces objectifs.

Quel est ce projet?

C’est très simple, c’est donner la chance à certains enfants qui sont surdoués ou pas, d’être mieux encadrés pour leur donner le plus de chances possibles de réussir leur vie.

Vous marchez beaucoup à l’affectif, à la stimulation, qu’est-ce qui vous stimule?

J’ai toujours aimé les personnes qui m’ont dit non, j’adore. Parce que ça m’a permis de transformer ce non en oui. Tu dis que je ne peux pas réussir ? Ok, on va voir. Et repousser mes limites. C’est pour ça que je réfléchis toujours à ça: la seule limite est celle que je m’impose, et le seul échec serait de renoncer.

Vous arrivez à Nice. Là-bas, vous rencontrez Patrick Vieira. Quels étaient vos rapports?

Pour être honnête, je l’ai encore vu dernièrement, donc ça me fait rire. Première chose qu’il m’a dit c’est: “c’est bon, t’es content de voir ton coach préféré ?” C’est une personne que j’apprécie, je savais qu’il avait aussi beaucoup de pression. Et parfois, c’est un peu la même chose, c’est de sentir que la personne est un peu trop dure avec toi, alors qu’il n’y avait pas vraiment d’intérêt de l’être.

Pensez-vous être un joueur difficile?

Non, pas du tout. Jusqu’à preuve du contraire, très peu d'entraîneurs peuvent venir dire que j’ai explosé une bombe dans un vestiaire. A partir de ce moment-là…et je le vois encore plus, il faudrait questionner Steve Bruce pour savoir si j’étais compliqué à gérer, donc non. Difficile à comprendre sur certaines choses peut-être, mais compliqué à gérer, pas du tout.

Comment décririez-vous votre caractère?

Peut-être très têtu. Je n’aime pas, je déteste l’hypocrisie, c’est quelque chose qui m’a posé beaucoup de problèmes, surtout dans ce milieu. Par exemple, un coach qui va venir me voir pour me dire: “Allan, c’est super ce que t’as fait à l’entraînement, continue de faire telle ou telle course, ça va payer.” Si je l’entends ou le voit dire quelque chose de totalement différent à une autre personne, c'est quelque chose qui va vraiment me déranger. Je donne cet exemple car c’est ce qu’il se passe beaucoup dans le milieu du foot. J’estime que quand on est capable de faire ça avec une personne on peut le faire avec n’importe qui.

Pourquoi jouez-vous au foot chez les pros: pour le plaisir, pour l’émotion ou la performance?

(Il réfléchit) Au tout début, c’était pour le plaisir, je ne me préoccupais pas trop du reste. La seule chose que je voulais, c’était prendre du plaisir, m’amuser et en fait ce plaisir se transforme de plus en plus avec de la performance. Quand j’arrive à Newcastle avec tous les français qui ont échoué à Newcastle - quelques-uns ont réussi, mais beaucoup ont aussi échoué à Newcastle -, on me dit que j’ai fait le plus mauvais choix de ma carrière, que je ne vais pas réussir, ne pas jouer… Or, J’ai été superbement accueilli à Newcastle, les fans m’ont donné beaucoup d’amour. Et quand je vois mon équipe dans des situations délicates où bien évidemment on risque à chaque saison la descente, tu ne peux plus réfléchir qu’au plaisir, t’es obligé de réfléchir par la performance. Et ça passe par des statistiques.

Et c’est à Newcastle que vous avez pris conscience de ça?

J’en prends conscience à Nice, mais c’est à Newcastle que je vais commencer à l’appliquer. Je donne vraiment tout, c’est compliqué, mais les personnes qui connaissent vraiment le football savent très bien que ce que je fais à newcastle c’est… Je ne fais pas les choses faciles. Je n’ai pas encore eu la chance en tout cas d’évoluer dans une équipe avec 10 top joueurs, des joueurs qui sont tous en sélection internationale. Bien évidemment, le jour où j’aurai cette chance je sais très bien qu’en termes de stats et en termes de rendement, tout changera.

C’est étonnant dans le sens où ce choix est aussi le votre, non? Quand vous signez, vous savez les joueurs qui vont composer l’équipe...

