RMC Sport

Transfert "indécent" de Mbappé: pourquoi les prix des joueurs ont explosé

Après les déclarations de Kylian Mbappé qui a jugé indécent le prix de son transfert au PSG, Pierre Rondeau, expert en économie du sport et chroniqueur à RMC Sport, détaille les différents facteurs d’explication à l’inflation constante des tarifs dans le monde du football. Et souligne le développement d’une spéculation humaine à la limite de la légalité.

Des prix à trois chiffres devenus presque la norme, des tarifs qui semblent énormes pour des joueurs lambda voire mauvais… Les sommes qui circulent dans le milieu du ballon rond ont explosé depuis quelques années et de façon brutale. A tel point que les sommes semblent indécentes du point de vue même du joueur, comme le confiait lundi Kylian Mbappé à propos de son transfert au PSG pour 180 millions d’euros.

Comment expliquer cette hausse soudaine des tarifs? Selon Pierre Rondeau, économiste du sport et chroniqueur pour RMC Sport, plusieurs facteurs sont à mettre en lien: l’arrivée d’investisseurs étrangers tels que les qataris au PSG, les émiratis à Manchester City ou les Russes à Monaco ; la mondialisation du football avec une visibilité décuplée ; l’augmentation des droits TV en fonction des autres critères mais aussi l’engouement des marques pour des joueurs devenus des produits.

Les droits TV n'expliquent pas tout

"Les sponsors veulent de plus en plus être liés à ces clubs de plus en plus connus, à ces joueurs de plus en plus connus. C’est l’émergence des réseaux sociaux, des joueurs qui deviennent des têtes de gondoles. Les marques vont donner de plus en plus d’argent au football. Et plus on a d’argent, plus on dépense et plus les prix vont augmenter, détaille Pierre Rondeau. Ce n’est pas uniquement dû à la hausse des droits TV. C’est un tout: les investisseurs étrangers, les marques, la mondialisation et pour un quart, les droits TV. Les droits TV ne suivent pas la hausse des prix des transferts. Entre 1996 et 2016, en première division française, la masse salariale a augmenté de 450% ! Ce n’est pas la hausse des droits TV de la seule Ligue 1 qui explique à elle seule cette explosion."

Cristiano Ronaldo est une aubaine pour une marque, qui peut prétendre toucher les 300 millions de followers du joueur en en faisant sa tête de gondoles. Ce qui dérégule aussi le "marchés des superstars" et a des conséquences aux échelons inférieurs. "Les joueurs lambda vont bénéficier de l’engouement économique pour tirer vers le haut leurs salaires ou leurs prix de transfert, ajoute le chroniqueur RMC Sport. Il y a ensuite les joueurs mauvais, surpayés… voire pire: la spéculation humaine, qui consiste en un pari sur des joueurs mineurs, en espérant que sur la masse de joueurs, l’un deviendra le nouveau Neymar. En bourse, on achète une action en espérant la revendre avec une plus-value. C’est précisément ce qu’on espère faire avec des joueurs."

Lille, Monaco, experts en spéculation

Une spéculation devenue un modèle adopté par de nombreux clubs, quand ils ne bénéficient pas de ventes de maillots ou sponsors colossaux comme le Real ou le Barça ou qu’ils ne sont pas la propriété d’un Etat. Mais ce modèle de pari sur des joueurs jeunes et donc à l’explosion sportive incertaine est ultra risqué.

"Un club comme Lille, par exemple, va chercher à générer du profit sur la spéculation de la formation, ajoute Pierre Rondeau. Ce nouveau modèle a tendance à s’installer. Très bien quand il fonctionne, mais quand ça va mal, c’est la catastrophe comme à Monaco. Dans l’économie du sport, pour gagner économiquement, il faut gagner sportivement. C’est le risque et il suffit d’un rien pour que tout explose. Les crises boursières existent. Peut-être que la bulle footballistique pourrait exploser."

Pas de croissance infinie mais peu de risques d'explosion

Ces différents modèles participent donc à l’explosion des tarifs des joueurs… à l’infini? Presque impossible. "Il n’y a pas de croissance infinie, précise l’économiste. Cela m’étonnerait qu’on continue à croître vers les 500, 600 millions voire un milliard pour un seul joueur. Au bout d’un moment, les gens vont se rendre compte que cela dépasse ce qu’il va rapporter. L’argent dépensé dans les droits TV, les chaînes vont finir par devoir les répercuter sur les spectateurs donc le risque, c’est qu’ils arrêtent de s’abonner. On peut toutefois considérer que le football est suffisamment ancré pour qu’il y ait toujours des investisseurs, de supporters… La bulle n’explosera pas pour l’ensemble des clubs." L’avenir n’est pas si sombre…

A.Bo avec S.G