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Perri : « Vendre est la seule solution pour survivre »

Newcastle : Mathieu Debuchy

Newcastle : Mathieu Debuchy - -

Chiffres à l’appui, l’économiste Pascal Perri analyse pour RMC Sport les raisons de l’exode des joueurs de Ligue 1 vers l’Angleterre. Si le constat est douloureux pour nos clubs, l’avenir pourrait être plus souriant…

Pascal Perri, comment expliquez-vous l’exode de nombreux joueurs de Ligue 1 vers les championnats étrangers ?

Il y a en Europe des clubs éleveurs et des clubs chasseurs. La France est une belle pépinière qui forme de bons footballeurs. Les clubs chasseurs viennent se servir. Les Anglais, en particulier, ont les moyens. Il existe une espèce de géopolitique du football en Europe avec des championnats riches, comme le championnat anglais, mais aussi le championnat allemand. La Bundesliga vient de publier ses chiffres. Elle a explosé le plafond avec plus de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Cela représente une progression de plus de 7% par rapport l’année précédente. Sur les 18 clubs de Bundesliga, 14 sont en situation de profits et engrangent un profit global de 55 M€.

Pourquoi les joueurs français vont-ils majoritairement jouer en Angleterre ?

Parce que les clubs anglais sont les plus riches. Au sujet des droits TV, l’an prochain, le dernier de Premier League touchera entre 30 et 40% de plus que le champion de France. Cela constitue une armature solide pour un budget car il y a aussi la recette de la billetterie. Arsenal touche 98 M€ par an de recettes guichets. Si on compare avec un club français, cette recette est supérieure à la recette totale, c’est-à-dire guichets plus droits TV, de Lille. Les explications sont dans les chiffres. Le salaire moyen en Ligue 1 est de 60 000€ par mois. En Premier League, il est de 170 000€ par mois. Quand on met les chiffres face à face, le mouvement de migration des joueurs s’explique. Il y a un vrai besoin de trésorerie dans certains clubs français qui sont exsangues. La seule solution pour survivre est de vendre.

Quel va être l’avenir économique des clubs français ?

Je veux espérer qu’il ne s’agit seulement que d’un épisode, douloureux certes, dans la vie football français. J’espère que les clubs vont mettre cet argent à profit dans les années qui viennent pour améliorer les structures d’accueil. Je pense à l’Euro 2016 (organisé en France). Certains clubs se sont résolus à souffrir trois ans. Lyon, par exemple, a choisi un mode de gestion conservateur en attendant le Stade des Lumières, qui devrait rapporter environ 40 M€ de recettes supplémentaires par an. On a un vrai levier de croissance pour ces clubs. La mise en scène du spectacle peut être améliorée rapidement. Regagnons le cœur de ceux qui allaient au stade.