C’est une très bonne question. C’est mon choix parce que j’ai toujours réfléchi au temps de jeu. Mon objectif n’était pas de me retrouver directement à Arsenal, au Bayern dans les gros clubs, et de ne pas jouer. Ce n'était pas mon objectif. J’ai toujours essayé de faire avec ce que j’avais. Aucun gros club n’est venu me dire: “tiens, tu vas être la star, je vais te faire jouer tous les week-ends”. En l’occurrence, Newcastle m’a donné cette chance avec des joueurs de très bonne qualité mais je savais que je n’allais pas jouer avec Messi, Mbappé ou Ronaldo. Plein des joueurs de Newcastle, je sais très bien que si on les met dans une équipe de qualité, ce sont des joueurs qui vont avoir un rendement différent. Mais c’est un choix de ma part, et c’est une réalité que je ne regrette pas. C’est un choix stratégique dans le sens où les qualités, je sais que je les ai. Personne ne pourra me l’enlever. Je sais que j’ai beaucoup de choses à apprendre, bien des domaines dans lesquels je peux progresser, à commencer par le domaine plus défensif. A Newcastle, on me demande de défendre énormément, de répéter les efforts. Je pars de très loin parce que j’ai beaucoup de replis défensifs à faire, ça me permet d’étoffer mon jeu.

Comment considèrez-vous le dribble?

Je regarde des joueurs comme Zidane. Tu comprends que, même avec simplicité, une belle passe peut aussi être un dribble. Il existe plusieurs façons d’éliminer un adversaire : un une-deux, une course, un bon contrôle de balle. Pour moi, la première touche est super importante. Sur ton contrôle, tu peux éliminer un adversaire.

Vous considèrez-vous comme un dribbleur?

Moins qu’avant pour être honnête. Mais oui, parce que tout ce que je fais, c’est dans le but d’aider mon équipe ou mes partenaires. Quand je vais dribbler ou fixer, c’est pour libérer des espaces, car je sais très bien que maintenant on me connaît, donc j’ai souvent des prises à deux, trois ou quatre. S’il y a quatre joueurs sur moi, j'ai quand même l’intelligence d’esprit de me dire que j’ai forcément des coéquipiers libres, et mes partenaires l’ont compris.

Tout ce que je fais, c’est pour aider mon équipe, que ce soit une course, un dribble, peu importe, c’est dans le même objectif.

Seriez-vous capable de faire ce que Cristiano Ronaldo a fait en arrivant à Manchester?

A l’heure actuelle, je ne sais pas...

Pourquoi?

C’est très simple, je sais que si je me mets à être le Allan qui joue simple et ne dribble pas, avec notre façon de jouer en contre attaque, je ne vais pas apporter ce qu’il faut à mon équipe. Donc à l’heure actuelle, je vais vous dire non. Mais si je suis dans une équipe avec un Kylian Mbappé, Dembélé, Pogba ou Modric autour de moi, je ne vais pas perdre mon temps à aller dribbler dans ma surface. Je vais réfléchir à l’efficacité. Mon jeu va être encore plus simple.

Que vous a apporté l’Angleterre? Ça ressemble plus à votre vision globale: pas de jugement mais beaucoup d’engouement…

C’est exactement ça. En France, on est beaucoup plus dans le jugement. Tu vas arriver avec une grosse voiture ou avoir une grosse voiture devant chez toi, les gens ils vont être là: “ah mais c’est pas normal, comment il a fait pour avoir ça, il a fait un crédit.” Tandis qu’en Angleterre, on va être content pour toi, on va regarder, on va venir prendre des photos, ils vont même être dans la demande : “Comment t’as fait pour en arriver là, donne moi des conseils etc…” Donc oui l’état d’esprit anglais - pas sur tout hein, parce que j’aime la France bien évidemment - mais de ce côté là, je me suis beaucoup retrouvé avec la façon de réfléchir des anglais.

Quel regard portez-vous sur votre début de saison?

Ce n’est pas suffisant. Ce n’est pas suffisant parce que je le redis, je sais très bien qu’avec mes qualités, je me dois de faire plus. Je sais que si j’arrive à être plus décisif, avec tout ce qu’il se passe à Newcastle, je sais que quand les choses seront différentes, que je le serai encore plus. Encore une fois, c’est une mentalité, un état d’esprit et il faut que je garde cet état d’esprit là.

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Le rachat du club, comment l’avez-vous vécu et appris?

Moi je savais que ça allait arriver. La question c’était quand ? Je savais que ça serait dans 3 à 5 ans en arrivant, et je pense que personne ne pouvait le savoir, en tout cas pas les joueurs. Mais avant de signer - c’est la raison pour laquelle j’étais très intéressé à l’idée de venir à Newcastle - on m’a dit que beaucoup d’investisseurs étaient intéressés et voulaient racheter le club. Quand le rachat a été officialisé, on en a énormément parlé. Evidemment, ça change tout, on est le club le plus riche au monde. Les investisseurs ont énormément de projets pour Newcastle, ils veulent faire énormément de choses, on voit déjà les changements.

Quels sont-ils?

Dans le discours, la mentalité, la cuisine, le centre d’entraînement, les terrains, tout. Ça veut dire qu’ils ont vraiment un état d’esprit où ils veulent investir, ils vont investir. C’est ce que méritent les fans.

Comment voyez-vous la suite à Newcastle? Avez-vous peur pour votre place?

Jusqu’à preuve du contraire, je sais que je fais partie du projet et que les investisseurs sont dans un état d’esprit de faire les choses correctement, et pas qu’avec moi. A ce niveau là, je ne me fais aucun souci pour ça. Je suis partant, j’adore ça. Ce ne peut être qu’une bonne chose pour moi.

En quoi le rachat peut-il vous faire changer de dimension?

On ne m’a encore jamais vu dans une équipe qui joue le haut de tableau, qui joue pour gagner toutes les coupes, qui joue pour finir en tête du championnat, qui joue pour gagner la C1. Quand je parle de ça, je ne parle pas que pour moi, on le voit avec les jeunes qui sortent et qui vont jouer pour le Barça, on sait qu’ils sont dans de meilleures conditions que s’ils commençaient dans une équipe un peu moins forte, en D2 ou autre. Plus t’as des joueurs qui sont forts autour de toi, mieux tu parais aux yeux de tout le monde.

Qu’est-ce que ça pourrait changer pour vous?

Si je dribble pour faire la passe à un Kylian Mbappé ou un Ousmane Dembélé, je sais très bien qu’il y a de très grandes chances que ça finisse par un but. Et si tu finis par un but tous les week-ends, c’est plus le même rendement. Je sais qu’on parlera plus de moi de la même façon, alors qu’au final pas grand chose aura changé. Ces joueurs-là auront bien fini les actions, tout simplement.

Regardez-vous les listes de l’équipe de France? Comment les vivez-vous depuis l’Angleterre?

Ce n’est pas facile car j’ai beaucoup d’amis là-bas. C’est le top top niveau donc je sais très bien que le fait de me retrouver dans cette équipe là ça va me permettre de montrer plein de choses. Je pense que je peux apporter beaucoup de choses même si elles sont déjà bien garnies, avec beaucoup de talent.

Pensez-vous avoir le niveau pour l’équipe de France?

C’est une certitude. Je pense avoir le niveau. Il y a de bons joueurs mais comme on peut le constater, ils sont nombreux à avoir eu la chance d’être appelés. Et je pense avoir le niveau pour être appelé en équipe de France.

Que vous manque-t-il?

Si je ne suis pas appelé, c’est forcément qu’il me manque quelque chose. Je pense que je dois encore travailler, parce qu’il y a de la qualité, qu’on parle de Mbappé, de Dembélé ,de Griezmann, de Benzema, d’une équipe de top niveau. Le chemin est encore long, mais je sais que je m’en approche. Je vais essayer de faire en sorte que le choix du sélectionneur soit de plus en plus compliqué, c'est la seule chose que je peux faire.

Que pourriez-vous apporter à cette équipe?

Dans des matchs très fermés, avec ma qualité de dribble, de vitesse, de vision du jeu, je sais que je pourrais libérer beaucoup d’espace pour des joueurs comme Kylian, Benzema et j’en passe.

Nourrissez-vous toujours ce rêve ultime, de jouer avec Mbappé, Benzema..?

Toujours. Cela ne changera pas.

Et une fois qu’il sera atteint?

On va en chercher un autre.

Quoi par exemple?

Gagner un gros titre ensemble ou évoluer dans la même équipe. C’est à moi de faire mon petit bonhomme de chemin et d’arriver à montrer ce que je sais faire.

Quand peut-on espérer vous voir en équipe de France?

Sincèrement, c’est une question qu’il faudrait poser au sélectionneur. Moi en tout cas, je vais mettre toutes les chances de mon côté pour être appelé et je vais continuer de travailler, parce qu’il y a la Coupe du monde. Je sais très bien qu’avec ce qu’il va se passer à Newcastle dans les mois et les années à venir, je serai de plus en plus dans une bonne position pour intégrer l’équipe de France. Mais ça passe par le travail et si je ne suis pas encore pris, c’est que je dois travailler davantage. Donc je vais continuer de travailler.

Rémi DUMONT, Mathieu FAURIE et Mathieu BONNEAU